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Chapitre 3 - L’Entre-deux-Guerres
 

Chapitre 3 - L’Entre-deux-Guerres

Plan

1) Le retour au temps de paix,

2) La DCA revient dans l’Artillerie.

3) Un tournant important,


1) Le retour au temps de paix

11) La tendance générale

Comme les autres forces terrestres, la DCA française subit après la guerre les conséquences de l’euphorie générale et peu de gens se soucient d’améliorer ses armements. En France, on veut croire que ce conflit est le dernier et on vit principalement dans l’attente de progrès sociaux.

L’époque est faste pour l’avion : développement de l’aviation commerciale, exploits aériens civils (traversée des Andes, traversée de l’Atlantique Sud) et records de vitesse (448 km/h, en 1923) et d’altitude (les 10.000 m sont atteints en 1920).

Combattre les aéronefs hostiles avec sa propre aviation parait à beaucoup être la seule solution valable. Cette conviction est d’autant plus grande en France que les moyens de DCA vont être versés (temporairement) à l’Aéronautique, les aviateurs étant persuadés que l’avion peut assurer à lui seul la défense aérienne. La création de l’Armée de l’air française, en 1933, renforce ce sentiment sans pour autant engendrer une meilleure coordination Terre-Air dans la lutte contre l’ennemi aérien.

Au cours des années qui précèdent la seconde Guerre Mondiale, les aviations militaires conservent une vocation essentiellement tactique à laquelle les DCA aux armées doivent s’opposer.

L’ubiquité potentielle des aéronefs d’un adversaire sur une grande partie du territoire ami est ressentie comme étant une menace que l’on ne peut contrer qu’en établissant en "défense du territoire" des barrages placés a priori et en constituant des concentrations locales de DCA au profit de quelques sites d’importance majeure.

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12) Passage de la DCA de l’Artillerie à l’Aéronautique

  • Les principes de la réorganisation

Une réunion "d’état-major" se tient au Grand Quartier Général le 16/1/1919, présidée par le général Pont, Major général de l’Armée ; ce qui ne devait être initialement qu’un échange de vues y aboutit à un procès-verbal approuvé et qui expose : "Le premier de ces principes, c’est la nécessité du rattachement de la DCA à l’Aéronautique, basé su ce que la DCA doit travailler en liaison permanente avec l’aviation, dont elle doit connaître sans cesse les progrès".

Ce document retient les conclusions suivantes :

"-1°/ La DCA devra constituer une subdivision spéciale, rattachée à l’Aéronautique,
-  2°/ Il sera créé des unités spéciales de DCA qui devront comprendre toutes les spécialités nécessaires au fonctionnement total de la DCA,
-  3°/ L’organisation de la DCA du temps de paix devra permettre à la mobilisation :

  • a)de donner aux armées mobilisées les éléments de DCA dont elles auront besoin,
  • b)d’assurer dès que le besoin s’en fera sentir... la défense des points sensibles du territoire... »

Par ailleurs, le 25/1/1919, il est décidé que l’armée française sera ramenée à sa composition organique d’avant guerre. Or, en 1914, la DCA n’existait pas ; des études doivent donc être entreprises de toute urgence pour fixer ce que va devoir être la DCA du temps de paix. Quoi de plus rapide, alors, que de s’appuyer sur les conclusions du document précité ?

Aussi, le 5 mars 1919, une Décision Ministérielle crée un Bureau de DCA à la 12ème Direction du Ministère de la guerre , sous l’autorité de laquelle sont placés, dès le 22 mars suivant :
-  La Commission d’études pratiques du tir contre objectifs aériens (CEPDCA),
-  Le Cours pratique de tir contre objectifs aériens (d’Avord),
-  Le Centre d’Organisation d’Artillerie Antiaérienne d’Arnouville,
-  Le Centre d’Organisation d’Artillerie Antiaérienne d’Avord,
-  L’Etablissement central des projecteurs d’artillerie,
-  Toutes les unités d’armes et de projecteurs de DCA,
-  Les dépôts des 63°, 64°, 66°, 166° et 67° RA.

