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Chapitre 9 - Équipements et recherches techniques d’après-guerre, en France
 

Chapitre 9 - Équipements et recherches techniques d’après-guerre, en France

Plan

1) Les équipements antiaériens en service en 1954,
-  11) Les armements,
-  12) Les équipements périphériques,
-  13) Les centres de renseignement et de direction des tirs.

2) Les recherches et développements français sur les canons antiaériens,
-  21) Les études françaises sur de nouveaux canons lourds,
-  22) Évolution des batteries de 90mm,
-  23) Progrès apportés au canon Bofors 40L60,
-  24) Emplois du calibre 30mm.


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1) Les équipements antiaériens en service en 1954

Au lendemain de la guerre, les FTA françaises sont équipées de matériels disparates. Les armes de plus forts calibres sont des canons d’origine étrangère, fournis par les Alliés ou pris à l’ennemi, et certains ont déjà pas mal souffert de leur emploi en opérations.

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11) Les armements

Les canons de calibre 90 et 88 dotent les Groupes « lourds » d’active ou de réserve générale ; jusqu’en 1953, les canons de 88 restent en service dans des forces françaises et l‘instruction sur ces matériels se poursuivra à l’ESAA jusqu’en 1956-58.

Les canons de 40 mm se trouvent au niveau Division et en réserve générale ; leur durée de vie opérationnelle est bien loin d’arriver à son terme.

Les canons de 25 Hotchkiss modèle 39 sont affectés à l’autodéfense des batteries d’AA lourde.

Regroupés dans des sections de 4 pièces, les armes antiaériennes de 20 mm sont en place dans les bataillons d’infanterie.

Leurs principales caractéristiques figurent dans le tableau en annexe.

Il convient de reconnaître que, si les armes de cette artillerie conservent leur valeur technique intrinsèque, les équipements qui concourent à leur succès sont pour la plupart obsolètes, notamment l’APT (appareil de préparation de tir) M7 des groupes lourds qui ne recevront jamais l’APT M9, plus moderne [1].

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12) Les équipements périphériques

Les radars en service sont restés ceux de 1945 :

-  SCR-268, utilisé pour la mise en direction des projecteurs,

-  Radars de guet britanniques GL2, ZP1 et LIGHT WARNING,

-  Radars de détection et de conduite de tir SCR-584 et SCR-545 américains, GL 3 britanniques.

Les portées maximum de détection sont de l’ordre de 50 à 60 km.

En 1953, la France acquiert ses premiers radars américains AN/TPS-1, en version 1D. La portée de ce matériel est excellente (jusqu’à 300 km) mais il souffre de faiblesses pénalisantes : pas d’indication du site (donc pas d’altitude des cibles) et précision en distance insuffisante. Décomposable en plusieurs fardeaux, il possède néanmoins une mobilité tactique appréciable.

L’APT-HF(appareil de préparation de tir à hautes fréquences) de 90 modèle 52 est livré à partir de 1954.

Les radars de recherche et de poursuite automatique des cibles COTAL n’arriveront qu’à partir de 1955.

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13) Les CRDT (centres de renseignement et de direction des tirs)

Les CRDT des FTA restent étroitement dépendants des informations de surveillance qui sont fournies verbalement par les salles d’opérations de l’Armée de l‘air et qui reposent sur un système de lecture et de report de pointés.

Ce procédé a perdu toute valeur opérationnelle en regard de la vitesse des avions modernes de l’époque car il engendre des retards de plusieurs minutes sur la connaissance par les unités de tir de la position de l’appareil détecté. Or, en 3 minutes, un appareil volant à 200 m/s parcourt 36 km.

Il faudra attendre l’arrivée des radars AN/TPS-1E et la fin des années 1950 pour que soient mis au point à l’ESAA un CRDT artisanal amélioré, sans avoir de suite industrielle.

Chez les Américains, pendant la guerre de Corée (1953-1956), on applique de nouveaux concepts d’interaction entre équipements et bénéficiant des progrès techniques, le système SAGE (Semi-Automatic Ground Environnement) ; l’appareil de conduite de tir M33 a été mis au point. Ces innovations ont apporté des progrès considérables en matière de CRDT, elles préfigurent directement les futurs centres de contrôle et systèmes de transmissions de données de défense sol-air.


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2) Les recherches et développements français sur les canons antiaériens

Les matériels de 90 mm et 40 mm fournis par les Alliés servent au Services étatiques français d’armement de point de départ pour l’étude des nouveaux équipements qui sont souhaités par l’État-major.

Les objectifs suivants sont alors été fixés à la Direction des Études et Fabrications d’Armement (DEFA) :

-  Analyser et combler le fossé existant entre les techniques et armements antiaériens d’avant-guerre et ceux qui existent désormais,

-  Évaluer les matériels américains,

-  Évaluer et utiliser à court terme les meilleurs matériels allemands récupérés,

-  Reconstituer des moyens d’étude dans le domaine du pointage, des conduites de tir, des calculateurs, des télécommandes et des affûts.

