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525- L’obus BONUS ...... (aspects tactiques)
 

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Article du Lieutenant-colonel François Lecorguillé pour la revue ARTI n°11 (juillet 2008)

Pour éviter des dommages collatéraux inacceptables, l’artillerie doit disposer de munitions permettant d’appliquer aux objectifs qui lui sont désignés un traitement circonscrit à la cible elle-même et adapté à l’effet tactique attendu.

L’obus BONUS qui appartient au domaine antichar, est la première munition d’artillerie répondant à ce besoin dans son segment d’action.

NEXTER munitions a achevé cette année la livraison des obus BONUS commandés par la France. Cette acquisition est conforme aux orientations de l’objectif d’état-major « munitions de précision aux effets sélectifs et diversifiés » (MAPESD).

Ce document rédigé en 2001 par l’EMAT définit une typologie des munitions de précision pour l’artillerie. L’obus BONUS fait partie des munitions autonomes, dont le capteur et le dispositif de guidage sont intégrés dans la munition.

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La munition de 155 mm BONUS est une munition d’artillerie destinée à l’attaque par le toit de véhicules (à l’arrêt ou en mouvement) fortement et moyennement blindés du type char de bataille, véhicule blindé d’infanterie ou automoteur d’artillerie.

La munition de 155 mm BONUS consiste en un obus "cargo" équipé d’un bloc de réduction de traînée de culot et contenant deux cylindres emportant chacun un sous-ensemble antichar. Chaque sous-ensemble effectue, au moyen de son autodirecteur, le balayage d’une surface de 100 mètres de rayon de la zone des objectifs, sélectionne sa cible et déclenche l’explosion de la charge génératrice de noyau (CGN) provoquant la projection d’un noyau perforant qui transperce le blindage et détruit le véhicule.

La munition de 155 mm BONUS est actuellement disponible en deux versions : F1 et F2.

La différence entre les versions F1 et F2 tient au système de détection de cible dont les performances ont été améliorées sur la version F2 par l’ajout d’une capacité de discrimination en 3 dimensions.

Cette munition de type cargo, équipée de capteurs et d’un dispositif de reconnaissance de cible, permet désormais à l’artillerie française de détruire des objectifs blindés ou mécanisés tout en limitant les dommages collatéraux induits par ses feux. Quelques obus suffisent pour arrêter une dizaine de blindés en mouvement.

En outre, les contraintes induites par l’utilisation de cette munition sur les théâtres d’opération sont limitées. En effet, elle ne traite que les chars ou les véhicules blindés, s’autodétruit ou s’autoneutralise à temps en cas de recherche infructueuse sur la zone des objectifs.

L’entrée en service de ce nouvel obus diversifie les effets de l’artillerie ; elle réduit les consommations d’obus classiques et ainsi modifie significativement la logistique associée. Sa nouveauté exige de repenser une part de la doctrine d’emploi de l’artillerie.

L’efficacité et les particularités de cette munition confirment aussi le rôle des équipes d’acquisition d’objectifs.

En particulier, elle renforce l’importance du conseiller feux et le besoin de coordination des feux jusqu’au plus bas échelon (SGTIA) afin d’éviter les tirs fratricides contre les unités appuyées.

Ainsi, encore plus qu’hier, l’artillerie française avec l’obus BONUS garantit la liberté d’action d’un commandant de force aéroterrestre engagée.

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Tirs BONUS à Canjuers avec les moyens de l’armée de terre : une première réussie.

Le 15 avril 2008 restera une date historique pour l’artillerie française. Le premier tir d’obus BONUS dans des conditions opérationnelles a été une réussite totale en dépit d’une météo impitoyable (rafales de vent supérieures à 80 km/h). Cette première a été réalisée par une équipe mixte STAT [1]/école d’application de l’artillerie.

Les tirs ont montré, avec un taux de coups au but de 100%, l’impressionnante capacité des modules d’attaque BONUS à détecter et à percer des engins blindés. Une seule pièce d’artillerie de 155 mm (AUF1) a démontré qu’elle pouvait prendre à partie à 14 km (distance de la séquence de tir) un escadron de neuf blindés en perçant par six fois les blindés avec seulement trois obus tirés, sans créer le moindre dommage collatéral pour le véhicule civil situé au centre du dispositif.

Afin de permettre l’observation et la sécurité du tir en temps de paix, les tirs ont été volontairement décalés de quelques minutes. Dans des conditions proches de celles d’un affrontement réel, ces trois obus auraient été tirés dans la même minute, créant chez l’adversaire le choc et la surprise d’avoir été atteint sans le moindre guidage terminal.

Ces tirs ont également montré la validité des données balistiques de la table de tir BONUS et ouvert une opportunité intéressante par le couplage des pièces d’artillerie avec le radar de trajectographie COBRA, contrôlant ainsi les trajectoires afin de poursuivre et détruire un ennemi furtif.

Lieutenant-colonel Patrick DEREIMS

[1] (section technique de l’armée de terre)


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