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11- Evolution de l’emploi de l’artillerie : début XXIè siècle
 

Arme des feux par excellence, de la décision sur le champ de bataille, symbolisée avant tout par le canon, l’artillerie comprend aujourd’hui deux grandes composantes : les appuis-feux indirects (artillerie sol-sol) et la défense sol-air.
L’artillerie est restée longtemps indissociable du combat de haute intensité dans l’esprit du public comme souvent au sein même de l’institution militaire. Une évolution récente du contexte d’emploi des forces terrestres avec un durcissement de l’action, a rendu à l’artillerie sa place et lui impose aujourd’hui un rythme de plein emploi dans son cœur de métier que ce soit pour la composante sol-sol ou pour la composante sol-air.

L’artillerie, longtemps placée au coeur des opérations terrestres dans le contexte des opérations « de haute intensité » de la guerre froide, a connu ensuite une période de relatif second plan dans l’armée de terre, durant la période des opérations « de faible intensité » conduites par l’ONU ou les actions ponctuelles sur le continent africain.
Durant ces opérations, conduites essentiellement par l’infanterie, l’appui-feu indirect éventuellement nécessaire était fourni « en interne » par les mortiers de 81 mm des compagnies, ou de 120 mm des sections de mortiers lourds régimentaires.
Cependant, en quelques occasions plus critiques comme lors du siège de Sarajevo en 1995, l’artillerie de 155 mm a fait la démonstration de sa puissance et de sa précision, et plus encore, de son impact opérationnel et psychologique sur les forces adverses. En effet, déployé sur le mont Igman dominant Sarajevo, un groupement de canons 155 mm AUF1 a desserré l’étau serbe sur la ville et les forces de l’ONU par ses tirs précis et puissants, dont l’action dissuasive a été quasi immédiate. Aujourd’hui cette réalité s’impose d’elle-même à tout chef interarmes.

UN RETOUR EN FORCE AU CŒUR DES OPÉRATIONS TERRESTRES ACTUELLES....
Les conflits récents, en particulier la deuxième guerre du golfe et l’Afghanistan [1], ont mis en exergue, outre les capacités originelles de réactivité et de puissance de l’artillerie, l’évolution considérable de ses possibilités qui font désormais de cette arme un outil indispensable au chef interarmes en opération, quel que soit le niveau d’intensité du théâtre.

L’artillerie est en effet aujourd’hui une arme aux possibilités et emplois multiples : outil de renseignement au contact, elle assure également l’expertise et le conseil du chef interarmes sur l’emploi des feux d’appui disponibles (éventuellement de l’armée de l’air, de la marine, des hélicoptères français ou alliés), et in fine, la coordination de ces feux interarmées dans le temps et dans l’espace ; ce rôle de conseil dans l’emploi des feux revêt un caractère essentiel aujourd’hui compte tenu de la variété des appuis-feux disponibles, mais aussi de la complexité à les mettre en œuvre de manière conjointe et coordonnée sur les zones d’action des groupements interarmes engagés. Il s’agit donc bien d’une capacité de l’artilleur à gérer les trajectoires des appuis possibles, pour pouvoir proposer des choix pertinents au chef interarmes et les mettre ensuite en œuvre.

Elle participe également à la protection de la force déployée, grâce à ses moyens de détection notamment : radars et capteurs acoustiques de détection de départs de tirs mortiers, roquettes ou canons adverses, radars de surveillance de l’espace aérien. Dans le domaine des feux proprement dits, elle est capable d’assurer des tirs de neutralisation (obus explosifs), de destruction (obus Bonus antichars), d’éclairement (obus éclairants spectre visible ou infra-rouge), d’aveuglement (fumigènes).

En emploi tactique, elle peut apporter une variété d’effets tout aussi importante au chef interarmes : appuyer, voire créer une action de déception en effectuant des tirs sur une fausse direction ou point d’effort, dissuader par la simple manœuvre ostensible des canons ou par des tirs de semonce ou de marquage, faciliter les déploiements et la manœuvre amie comme aveugler les observateurs ou la troupe adverse, faciliter le décrochage d’unités amies fixées par l’ennemi...

Sur le théâtre afghan en 2011, l’artillerie est employée dans une grande partie de son spectre de possibilités, éclairement de zones, observation, coordination des différents feux d’appui interarmées au profit des unités de la brigade La Fayette, et surtout, délivrance des feux des canons Caesar et mortiers de 120 mm en appui des unités au contact.
En effet, depuis 2008, chacun des deux GTIA français dispose sur sa FOB (forward operation base) d’un module artillerie comprenant deux canons Caesar, deux mortiers de 120 mm et un détachement de liaison, d’observation et de coordination (DLOC) ; ce dernier élément fournit conseil et expertise au profit des commandants de GTIA et de compagnies, ainsi que les capacités de guidage des appuis-feux aériens.



Voir l’article suivant sur les évolutions en organisation.

[1] Remarques de l’Ingénieur en chef de l’armement PERRIN : Concernant l’Afghanistan, on peut citer l’utilisation de la portée du Caesar, grâce à son standard de 52 calibres, et de sa précision, qui a permis d’appuyer une unité américaine coincée par des insurgés dans la vallée voisine. On peut également citer l’emploi très apprécié du Caesar et du mortier de 120 mm au Mali.


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