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1941- La bataille de Koufra
 

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Article rédigé par le capitaine Axel Rappolt du musée de l’artillerie.

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© Espace public internet

L’origine de la 2ème division blindée remonte à la colonne Leclerc qui, après son ralliement précoce au général de Gaulle, prend l’oasis de Koufra le 1er mars 1941. La colonne Leclerc se distingue par la suite en 1942 et en 1943 dans les combats pour le Fezzan. En 1943, elle fait sa jonction avec la 8eme armée britannique et s’illustre notamment à Ksar-Rhilane. Elle devient la 2ème division française libre, le 15 mai 1943, alors qu’elle se trouve en Lybie, puis devient la 2ème division blindée lors de la fusion des FFL avec les troupes françaises d’Afrique du Nord. Rattachée à la IIIème armée américaine du général Patton, elle débarque en Normandie le 1er août 1944. Elle devient ensuite la première unité alliée à entrer dans Paris les 24 et 25 août 1944 et à libérer Strasbourg le 23 novembre 1944 conformément au serment de Koufra.

Les forces en présence

Grâce à la prise de l’oasis de Koufra, les FFL dirigées par le général De Gaulle démontrent que, malgré l’armistice signé par le gouvernement de Vichy, les français libres continuent le combat sur d’autres continents. Depuis le 18 juin 1940, cette bataille est la première remportée par des troupes françaises sous commandement français. Cette opération est imaginée et dirigée par le colonel Leclerc alors commandant des troupes françaises au Tchad. Koufra est un groupe d’oasis libyen isolé en plein Sahara à plus de quatre cents kilomètres de toute région habitée. Défendu par le Fort d’El Tag, il permet aux Italiens de contrôler le Sud-est de la Lybie, et représente un relais aérien entre la Lybie et l’Ethiopie Italienne. Leclerc est conscient de l’impact stratégique mais aussi de la dimension psychologique de la prise du symbole de la puissance africaine de l’Italie. Les Italiens occupent en effet l’oasis avec près de quatre cents combattants dont la compagnie motorisée « sahariana di Cufra » équipée pour le combat dans le désert. En plus des troupes au sol, les Italiens disposent en permanence de six avions. La compagnie saharienne et la garnison du fort possèdent une forte puissance de feu grâce à leur mitrailleuse lourde de 20 mm et de 12,7 mm. Les troupes françaises, pourtant en nombre équivalent, ne disposent pas d’aussi nombreux matériels. Les combattants de Leclerc sont organisés avec :une compagnie portée, un groupe nomade, deux sections d’infanterie et une section d’artillerie. On y trouve ¾ d’indigènes et ¼ d’européens. Leclerc dispose aussi d’un appui aérien composé d’une dizaine de bombardiers légers. Les moyens d’appui feu indirect sont très réduits. La section d’artillerie dirigée par le lieutenant Ceccaldi est composée d’une vingtaine d’hommes et possède un unique canon de 75 mm de montagne. En effet, Leclerc préfère utiliser ses véhicules pour transporter des hommes plutôt que des canons afin de combler son manque de puissance de feu par une meilleure mobilité. Un mortier de 81mm équipe une des sections d’infanterie.

Les étapes de L’attaque de Koufra :

A partir du 26 janvier 1941, des reconnaissances de l’oasis et de ses environs dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres sont menées. Les 18 et 19 février , la compagnie saharienne italienne située à plusieurs kilomètres du fort d’El Tag est neutralisée. Malgré l’appui aérien dont elle bénéficie le 19, la « sahariana di Cufra » décroche et est poursuivie sur cent cinquante kilomètres par les troupes portées françaises, sans résultat. Le siège du fort d’El Tag débute. à partir de cette date L’ouvrage, carré de cent cinquante mètres de coté aux murs de quatre mètres de haut, est trop bien défendu pour que Leclerc l’investisse. La surveillance du fort est organisée. Sa tactique consiste alors à harceler l’ennemi et à empêcher toute arrivée de renforts Italiens.