La 12ème Direction procède à la mise en place d’une véritable réorganisation qui va servir de base à la structuration de la DCA entre les deux Guerres.

Les modalités retenues prévoient la dissolution progressive des régiments de DCA existants et affectent toutes les unités antiaériennes à l’Aéronautique, pour y former :

  • Une école de DCA,
  • Un Établissement central de DCA,
  • Cinq Groupements de défense contre aéronefs :

-  1er Groupement (à Arnouville-lès-Gonesse et à Lisieux/Bernay) : unités provenant des 64°, 66° et 67°RA,
-  2ème Groupement (à Sedan) : unités des 63° et 66°RA,
-  3ème Groupement (à Toul et à Mayence) : unités des 66° et 67°RA,
-  4ème Groupement (à Montbéliard) : unités des 63°, 66° et 67°RA,
-  5ème Groupement (à Satonay et à Avignon) : unités des 63°, 66° et 67°RA et du 501°RIT.

Par ailleurs, il est prévu que l’organisation "pied de guerre" des futurs régiments de DCA devra leur permettre de couvrir des zones de 40 km de front et 150 km de profondeur, avec des moyens exclusivement mobiles, l’effectif de chacun d’entre eux atteignant alors 5.650 hommes.

C’est donc une sorte de renoncement à l’artillerie « de position » (les canons semi-fixes) et à l’emploi de la DCA en DAT qui est retenu.

  • Autres mesures

L’École de défense contre aéronefs est créée à partir des centres d’instruction déjà existants à Arnouville-lès-Gonesse, Avord et Pont-sur-Seine et elle s’installe, avec la Commission d’études pratiques du tir contre objectifs aériens, à Orléans et Montargis.

L’Établissement central de DCA est constitué à Chartres, sur l’emprise de l’Etablissement central des projecteurs d’artillerie complétée par diverses installations de Villefranche-sur-Cher. On lui accole une Section d’études techniques destinée à perfectionner les matériels et les méthodes de tir.

  • Création des RDCA/A

Le 1er janvier 1920, les cinq Groupements précités donnent respectivement naissance à cinq RDCA (Régiments de DCA) de l’Aéronautique qui sont stationnés comme suit :
-  1°RDCA : Aubervilliers, Arnouville, Montargis, Forts de Cormeilles et de Rosny,
-  2°RDCA : Sedan, Briebich, Trêves, Mayence,
-  3°RDCA : Toul, Mayence-Kastel, Gemersheim,
-  4°RDCA : Lure, Gemersheim,
-  5°RDCA : Satonay, Avignon.

Chacun de ces régiments est alors constitué d’un état-major avec peloton hors-rang, d’un Groupe à 4 batteries d’autocanons de 75, d’un Groupe mixte comprenant 2 compagnies de projecteurs, une compagnie de mitrailleuses antiaériennes et une compagnie de ballons de protection.

Telle qu’elle a été prévue par l’Instruction du 15/12/1919, la DCA de l’Aéronautique du temps de paix ne devrait plus disposer que de 220 officiers, 4.655 hommes de troupe, 80 canons, 120 projecteurs, 160 mitrailleuses et 100 ballons.

  • Préparation de la mobilisation

Le principe retenu est que, à partir de ces cinq RDCA, seront formés cinquante régiments antiaériens par dispersion de noyaux actifs pré-positionnés. La DCA du camp retranché de Paris est entièrement désarmée. Comme dans les autres régions militaires, ses matériels de DCA sont stockés. Quoique non dotée d’armements en temps de paix, la DAT fait l’objet de mesures d’organisation : un réseau de postes canons et de guet est prévu à la mobilisation, équipé de canons de 75 et 105 semi-fixes.


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2) La DCA revient dans l’Artillerie

De 1918 à 1922, la DCA française végète mais, le 25/8/1922, répondant aux arguments de la Direction de l’artillerie, la décision est prise de faire retour à l’Artillerie de toutes les formations de DCA, leur transfert s’effectuant entre avril 1923 et janvier 1924.

