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Chapitre15 - Un nouveau tournant
 

Chapitre 15- Un nouveau tournant

Plan

1) Les signes avant-coureurs d’un probable déclin.

2) La suspension du Service national et ses conséquences directes.

3) Participation à des engagements opérationnels limités.


1) Les signes avant-coureurs d’un probable déclin

L’année 1989 voit la chute du Mur de Berlin, préambule de la désagrégation inattendue du Bloc soviétique et du Pacte de Varsovie.

Des signes inquiétants pour l’avenir des forces armées françaises sont alors perceptibles et des obstacles qui vont être difficiles à surmonter commencent à poindre. Ils sont essentiellement de nature politique et financière : ne s’agit-il pas pour certains de « toucher les dividendes de la paix » ? La réduction du volume des forces terrestres s’avère inéluctable et il n’est pas pensable que l’ASA puisse échapper à ce mouvement de contraction.

  • Des raisons d’espérer

À cette époque, tout semble pourtant bien aller pour l’avenir de l’ASA :
-   une nouvelle phase de sa montée en puissance s’achève avec la livraison des derniers Roland II, portant ainsi à 19 le nombre de ses sections de 4 pièces. Et, déjà, on réfléchit à la « valorisation » de ce système d’arme.
-   Le développement du remplacement du Hawk par le SAMP/T (Système d’arme sol-air à moyenne portée en version terrestre) est sur les rails, annoncé pour le milieu des années 90.
-   Le Mistral commence à entrer en service. L’excellence de ses performances conduit à en faire une arme d’artillerie sol-air et non à le confier aux troupes toutes armes.
-   L’exercice d’une véritable coordination dans la troisième dimension (3D) exercée en temps réel au dessus des forces terrestres semble sur la bonne voie, avec les travaux d’études portant sur le futur programme Martha.

Au début des années 90, en dépit de l’effondrement du Pacte de Varsovie, servir des équipements aussi modernes et efficaces que le Hawk PIP, le Roland ou le Mistral est, pour les jeunes artilleurs sol-air, une source incomparable de motivation et de confiance dans l’avenir.

Même si elle commence à être perceptible, la perspective d’une réduction probable du volume des forces terrestres ne perturbe pas pour autant la dynamique d’organisation des unités sol-air et d’amélioration technique de leurs équipements, dans l’espoir d’aboutir à une fonction sol-air peut-être plus resserrée mais plus puissante, interagissant en opérations en étroite coordination et en temps réel avec l’Armée de l’air et avec l’ALAT.

  • Le paradoxe antiaérien de la Guerre du Golfe

Fait assez étonnant, au cours de la première "Guerre du Golfe" (1990-91) à laquelle participe l’Armée de terre avec une Brigade interarmes et des hélicoptères, il n’est engagé à leurs côtés aucun des moyens antiaériens de l’ASA.

Pour expliquer cette absence, on peut estimer à juste titre que la destruction au sol d’une grande partie des avions irakiens par les forces aériennes américaines et le repli en Iran des aéronefs irakiens rescapés annihilent quasiment tout risque d’attaque des forces alliées par l’aviation adverse et que la couverture générale du dispositif ami est assurée très efficacement par les forces américaines.

Une argumentation souvent présentée est celle du choix de la France, politique, volontaire ou contraint, de limiter les moyens participant à cette opération. Selon une autre assertion, les Irakiens disposant de systèmes ROLAND, les Alliés auraient décidé de ne pas déployer les systèmes Roland français pour éviter tout risque de méprise.

Quoi qu’il en soit, l’Armée de l’air française réussit à faire envoyer sur le théâtre d’opérations des SACP Crotale (ceux de Djibouti) qui se révèleront évidemment inaptes à accompagner les forces blindées françaises et qui ne tireront jamais.

Par ailleurs, mais déployée en absolue discrétion, une section renforcée de Roland II est fournie par le 51°RA et projetée à Djibouti pendant plusieurs mois pour y palier l’absence de ces mêmes Crotales. Des moyens sol-air dynamiques et blindés reçoivent donc une mission statique alors que des systèmes Crotale de pied différent sont engagés sur un théâtre d’opération. La logique d’Armée prévaut ici sur la cohérence opérationnelle.

Dans certains milieux influents et mal disposés à l’égard de l’ASA, on tirera a posteriori argument de son absence sur le champ de bataille irakien pour encourager le développement d’un sentiment de quasi inutilité pour la France de disposer dans l’Armée de terre d’une artillerie antiaérienne puissante et qui lui soit dédiée.

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2) Les conséquences de la suspension du Service national

La volonté de réduire les coûts de la défense française et la nécessité de remédier à certaines inégalités du service national conduisent le Président Chirac à suspendre la conscription. Il annonce cette décision le 22 février 1996.

Cette mesure entraine des conséquences majeures pour les corps de troupe :

-  Les militaires du rang appelés, dont il faut saluer les services qu’ils ont rendus au pays, laissent progressivement leur place aux EVAT (Engagés Volontaires de l’Armée de Terre). La généralisation de cette nouvelle population conduit à repenser fondamentalement la gestion des ressources humaines et à adapter le style de commandement.