L’artillerie joue alors un rôle prépondérant. Pour éviter les tirs de riposte, Ceccaldi organise sa section..L’unique canon de 75 tire vingt à trente obus quotidiennement, de jour comme de nuit, pour maintenir une forte pression sur les troupes italiennes. Tirant à environ 3500 mètres de l’objectif, le canon est souvent déplacé et change constamment d’objectif pour donner une impression de volume aux troupes italiennes. Seul un canon de 75 a pu être acheminé, de façon originale, porté par un véhicule Chevrolet pas du tout prévu à cet usage ! Le canon est installé dans une construction de pisé. La place de Koufra est très bien installée : des ouvrages extérieurs, reliés par des communications enterrées, assurent une protection immédiate. Nul ne peut se déplacer à 1.500 mètres à la ronde, sans être justiciable du feu des mitrailleuses sous abri. Sur l’un des pylônes de la radio, est niché un poste d’observation à partir duquel un guetteur repère dans un rayon de dix kilomètres .tous les véhicules sortant du djebel et cherchant à pénétrer dans la cuvette Le canon français, enregistre quelques coups au but particulièrement heureux : plusieurs tirs atteignent directement la salle à manger des officiers, le poste de radio. Le 25 février, le pavillon italien flottant nuit et jour est abattu d’un coup de canon. Il ne sera jamais relevé. Ces succès participent indéniablement au fléchissement du moral de la garnison.

Le dénouement

Après la fin des premiers pourparlers, Ceccaldi reprend ses tirs et les amplifient, tirant dans la nuit du 28 février au 1er mars deux fois plus d’obus que d’habitude. Le 1er mars à l’aube, il grimpe sur son observatoire pour repérer à la jumelle les cibles de la journée, lorsqu’il réalise qu’un drapeau blanc flotte au-dessus du fortin. C’est la fin de la résistance de la garnison italienne. L’effet recherché par cette méthode de tir de harcèlement est bien d’obtenir un impact psychologique sur l’adversaire. Le résultat obtenu est un affaiblissement du moral de la garnison italienne. Ces actions de l’artillerie, associées aux tirs du mortier installé à 1500m au nord ouest du fort ainsi qu’aux patrouilles et coups de main quotidiens viennent à bout des troupes italiennes qui se rendent le 1er mars 1941. A leur sortie du fort, les Italiens sont surpris de voir les maigres effectifs et la faible puissance de feu des Français. A 8 heures, le 2 mars 1941, le drapeau français flotte au dessus du fort d’El Tag.. Leclerc, au cours d’une cérémonie affirme : « Nous ne nous arrêterons que quand le drapeau français flottera aussi sur Metz et Strasbourg ». Ces simples mots deviendront dans l’imaginaire français le « serment de Koufra » symbolisant par la même la volonté de quelques irréductibles à reconquérir le territoire national...

L’artillerie à Koufra

De la colonne blindée conquérant Koufra avec un seul canon de 75 jusqu’à la 2ème DB libérant Strasbourg, l’artillerie joue en permanence un rôle décisif. Tantôt par son utilisation tactique portant un impact psychologique sur l’adversaire, tantôt par son utilisation technique infligeant des pertes importantes à l’occupant. Le rôle du canon de Koufra illustre bien la manière dont est utilisée l’artillerie des troupes de Leclerc pendant la première partie de la guerre. Dans les opérations suivantes en Lybie et en Tunisie, l’artillerie française, essentiellement composé de canons de 75mm, est principalement utilisée comme un moyen de faire tomber les positions fortifiées italiennes grâce aux tirs de harcèlement. L’appui au contact de la manœuvre interarmes , utilisée plus tard au sein des groupements tactiques de la 2ème DB , n’est alors pas encore réalisable du fait du manque de moyens de coordination.

Voir du même auteur :

-* les artilleurs de Koufra, -* le canon de Koufra.


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