La première décision significative conduit à la suppression du Centre de Montargis où la Commission d’Études pratiques de DCA a été juxtaposée à l’École de DCA. Après avoir écarté la solution Bordeaux-Cazaux, c’est à Longueville-lès-Metz que s’installent ces deux organismes. L’École y devient le Cours pratique de défense contre aéronefs (CPDCA).

Le général Pagezy et les précurseurs de la Grande Guerre arrivent enfin à faire entendre leurs voix. Un concept d’amélioration des matériels est élaboré, selon lequel tout nouveau canon antiaérien doit être une arme développée spécifiquement ; à chaque type de menace aérienne doit correspondre une réponse particulière. On admet qu’il convient également d’améliorer les performances des canons existants et de développer les moyens de préparation du tir et de tir de nuit.

Un programme d’ensemble de modernisation des moyens est adopté le 15/5/1923 ; il concerne l’expression de besoins en études et en mise au point de prototypes portant sur 6 catégories de canons. Il est complété en 1924 par un autre programme qui, comme son prédécesseur immédiat, ne verra qu’un commencement d’exécution en l’absence de dotations financières suffisantes.

Les premiers régiments d’artillerie de DCA (RADCA) :

Cinq RADCA sont créés le 1/4/1923, dont un est affecté à l’Armée du Rhin (le 402) et numérotés de 401 à 405.

Ils sont constitués chacun de :

-  Deux Groupes d’autocanons de 75,

-  Un Groupe de 75 sur remorque,

-  Un ou deux Groupes de 75 sur plate-forme,

-  Un Groupe de projecteurs.

Les mitrailleurs et les aérostiers restent rattachés à l’Aéronautique. Officiellement, la DCA prend l’appellation d’AAA, artillerie antiaérienne de l’armée.

Les batteries AA « isolées » :

-  En métropole à partir de 1923 et jusqu’en 1939, des batteries antiaériennes sont créées et rattachées à des régiments "sol-sol" : 12°RAD, 15°RAD, 17°RAD, 151°RA de position, 155°RAP, 157°RAP, 169°RAP, 188°RALT et 363°RALP [1].

-  En Afrique du Nord, à partir de 1930, on créera aussi des batteries de DCA qui seront rattachées à ceux des régiments d’Artillerie d’Afrique (formés entre 1924 et 1927) qui seront numérotés de 62 à 67 [2].

Poursuite des réorganisations

En 1925, pour satisfaire les besoins de la DAT, une Décision ministérielle répartit ente des corps mobilisateurs [3] la responsabilité de fournir les noyaux actifs des Groupes et batteries de DCA des différentes régions militaires. Des dépôts régimentaires d’artillerie de DCA sont créés, avec pour charge de gérer administrativement toutes les unités de DCA, d’active ou mobilisables.

En 1926, avec la fin de l’occupation en Allemagne et le retour en France des unités, une réduction du volume des régiments de DCA intervient, accompagnée d’échanges croisés d’états-majors et de groupes impliquant le 401°, le 402° et le 403° RADCA.

A la même époque, divers rapports, inspections et exercices mettent en évidence les faiblesses du système et dénoncent un laxisme antérieur qui a conduit au mauvais entretien et à l’inadéquation de certains équipements de DAT, plus généralement à la mauvaise formation donnée aux personnels spécialisés, au manque d’effectifs.

Malgré l’importance du nombre d’unités à provenir de la mobilisation (vingt-sept Groupes à trois batteries), l’insuffisance est estimée à treize Groupes d’artillerie antiaérienne et à cinq batteries de projecteurs.

Au 1/2/1929, l’état des équipements de DCA est le suivant :

  • DCA des Armées :
    • Existants :
      -  283 Autocanons de 75,
      -  792 canons de 75 sur plate-forme,
      -  202 Projecteurs de 120 mm,
      -  6 Sections de ballons de protection.
    • À provenir de la mobilisation :
      -  228 Autocanons de 75,
      -  116 canons de 75 sur plate-forme,
      -  120 Projecteurs de 120 mm,
      -  6 Sections de ballons de protection.
  • DCA du territoire
    • Existants :
      -  550 canons de 75 sur plate-forme, dont une grande partie estinutilisable en l’état,
      -  105 canons de 105 sur plate-forme,
      -  367 Projecteurs de 150 mm,
      -  24 Sections de ballons de protection.
    • À provenir de la mobilisation :
      -  444 canons de 75 sur plate-forme, dont une grande partie est inutilisable en l’état,
      -  60 canons de 105 sur plate-forme,
      -  292 Projecteurs de 150 mm,
      -  24 Sections de ballons de protection.

