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Chapitre17 - S’adapter une nouvelle fois à un nouveau contexte
 

Chapitre 17 - S’adapter une nouvelle fois à un nouveau contexte

Plan

1) L’évolution des Armées,
-  11) Les conséquences de la nouvelle politique française de défense,
-  12) Les nouveaux théâtres d’opération,
-  13) La mutualisation interarmées,
-  14) La réflexion interarmées sur la défense sol-air.

2) Restructurations de l’Armée de terre et de l’Artillerie,
-  21) L’École d’artillerie,
-  22) Dissolution de la Brigade d’artillerie,
-  23) Fin de la CNEASA et de la CNEA,
-  24) Principales mesures concernant les régiments sol-sol,
-  25) Nouvelle réduction et restructuration de l’ASA.

3) Répartition des capacités de la défense sol-air,
-  31) Système d’arme à moyenne portée,
-  32) Domaine de la très courte portée,
-  33) L’apport déterminant de Martha.


Passé l’an 2000, réduite à un seul régiment à moyenne portée (le 402°RA qui doit être équipé du SAMP/T) et à deux régiments Mistral (les 54° et 57°RA), avec toutefois l’arrivée prévue de Martha, l’ASA de l’Armée de terre se trouve certes limitée à une portion assez congrue, mais elle peut encore se targuer d’exister même si une composante "protégée" à courte portée, complément naturel et intermédiaire indispensable, lui fait défaut.

Malgré la décroissance accrue de son importance organique, l’ASA va pourtant voir ses capacités opérationnelles optimisées et va mieux s’intégrer dans les structures interarmes et interarmées.

1) L’évolution des Armées

11) Les conséquences de la nouvelle politique française de défense

S’appuyant sur une appréciation du nouveau contexte géostratégique, le nouveau "Livre blanc" sur la Défense et la Sécurité confirme la fonction dissuasion, marque un effort sur les capacités d’anticipation et de projection et sur l’amélioration de la protection, tout en mettant en évidence l’intérêt du domaine spatial.

La révision de la politique de défense de la France qui s’ensuit et l’élaboration de nouvelles mesures d’économies exigées par la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) aboutissent en 2008 à l’annonce de décisions qui procèdent à un rééquilibrage des fonctions opérationnelles au profit des engagements retenus comme étant les plus probables.

L’effort est porté sur les fonctions opérationnelles les plus sollicitées dans les engagements actuels ou les plus probables : l’infanterie, le renseignement, les forces spéciales et l’aéromobilité. Puisque des capacités sont préservées, voire renforcées, d’autres, inévitablement sont réduites.

C’est en particulier le cas des chars, des appuis feux, qu’ils soient de l’armée de l’Air ou de l’artillerie. Le besoin d’en disposer demeure (comme on peut le constater aujourd’hui dans certaines zones de conflits) mais en quantité moindre.

Une réduction des effectifs et une profonde restructuration des forces armées sont alors menées, seulement un peu plus de dix ans après la professionnalisation et ces mesures touchent particulièrement l’artillerie, dans toutes ses composantes.

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12) Les nouveaux théâtres d’opération

Les principaux engagements extérieurs se situent dans les Balkans (Bosnie-Kosovo), au Liban, en Afrique (Côte-d’Ivoire, Tchad, RCA) et surtout en Afghanistan où la guerre s’apparente à une contre-insurrection.

L’ensemble de ces opérations se caractérise par leur durée, leur grande diversité, la dispersion des zones de crises et surtout par le durcissement des engagements.

La menace aérienne y est très faible, voir inexistante dans certains cas. Il n’y a pas de combats aériens.

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13) La mutualisation interarmées

Aux plans régional et organique, les Services deviennent de plus en plus interarmées. La Maintenance fait de nouveau l’objet d’une grande réforme. Le commandement interarmées des soutiens est créé, en charge des bases de défense, sortes de circonscriptions administratives et de soutiens auxquelles les formations de toutes les armées seront rattachées.

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14) La réflexion interarmées sur la défense sol-air

Sur mandat de l’État-major des armées, une réflexion est lancée pour étudier les réorganisations possibles en vue d’optimiser la défense sol-air dans les armées. Les principes généraux suivants sont validés par le chef d’état-major des armées le 15 décembre 2006 :

-  Organisation resserrée et densification des unités.