La DEFA confie le pilotage de ces études au Service Technique de Défense Antiaérienne (ST/DCA) responsable d’ensemble, et qui s’appuie sur différents contributeurs :
-  ses bureaux, notamment le bureau Artillerie (ST/ART) qui intervient dans la définition des artilleries proprement dites et des munitions de 40 mm et 105mm, et le Bureau Optique (ST/OPT) pour la conception des conduites de tir,
-  un établissement de la Direction, la Manufacture d’Arme de Levallois (MLS) et son service d’études (la MLS fusionnera plus tard avec l’Atelier de Puteaux, lequel intègrera par la suite l’AMX,
-  et d’autres établissements de la DEFA, les Ateliers de fabrication de Bourges (ABS), du Havre (AHE), de Roanne (ARE), de Tarbes (ATS) et la Manufacture d’Arme de Tulles (MAT).

La Section d’Etude et de Fabrication des Télécommunications (SEFT) apporte également son concours, pour le développement des éléments électroniques (radars, calculateurs).

Les firmes industrielles privées nationales sont mises à contribution ou même proposent leurs propres développements : SAGEM, SCHNEIDER, ELECTRONIQUE MARCEL DASSAULT, SAMM (Société d’Application des Machines Motrices), LA PRECISION MODERNE, etc.

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21) Les études françaises sur de nouveaux canons lourds

Dès 1945, la DEFA entreprend l’étude d’un nouveau système antiaérien équipé de canons automatiques de gros calibre : des bitubes de 90 mm et de 105 mm nouveaux modèles.

Ce choix s’explique par le fait que l’armée française dispose de nombreux canons de 40 mm et ne ressent pas d’urgence sur ce type de matériel. De plus, le développement d’un système à base de missile (celui qui sera le PARCA) commence seulement et on ne peut compter pour assurer la défense à longue portée (à l’époque) que sur les canons de 90mm fournis par les Américains.

La DEFA fait donc étudier par la SFAC (Société des Forges et Ateliers du Creusot, groupe SCHNEIDER) :
-  à partir de 1948 : un canon automatique de 105mm. Des prototypes en sont achevés en 1953, mais l’étude n’est pas poursuivie,
-  à partir de 1951 : un canon bitube de 90mm. Les prototypes, puis les essais de tir et de télécommande sont réalisés et terminés en 1955. Ces études conduisent en 1953 à la réalisation d’un matériel complet, mais son expérimentation n’est pas poussée à son terme pour des problèmes d’affût,
-  un bitube de 90 mm sur automoteur chenillé, qui résulte d’une évolution entreprise dès 1948. Ce travail aboutit à la définition d’un équipement et à la décision d’en lancer l’étude, en 1951. Le poids de la pièce en ordre de route atteint 18 tonnes. Ce matériel est conduit jusqu’à l’état de prototype et ses essais de tir et de télécommande sont réalisés.

Finalement, on renoncera au début des années 60 à tous ces matériels, jugés trop lourds et trop complexes.

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22) Evolution des batteries de 90 mm

Simultanément est confiée à la Manufacture de Levallois (MLS) l’étude d’une nouvelle conduite de tir susceptible de servir pour ces nouveaux canons, mais aussi de remplacer la conduite de tir des batteries de 90 mm d’origine américaine. Elle doit comporter des éléments nouveaux, tout en conservant la conception d’avant-guerre.

C’est le Service Central Optique de l’administration centrale de la DEFA qui établit, vers 1946, le programme technique correspondant.

À cet effet, deux télémètres stéréoscopiques prototypes de grande base sont étudiés et construits, l’un de 5 mètres de base, l’autre de 8 mètres. Ils sont destinés à être montés sur une tourelle alti-télémètrique qui est réalisée par OPL et qui est expérimentée en 1951, à l’établissement de Toulon (ETTN).

Malgré de bons résultats obtenus, cette tourelle n’est pas adoptée, pas plus que le poste optique de DCA qui a été commandé à OPL en même temps. Il en est de même de l’appareil de préparation de tir (APT) étudié par la MLS.

Entretemps, les performances obtenues avec le radar COTAL et le calculateur APT-HF (tous les deux développés en France et fabriqués avec une aide financière américaine) ont rendu obsolètes les équipements de conception ancienne et ce sont ces nouveaux matériels qui vont équiper les FTA françaises.

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23) Progrès apportés au canon Bofors 40L60

La France n’a jamais fabriqué ni les armes ni les affûts de canons de 40 L 60, mais elle se trouve, à la fin de la guerre, en possession de plus de 600 matériels qui avaient fabriqués et lui avaient été fournis - pendant les hostilités - par les USA et le Canada.

La France verse des royalties à la société suédoise BOFORS, en échange d’un droit d’utilisation et de maintenance, mais sans que cela comporte une véritable licence au sens juridique.