Le niveau le plus bas sera atteint le 5/5/1929, lorsque le 404°RADCA sera dissous, ses IIIème et IVème Groupes devenant les Vème et VIème Groupes du 401°RADCA, le 402° perdant un Groupe et le 403° en perdant deux.


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3) Un tournant important

31) 1927-1930 : de nouvelles mesures de réorganisation

Une synthèse présentée le 1/2/1927 par l’Inspecteur de l’Aéronautique et de la DCA fait preuve de lucidité et de sévérité sur l’état de la DCA, allant jusqu’à proposer de renoncer à l’autocanon de 75, jugée incapable de tirer efficacement de nuit et de pratiquer le tir indirect (calcul centralisé des éléments de tir). Bien que ces autocanons constituent les 2/3 de la DCA de l’armée, la vitesse initiale des obus tirés par leur canon de 75 modèle 1897 est estimée très insuffisante en regard de la portée souhaitée.

Une étude plus complète de l’ensemble de la DCA lui est alors confiée par le Chef d’état-major général de l’Armée, qui va aboutir au Plan de défense aérienne du territoire (DAT) du 27 février 1929.

  • Le plan de février 1929

L’Armée ayant été réorganisée en 1928, ce plan, œuvre du général Guitry en tient compte ; il a pour mérite essentiel d’aborder, par le biais de la DAT et pour la première fois depuis 1918, la DCA dans son ensemble.

Les principes suivants sont posés :
-   La défense (contre avions) intéresse (les ministères de) la Guerre, la Marine, l’Air dans les mesures de défense active, (le ministère de) l’Intérieur, les municipalités, les industries dans les mesures de défense passive ».
-   En temps de guerre, dans la zone des armées et sur le littoral, la DAT relève du Commandant en chef, militaire ou naval ; dans le reste du pays, ses moyens dépendent du ministre de la guerre.
-   Les commandants de région militaire commandent leurs moyens de DAT.
-   La coordination des moyens de l’aviation et de l’artillerie antiaérienne est reconnue nécessaire,
-   Onze zones de défense antiaérienne sont créées, dont Paris et la zone nord-est qui sont estimées prioritaires.

Cependant, ce plan très ambitieux fait preuve d’un irréalisme total dans le nombre d’unités à mettre sur pied à la mobilisation, tant par leur incidence financière qu’humaine.

Il est en effet prévu :

-  Matériels : 495 batteries de DCA semi-fixes et mobiles, 15 Groupes de projecteurs, 18 sections de ballons de protection, 798 sections de mitrailleuses mitrailleuse Hotchkiss de 13,2 mm (dont la fabrication en série commencera en 1932), 10 escadrilles de chasse de nuit,
-  Effectifs de la DCA : 160.000 hommes et 3.300 officiers (dont 23.000 non-instruits en AA),
-  Coût estimé : 1.390 millions de francs (dont 175 pour la Chasse).

La réalisation doit en être étalée sur 15 ans, ce qui appellerait des annuités budgétaires de l’ordre de 100 millions de francs par an. Le Conseil supérieur de la guerre envisage même, au cas où les possibilités financières ne permettraient pas un tel effort, de l’étaler davantage encore (c’est aussi l’époque où la construction de la Ligne Maginot prend son essor et focalise les crédits).

  • Le programme de décembre 1929

Un nouveau programme d’armement antiaérien est défini le 17 décembre 1929 et entériné par la Loi du 14/1/1930. Destiné principalement à équiper les unités qui seront mobilisées, ce programme ne jouit évidemment pas de la plus élevée des priorités.

Il ne prévoit plus que la fabrication de 33 batteries mobiles (90 million de francs), 125 batteries semi-fixes (200 millions) et 350 sections de mitrailleuses (100 millions).