-  Regroupement des capacités :

  • "moyenne et courte portées" au sein de l’Armée de l’air,
  • "très courte portée" au sein de l’Armée de terre.

-  Mutualisation de la formation.

-  Création d’une cellule interarmées.

La cellule interarmées de défense sol-air (CIDSA) est créée le 1er juillet 2008. Initialement placée sous les ordres d’un colonel de l’armée de l’Air ayant pour adjoint un officier de l’armée de Terre (postes tournants), cette cellule aux effectifs restreints, n’exerce bien évidemment pas de responsabilité de commandement mais doit animer, pour l’EMA et les états-majors d’armée, le domaine de la défense sol-air dans sa dimension interarmées.

À ce titre, elle est mandatée par un comité directeur, présidé par le général sous-chef emploi de l’EMA, auquel elle rend compte. Assurant la cohérence interarmées du domaine, ses attributions portent sur la doctrine, la formation, l’entraînement, l’emploi des moyens et les conditions de réalisation des contrats opérationnels.


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2) Restructurations dans l’Armée de terre et dans l’Artillerie

Entre 2009 et 2014, dans l’Armée de terre, 18 régiments, 30 détachements et 6 états-majors seront dissous, 7 régiments, 43 détachements, 6 centres de formation et 8 états-majors seront transférés et une trentaine de garnisons seront fermées. Les Armes les plus touchées sont l’artillerie, l’arme blindée - cavalerie et le génie.

Si la pertinence de l’artillerie est affirmée, notamment en Afghanistan où le conflit se durcit, le nombre de ses unités et de ses systèmes d’arme décroît fortement. Les principales décisions qui la concernent sont les suivantes :

21) L’École d’artillerie

A l’exception de l’école du Génie, les écoles d’armes procèdent à leurs regroupements. Ainsi, à l’été 2010, l’École de l’Infanterie rejoint l’École d’Artillerie (nouvelle appellation de l’EAA) à Draguignan pour former l’ensemble des Ecoles Militaires de Draguignan.

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22) Dissolution de la Brigade d’artillerie

Pour l’Artillerie, c’est indéniablement la perte d’un commandement et d’une forte visibilité. La Brigade d’artillerie assurait auparavant le commandement des deux régiments LRM et des trois régiments sol-air. Ayant perdu le 12°RA et le 57°RA à l’été 2009, elle est dissoute à l’été 2010, tout comme la Brigade du génie et la Brigade aéromobile.

Au 1er juillet 2010, elle transfère une part de ses attributions à un bureau Appuis-feux de la division « Emploi » du Commandement des forces terrestres (CFT), qui devra notamment mettre sur pied le Centre de mise en œuvre (CMO) auparavant « armé » par la Brigade d’artillerie.

Les trois régiments qui lui restaient sont rattachés à deux brigades interarmes : les 1°RA et 54°RA à la 7ème Brigade blindée (Besançon) et le 402°RA à la 1ère Brigade mécanisée (Châlons-en-Champagne) tout en étant mis pour emploi au CFT pour tout ce qui concerne la capacité "moyenne portée Hawk".

23) Fin de la CNEASA et de la CNEA

Les deux commissions d’évaluation de l’Artillerie (sol-air CNEASA ou sol-sol CNEA), ont été dissoutes à l’été 2009, tout en servant de référence pour constituer désormais une seule commission nationale de contrôle interarmes (CNCIA).

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24) Principales mesures concernant les régiments sol-sol

-  Dissolution d’un régiment LRM (12°RA) et transfert de sa batterie COBRA au 1°RA,

-  Regroupement des canons de 155 sous casemate dans un seul régiment (40°RA),

-  Formation de six régiments d’artillerie multi-rôles (à deux batteries de canons de 155, une batterie sol-air Mistral et une batterie de renseignement de brigade) destinés aux quatre brigades multi-rôles et aux deux brigades d’intervention d’urgence.

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25) Ultimes réorganisations de l’ASA

-  Depuis le 1er juillet 2008, rattachement du 17°GA au Centre de Préparation des Forces (CPF) de l’Armée de terre ; il conserve la mission CNEF.

-  Depuis l’été 2009 , dissolution du 57°RA et transfert de ses batteries de tir.

-  Eté 2010 : transfert d’une batterie Mistral du 402°RA au 3°RAMa.

-  Le 402°RA assure le contrat opérationnel "moyenne portée" avec ses deux dernières batteries de tir Hawk.