-  La nature des militaires du rang change profondément. L’enjeu devient celui du recrutement d’une population jeune et de son renouvellement par des contrats successifs et limités dans le temps. Pour bien recruter tout en renouvelant la ressource, il est impératif d’offrir des perspectives de reconversion. Ilfaut savoir faire venir, savoir maintenir (ou fidéliser), savoir aussi faire partir dans de bonnes conditions.

-  La réduction des effectifs liée à une armée professionnelle, plus ramassée mais résolument tournée vers la projection de ses unités, conduit à modifier le rytme et les modalités de présence outremer des forces françaises.

-  Les unités élémentaires se préparent pour des missions "toutes armes", les effectuent outre-mer durant environ quatre mois et doivent au retour se remettre à niveau dans leur métier principal sol-air.

Les régiments sol-air participent eux aussi au renforcement des formations stationnées à l’extérieure du territoire métropolitain : des unités dites "tournantes" sont projetées pour des missions de courte durée (MCD) dans les DOM-TOM. Ce n’est pas sans impact sur la nature et sur le rythme de leurs activités.

Simultanément, d’autres unités sol-air sont projetées à Djibouti ou en Guyane (Kourou), pour y remplir des missions de défense antiaérienne. Ainsi, les batteries sol-air - comme celles des autres Armes - ne vivent-elles plus au même rythme au sein de leur régiment, leurs objectifs de préparation opérationnelle étant diversifiés.

La professionnalisation progressive impose également un changement culturel au sein de l’Armée de terre. Tous les domaines sont concernés : formation, préparation opérationnelle, mais aussi condition du personnel (cellule d’aide aux familles), infrastructures pour le logement des EVAT, parcours professionnels personnalisés, etc.

Il s’ensuit une période d’adaptation, particulièrement exaltante, au cours de laquelle presque tout doit être repensé. Le Commandement encourage la prise d’initiatives par les chefs de corps, une véritable dynamique se crée, de nouveaux horizons se dévoilent qui enthousiasment les artilleurs sol-air, comme bien d’autres.

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3) Participation à des engagements opérationnels limités

En 1999, sur très court préavis, une unité Mistral du 57°RA est engagée en Macédoine dans le cadre de la Force multinationale d’extraction des observateurs internationaux déployés au Kosovo.

Dans la nuit, le régiment (stationné à Bitche) doit aller percevoir des caméras thermiques disponibles à Douai. Le lendemain, le module opérationnel - dont la réactivité a été exemplaire - se déplace vers le sud de la France où il doit embarquer.

Sur le théâtre d’opération, cette formation sol-air ne sera pas engagée selon les "règles de l’art", c’est-à-dire selon la doctrine, car il n’y aura pas, en fait, de véritable chaîne de coordination alliée. Il apparaitra que le but de sa présence était essentiellement de dissuader les hélicoptères Gazelle serbes de frapper le dispositif ami qui était concentré dans la région de Kumanovo.

Par ailleurs, la même année, un détachement Hawk du 402°RA est mis en alerte en vue d’être projeté à Djibouti car un conflit entre l’Ethiopie et l’Erythrée perdure. Il n’y est toutefois pas envoyé.

À titre individuel et à tous les niveaux, tout comme leurs camarades des autres armes, des artilleurs sol-air sont envoyés en opérations extérieures pour y tenir divers postes, notamment dans des états-majors français ou multinationaux : au Liban, en Afrique et surtout dans les Balkans. Deux officiers généraux d’origine sol-air sont choisis pour exercer le commandement de la Division Multinationale Sud-Est déployée en Bosnie (PC à Mostar).

L’été 2001 voit la fin de la présence des appelés du contingent ; les régiments sont entièrement professionnalisés. Toutefois, certaines formations sont encore en phase de montée en puissance, assurant le recrutement et la formation initiale de leurs premiers EVAT.

Dès lors, toutes les unités sol-air peuvent recevoir des missions hors du territoire national, selon une planification établie par la Brigade d’artillerie en liaison avec les corps de troupe.

Il en résulte de multiples exigences. En voici un exemple : en raison du maintien de son contrat opérationnel "moyenne portée" et de la double qualification Hawk-Mistral de ses personnels, le 402°RA doit pouvoir préparer certaines de ses unités dans la spécialité Hawk, d’autres à effectuer des missions sol-air mistral à Djibouti ou en Guyane ou à remplir des missions toutes armes. Comme les autres régiments sol-air, il doit conserver la capacité de commander toutes ses batteries avec son PC de régiment. Cette chaîne de commandement est toujours évaluée et contrôlée selon les errements antérieurs, mais le plus souvent avec un nombre restreint d’unités présentes sur le terrain.

Ainsi, en quinze années, alors que leurs rangs s’éclaircissaient progressivement, les hommes et les unités de l’artillerie sol-air, désormais professionnalisés, placés de plus en plus en situation réelle, deviennent des opérationnels rompus à l’intervention extérieure et à la projection intérieure.

Pour autant, même si en matière de gestion des personnels la spécialité "Défense sol-air" est clairement établie, même si l’artillerie sol-air a réussi un processus d’adaptation moderniste de ses unités, ces progrès - qu’accompagnent des sursauts technologiques très positifs - sont grandement assombris par une très forte réduction du nombre des formations antiaériennes de l’Armée de terre et par la suppression progressive de ses équipements sol-air majeurs.


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