Mais et surtout, la répartition des rôles est fixée ainsi :

« L’attaque d’avions à basse altitude n’est plus justiciable de l’artillerie antiaérienne. C’est à la mitrailleuse qu’il convient de confier la défense contre avions volant bas... Les petites unités de toutes les armes assureront ainsi leur propre protection contre les attaques d’avions jusqu’à 1.000 mètres d’altitude...

... Les grandes unités assureront la défense des points sensibles du champ de bataille, des arrières du champ de bataille et des courant de transport, soit avec des mitrailleuses contre les avions volant bas soit avec des canons (de DCA) contre les avions jusqu’aux altitudes les plus élevées... »

L’arrivée au pouvoir du « Cartel des Gauches » en 1932 provoque une forte réduction des crédits militaires (La loi de finances de 1933 va jusqu’à prévoir la suppression de 5.000 postes d’officiers).

Cependant, après 1933, la situation extérieure qui commence à s’aggraver provoque des mesures progressives de reconstitution et de modernisation.

  • Renforcements

Le 404°RADCA est reformé à Tours le 15/4/1934, à partir du II/401°RADCA.

Le 406°RADCA, est créé le 1/10/1938, implanté à Laon, Rouen et Douai.

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32) Évolution des matériels et des techniques

Ce n’est que dans les années 30 que des efforts budgétaires notables sont petit à petit consentis à la DCA. Ils se concentrent alors sur la production de canons, organes principaux de la mission, en oubliant d’améliorer significativement leurs équipements périphériques (conduites de tir, télémètres, transmissions, munitions,...).

Ils conduisent à une grande disparité des armes (20 modèles et calibres différents) et des munitions (grande variété, dans les fusées en particulier) avec les difficultés d’instruction, d’équipement, de maintenance et de gestion des parcs qui en résultent.

Pour ce qui concerne les matériels, le programme de décembre 1929 prévoit l’application des mesures ci-dessous.

a) Canons de 75 autocanons et sur remorque.

Ceux qui sont armés de la bouche à feu modèle 1897 recevront un nouveau tube modèle 1928, avec frein de bouche, ce qui permettra d’atteindre un plafond voisin de 7.500 mètres.

En effet, dès 1925, devant l’augmentation des vitesses et du plafond des avions, on a songé à accroître le volume d’action des matériels d’artillerie antiaérienne en augmentant leur vitesse initiale.

Des tubes de 75 allongés (permettant d’obtenir une vitesse de 700 mètres par seconde) ont été étudiés par l’Atelier de Levallois, ce qui conduit à l’adoption d’un nouveau matériel : le canon de 75 modèle 1928 à frein de bouche G.B.

Diverses études ont été ensuite entreprises à partir de ce canon, et c’est la solution réalisée par l’Atelier de Bourges (ABS) qui sera en fin de compte adoptée sous la désignation de canon de 75 antiaérien, modèle 32.

b) Création de trente-trois nouvelles batteries mobiles

Elles seront dotées d’une remorque simplifiée, développée par l’Atelier de Puteaux et comme, les 125 batteries semi-fixes, seront également dotées de canons de 75 avec bouche à feu modèle 28.

Les Établissements Scheider ont étudié une plate-forme à quatre flèches, dont l’une forme timon pour les déplacements. Ce matériel, équipé de la masse oscillante du canon de 75 modèle 28, sera adopté à son tour sous le nom de 75 C.A. modèle 32.

Paradoxalement, et quoiqu’étant établies plus de 10 ans après la fin de la guerre, ces mesures ne prennent pas en compte l’évolution des performances des aéronefs et de leurs modes d’attaque.

Les conséquences en seront particulièrement malheureuses :
-  inefficacité contre les avions volant à basse et très basse altitudes quand ils s’approchent du point nodal, par insuffisance de la vitesse de pointage des armes,
-  inaptitude à faire face aux attaques en piqué, en raison d’un angle mort vertical d’une quinzaine de degrés,
-  lenteur mise à se redéployer (il faut au moins 24 heures pour changer d’emplacement une pièce demi-fixe).

S’équiper de matériels nouveaux s’avère donc indispensable.