-  Horizon 2012 : dissolution du 402°RA :

  • le 1°RAMa remplace le 402°RA à Chalons,
  • une batterie de tir Mistral est intégrée au 1°RAMa.

-  Conservation d’un seul régiment d’artillerie sol-air, le 54°RA à Hyères, à quatre batteries Mistral et deux batteries de commandement tactique.


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3) Répartition des capacités antiaériennes

La défense sol-air fait l’objet d’un nouveau partage entre l’Armée de l’air et l’Armée de terre.

31) Système d’arme à moyenne portée

Contrairement à ce qui avait été prévu au lancement du programme SAMP (douze systèmes pour la France), il est décidé en 2006 que l’Armée de terre ne recevra aucun des six systèmes SAMP/Terrestre prévus en remplacement du Hawk.

Cette capacité est désormais entièrement confiée à l’Armée de l’air qui devra en contrepartie assurer la défense antiaérienne à moyenne portée d’une force terrestre déployée, avec le SAMP/T, ce qui imposera à ses unités auxquelles cette mission sera assignée d’être capables de manœuvrer au sein d’un dispositif terrestre.

Les 10 systèmes SAMP/T finalement commandés par la France seront donc livrés à l’Armée de l’air qui les a rebaptisés "Mamba".

Elle en équipera cinq de ses escadrons de défense sol-air (EDSA), les autres étant dissous : ce sont ceux de Luxeuil, Mont-de-Marsan, Avord, Saint-Dizier et Istres qui recevront les Mamba (et conserveront des Crotale NG).

Le premier système Mamba a été confié en mai 2009 au CEAM de Mont-de-Marsan, à des fins d’évaluation technico-opérationnelle. Il est prévu que les livraisons de série se termineront en 2013 pour les matériels et en 2018 pour les dernières munitions.

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32) Domaine de la très courte portée

Au terme des restructurations en cours, l’Artillerie possédera dix batteries sol-air à très courte portée alors que l’Armée de l’air aura totalement abandonné cette composante.

Depuis l’été 2009, la "très courte portée" est donc entièrement confiée à l’Armée de terre qui, au-delà de ses propres besoins, devra être en mesure de renforcer l’Armée de l’air par des moyens SATCP, soit dans le cadre des dispositifs particuliers de sûreté aérienne (DPSA) mis en place lors d’évènements internationaux, soit pour contribuer à la protection de bases aériennes sensibles.

Par ailleurs, le missile Mistral fera l’objet d’une rénovation, les premières commandes étant passées en 2010.

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33) L’apport déterminant de Martha

Le programme Martha consiste à créer une situation actualisée en temps réel de l’espace aérien et à donner au chef interarmes la possibilité d’agir dans ce domaine pour optimiser sa manœuvre aéroterrestre.

Martha s’articule autour du centre de niveau haut Martha (CNHM), relié par la liaison 16 aux NC1 Mistral et aux moyens de détection et de gestion de l’espace des autres armées (Awacs, Modules de Contrôle Tactique,...).

L’Armée de terre et l’Armée de l’air doivent se répartir la possession et la mise en œuvre des CNHM. 

Avec le programme Martha, l’ASA va connaître un développement capacitaire majeur et il s’agit pour elle d’un véritable enjeu.

En effet, dans le cadre de la manœuvre aéroterrestre et au-delà de la connaissance de la situation aérienne et de la coordination des feux dans la 3ème dimension, le CNHM devrait permettre de gérer tous les intervenants dans la 3ème dimension (I3D) dans un volume qui lui serait dédié, en liaison avec l’autorité Air de rattachement.

Il convient naturellement que lui soient associés des équipements de surveillance et aussi d’identification appropriés (IFF mode V). [1]

Le système Martha devrait donc procurer au chef interarmes une nouvelle liberté d’action en lui permettant d’optimiser en temps réel l’emploi et la mise en œuvre de l’ensemble des moyens aériens et des appuis mis à sa disposition (avions, hélicoptères, drones, feux sol-sol, feux sol-air), dans l’espace aérien qui lui serait délégué.


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[1] L’OTAN a décidé de développer le mode 5 (Mark XIIA), qui doit pallier les insuffisances du mode 4, notamment par une nouvelle forme d’onde associée à un traitement numérique, un chiffrement durci et une capacité de transmission de données chiffrées. Le mode 5 doit remplacer à terme les modes militaires actuels (modes 1,2,3 et 4)


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