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501- Munitions ou liaisons dangereuses ?...Le boulet creux.
 

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Article rédigé par le lieutenant-colonel Aubagnac pour ARTI n°11 (juillet 2008)

En 2003, Pierre-Ambroise Choderlos de Laclos a fait l’objet d’une commémoration nationale. Il est en effet décédé le 5 septembre 1803 à Tarente ; il était le général commandant l’artillerie française dans le sud de l’Italie... Partout en 2003, il s’agit de rappeler une des oeuvres les plus connues de la littérature française : “Les liaisons dangereuses”, mais bien peu savent qu’il s’agit d’un officier d’artillerie qui a travaillé aussi pour la modernisation des munitions, faisant passer de l’ère du boulet plein au boulet creux explosif, ancêtre de l’obus.

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Pierre Choderlos de Laclos est né à Amiens en 1741.

Admis à l’école d’artillerie de La Fère en 1760, il a poursuivi une carrière obscure mais honorable : il est capitaine à trente ans ce qui est dans la moyenne de l’époque. Il a été en garnison à Valence, dans le même régiment où a été affecté Bonaparte quelques années plus tard. À Besançon, il a « étudié » la société locale ; sur l’île d’Aix, il fait des travaux de fortifications.

C’est un homme de son temps qui, comme beaucoup d’officiers d’artillerie d’alors, a un esprit libre ; il lit les philosophes, écrit des vers et même un livret d’opéra.

Mais il est surtout connu pour son fameux roman, Les liaisons dangereuses , qui met en scène quelques aristocrates et grands bourgeois aux moeurs libertines. Né au fil de ses séjours en garnison, le livre résulte de cette observation de la société et aussi de son imagination. Prenant la forme du roman épistolaire, l’oeuvre reprend ainsi un genre à la mode. En 1781, à l’occasion d’un congé de six mois, maniant l’ironie, la liberté de ton et la distanciation avec ses personnages, Choderlos de Laclos écrit ce livre qui suscite l’admiration mais fait aussi scandale. Il est suivi, en 1782, par un essai sur la condition des femmes, où il déploie quelques idées féministes avant l’heure.

En 1788, il devient secrétaire du duc d’Orléans qu’il accompagne à Londres en 1789 - 1790. Dans cette période qui ne s’appelle pas encore la Révolution, il peine à choisir son camp. Il participe à la bataille de Valmy, mais son affinité orléaniste le rend suspect et il est emprisonné le 9 thermidor 1793.

Réintégré dans l’armée par Carnot, il est nommé général de brigade et entre dans la commission chargée d’appliquer les sciences à la guerre. C’est là qu’il participe aux travaux et expérimentations, à Meudon, sur le boulet creux explosif qui, en quelques années, va changer les enjeux de l’artillerie sur le champ de bataille. Mais il est à nouveau emprisonné pendant près d’un an pour ses idées politiques qui ne sont pas celles du parti dominant. En 1800, grâce à Bonaparte, il revient dans l’artillerie et est engagé en l’Allemagne puis en Italie.

Il a alors soixante ans, de santé précaire il pourrait rester à Paris avec son épouse et ses deux jeunes enfants, mais les armes et une certaine recherche de la gloire l’appellent. Il meurt, au fin fond de l’Italie, bien loin de chez lui, de sa famille et de ces salons et antichambres qu’il avait si bien décrits. La correspondance avec son épouse et ses enfants est moins connue que son livre : c’est dommage. Il se dégage de ces lettres - aujourd’hui publiées - de grands sentiments : ceux d’un père et d’un mari aimant, aimé et attentif, aux antipodes de l’oeuvre imaginaire qu’il a construite et où Valmont semble mettre en oeuvre, avec cynisme, les grands principes de la guerre de Guibert !

Si l’artillerie a oublié Pierre-Ambroise Choderlos de Laclos, il a laissé son nom dans la littérature.


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