  • a) De nouveaux armements

Le désintérêt des constructeurs pour les recherches d’armement a rendu difficile l’exécution du programme qui avait été prévu en 1923 par la Commission et qui proposait d’étudier trois types d’arme : un canon lourd sur remorque tirant un obus de 16 kg, un canon moyen tirant un obus de 8 kg, un canon léger.

Canons lourds

En 1934, après des déboires rencontrés dans les études effectuées sur les calibres 105 mm et 82 mm, l’État-major se tourne vers les Établissements Schneider qui viennent de réaliser un excellent canon de 90 mm pour la Marine. C’est ce calibre qui est retenu pour le futur canon lourd et qui sera adopté sous le nom de 90 C.A. modèle 40. Une commande de 120 batteries en est faite. Seules 7 batteries sont livrées avant l’armistice et très peu d’entre-elles participeront aux combats de la Campagne de France.

Canons de moyen calibre

Comme indiqué précédemment, les anciens canons restent en dotation avec l’apport de quelques progrès marginaux et les principaux matériels utilisés en France avant 1939 sont donc de calibre 75 mm. Ils tirent avec une vitesse initiale de 900 mètres par seconde, à une cadence de 12 à 20 coups par minute, selon les modèles.

La France s’intéresse aussi à une nouvelle arme antiaérienne suédoise, le canon de 40mm Bofors et l’adopte sous le nom de canon de 40mm CA (contre avion) modèle 1938 avec correcteur suédois.

Peu après, l’Établissement français « La Précision Moderne » fournit pour ce canon un correcteur de sa fabrication.

Une seule batterie de ce type est livrée avant mai 1940.

Armements légers

Le canon de 25mm CA modèle 1928 est amélioré par l’Arsenal de Toulon à partir de 1934 et donne naissance à trois armes dérivées :
-  le monotube de 25mm CA modèle 1939,
-  le monotube de 25mm CA modèle 1940,
-  le matériel jumelé bitube de 25mm CA modèle 1940 (dont la construction sera interrompue par l’armistice).

Par ailleurs, sous la pression des évènements, la France adopte le canon de 20 mm OERLIKON et en commande en Suisse 400 exemplaires.

Des mitrailleuses de 13,2 mm complètent cette gamme.

  • b) Les équipements périphériques

Les efforts budgétaires consentis à la DCA se concentrent sur la production de canons, organes principaux de la mission, en oubliant d’améliorer significativement leurs équipements périphériques (moyens de détection, conduites de tir, télémètres, transmissions, munitions,...) car le concept de "système d’arme" n’est pas encore inventé. C’est pourtant la caractéristique majeure des moyens de DCA dont la complexité technique, l’interdépendance et les contraintes logistiques échappent encore à la perception des hauts états-majors.

Des progrès techniques notables apparaissent dans les appareils de préparation de tir (modèles 1932, 1934 et 1935). Une étude des moyens électroniques de conduite de tir est lancée par le Commandement des Transmissions en mars 1939.

Tir direct ou indirect ?

Une polémique partage depuis quelques années les spécialistes, portant sur le mode de tir : direct et indirect.

Pour simplifier (car il existe des variantes) il s’agit de savoir si - cas du tir direct - chaque pièce doit effectuer elle-même sa visée sur la cible (ses propres éléments de tir étant déterminés par des équipements portés par l’arme ou voisins de l’arme) où si - cas du tir indirect - les éléments de pointage (et de tir) sont déterminés en dehors de la pièce par un "poste central de tir" et communiqués verbalement ou par téléaffichage aux servants de la pièce qui se contentent de les recopier, sans avoir à viser.

Il est clair qu’à chaque formule correspondent des avantages et des inconvénients touchant notamment à l’autonomie des pièces, à la complexité des matériels (avec leur incidence sur la difficulté de fabrication et le coût d’acquisition), à leur automaticité et à leur mécanisation (aspect très important puisque source d’économies en personnel, très recherchées), à leur mise en œuvre (groupement des pièces ou dispersion des pièces, choix des positions, liaisons techniques entre matériels, maintien en condition,...), à l’exercice du commandement (choix des objectifs, déclenchement du tir), au niveau de formation des utilisateurs, etc.