Un certain nombre des matériels reçus par la France sont équipés de télécommandes, mais leurs performances sont limitées : leur équipement de conduite de tir consiste en un poste séparé, le PC-M5, et un groupe électrogène. Ceci ne permet pas de poursuivre des avions rapides, volant à une vitesse juste subsonique.

Sur demande de l’État-major de l’Armée de terre, le Service technique de la Manufacture de Levallois (MLS) entreprend une première modernisation du canon de 40L60, en collaboration avec le CETI, Centre d’Etude et d’Inventions, dirigé par M. Ricordel, et avec la participation de la société La Précision Moderne (LPM). Ce travail débute en 1947.

Après des essais très poussés, un matériel à deux pointeurs, un servant-correcteur et un seul chargeur (soit 4 personnes sur la plate-forme) est adopté en 1949 sous la dénomination de canon de 40 AA 39/52 et cette modernisation est appliquée, entre 1951 et 1954, à plus de 200 affûts existants (qui étaient munis à l’origine de télécommandes américaines).

Mais il reste encore dans les réserves du Service du Matériel plus de 400 affûts qui sont dépourvus de toute télécommande et qui sont servis par deux pointeurs utilisant des grilles pour les corrections de tir. Aussi, en 1952, le Service des Etudes de la MLS est chargé de travailler à leur modernisation.

La MLS présente alors un prototype avec viseur Reille-Soult. Ce système est estimé insuffisant et un nouveau prototype est réalisé avec un correcteur Le Prieur-Ricordel. C’est ce dernier matériel qui est adopté en 1955, à la suite de nombreux essais, sous la désignation 40 AA 39/55.

Ce type de canon ainsi modernisé dotera encore les Groupes français d’ASA légère, de la fin de la guerre l’Algérie jusqu’à son remplacement par le Roland.

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24) Emplois du calibre 30 mm

Au cours de ces années 1953-54, l’État-major de l’Armée de terre s’oriente, pour des raisons d’ordre opérationnel, vers "un calibre au moins égal à 30 mm".

En effet, les munitions de 30 mm ont une efficacité considérablement plus élevée que celle de 20 mm (dans un rapport égal à 1,5 élevé au cube, soit 3,3), et, malgré une cadence de tir inférieure (environ 600 coups/minute au lieu de 750 à 900 coups/minute pour le 20 mm), leurs probabilités d’atteinte et de destruction sont plus élevées tout en battant un volume plus important.

En 1953, après l’étude de deux affûts de 30 mm, l’un bitube, l’autre monotube, qui restent à l’état de prototype et sont équipés tous deux d’un viseur correcteur optique, la DEFA lance l’étude d’une Unité légère de DCA conçue comme "un système d’arme complet autour d’un tube de 30mm", qui est confiée à SAGEM.

Cette approche concerne deux ensembles :

-  d’une part une tourelle bitube montée sur un camion 6x6 BERLIET GBC 28, avec un groupe électrogène et un casier à munitions de réserve,
-  d’autre part, un poste de conduite de tir avec télémètre radar, situé à distance et relié par câble à la tourelle.

Une variante tractée en est aussi étudiée, montée sur une remorque à quatre roues, mais seule la version sur camion est fabriquée et subit de nombreux essais-constructeur et de tir.

Cette réalisation n’est pas l’objet d’une production en série, mais l’étude de cette Unité légère de DCA permet d’approfondir la composition d’un système d’arme de 30mm (veille, acquisition, télémétrie, pointage et corrections de tir) et d’aider à spécifier les caractéristiques d’un futur bitube de 30 mm monté sur châssis blindé et chenillé.

Comme on peut le constater, les dix années qui ont suivi la guerre n’ont pas permis à la DCA française d’améliorer significativement ses capacités d’interception. L’écart entre ses performances techniques et celles des aéronefs s’est même sensiblement accru. Serait-ce déjà la fin du canon antiaérien de gros calibre ?


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[1] Réaction de G.Dessornes à cette assertion :
"Pierre Mounier-Kuhn, un chercheur bien connu du CRS et moi-même, échangions quelques infos relatives à l’APT- M9... Ce n’est en fait pas la première fois que je suis interrogé sur ce premier calculateur électronique au monde (que je n’ai pas servi)..."
Une chose est sûre "il n’y a pas grand chose en France sur ce sujet et sans doute il y aurait lieu de modifier un peu le texte relatif aux APT où le M9 est presque ignoré.
Le fait de dire que le M9 est plus moderne que le M7 (ils ont presque le même âge) et de conclure qu’il n’a pas été en dotation (ce qui est erroné), est un peu rapide !
Je sais que le M9 fut vu entre autre à Nîmes, à Valence, à Alger, à Hyères, etc. Le règlement de 1954, tome 3, lui consacre 100 pages contre 75 pour le M7... Ce n’est pas rien !
Ce calculateur fut utilisé par toutes les artilleries OTAN. Il fut adapté pour le tir des Nike jusqu’à la fin de vie du système en 1988."

Caractéristiques des armements AA issus de la seconde guerre mondiale

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