Finalement, il sera décidé que seuls les autocanons de 75 ne seront pas aptes au tir direct. Des postes (ou appareils) centraux de tir direct ou indirect sont donc étudiés et développés. Pagezy, Le Prieur, Riberolles, les Etablissements privés Aufière, La Précision Moderne, y concourent.

Le Poste Central de tir direct modèle 1934 (destiné aux unités de 75 sur remorque ou sur plate-forme) et le Poste Central de tir (indirect) modèle 1935 (pour les batteries de matériels de 75 semi-fixes) sont adoptés et leurs fabrications en grande série sont lancées. Ce dernier est adapté à la balistique du canon de 90mm ; dénommé Poste central pour le tir contre avion, modèle 1940, sa fabrication en série sera interrompue par l’armistice.

Acquisition des objectifs

Malgré ses faiblesses naturelles, la détection acoustique s’appuyait, à la fin de la guerre, sur le "Sitemètre Perrin" et sur le "Paraboloïde Baillaud" ; elle devient l’auxiliaire indispensable des unités de projecteurs.

Des remorques d’écoute, munies de détecteurs acoustiques et d’un correcteur d’onde, sont expérimentées avec succès en 1933 ; 236 sont commandées en 1934, afin d’équiper chaque batterie.

Des expériences de détection magnétique sont menées en France, après la découverte de l’existence de cette technique [4] qui est notamment expérimentée par la Royal Air Force en 1929.

En retard sur les autres pays, on installe en 1939 des lignes de guet électromagnétiques dans les régions de Reims et de Troyes (et pour la Marine autour de Brest, Toulon et Bizerte) qui fonctionneront positivement lors des raids aériens allemands venant sur Paris, mais on est encore loin d’une véritable généralisation opérationnelle.

En 1939, la détection des aéronefs repose donc généralement sur le guet à vue et sur la détection acoustique ; leur identification est très relativement facilitée par le fait que les adversaires ne disposent pas des mêmes aéronefs.


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[1] RAD : régiment d’artillerie divisionnaire, RAP : régiment d’artillerie à pied, RALT : régiment d’artillerie lourde à tracteurs, RALP : régiment d’artillerie lourde portée.

[2] En 1939, ces 6 régiments d’artillerie d’Afrique comprendront chacun un groupe d’artillerie de montagne, un groupe de 75 hippomobile ou tracté, un groupe de 155 hippomobile et un groupe ou une batterie de DCA

[3] Ce sont les : 15°RA (Douai) :1ère RM ; 101°RA(Laon) : 2°RM ; 302°RA (Vernon) : 3°RM ; pour la 6°RM :403°RADCA (Metz),, 106°RA (Sedan), 40°RA (Chalons) ; pour la 7°RM : 305°RA (Colmar), 47°RA (Mulhouse), 169°RA (Belfort) ; 404°RADCA (Dijon) : 8°RM ; 405°RADCA (Satonay) : 14°RM ; pour la 15°RM : 194°RA (Nîmes), 157°RA (Nice) ; pour la 20°RM : 403°RADCA (Toul), 133°RA(Strasbourg) ; pour Paris : 401°RADCA.

[4] Au cours des années 1920, diverses expérimentations de détection à l’aide d’ondes radio furent réalisées avec succès (par Appleton en Angleterre en 1924, Breit et Tuve, Hyland, Taylor et Young aux États-Unis, Mesny et David en France). Au milieu des années 1930, elles débouchèrent sur des applications concrètes grâce aux progrès de l’électronique. Le paquebot Normandie fut équipé d’un appareil de détection électromagnétique à ondes décimétriques, capable de détecter les icebergs dans le brouillard. À partir de 1935, les recherches s’orientèrent vers la réalisation de radars à impulsions, à la suite de deux mémorandums du Britannique R. Watson-Watt. Du côté allemand ce sont les travaux de Künhold, Runge, Stepp et Müller qui conduisirent à la réalisation d’appareils de série, dont le « Freyya » (longueur d’onde : 2,4 m, portée de l’ordre de 80 km) opérationnel en 1939.


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