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1- L’artillerie en Afrique du Nord (1954-1962)
 

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Article des colonels Henri KAUFFER et Georges VAN DEN BOGAERT

L’artillerie en Afrique du Nord - Période 1954-1962




Les opérations en Indochine, si elles ont causé une gêne considérable aux unités d’Europe ou d’A.F.N., n’ont pas amené de gros changements de structure.Par contre les évènements d’Afrique du Nord vont désorganiser presque totalement l’Armée et en particulier l’Artillerie.
Les troubles commencent en Tunisie et au Maroc au début de 1954 et conduisent ces pays à l’indépendance. Puis ils s’étendent à l’Algérie le 1er novembre 1954 et se transforment progressivement en une véritable guerre de guérilla qui nécessitera l’engagement progressif de presque toute l’Armée, contingent et réservistes rappelés inclus, jusqu’en 1962.
Les insurrections, qui se produisent au Maroc et en Tunisie et gagnent rapidement l’Algérie, imposent, en raison des effectifs insuffisants en Afrique, un renforcement avec des unités provenant de la Métropole ou évacués d’Indochine. L’envoi en AFN d’appelés du contingent et de disponibles rappelés ayant été décidé, les renforts, relativement limités en 1954, sont de plus en plus importants en 1955 et 1956, puis à peu près stabilisés à partir de 1956.

L’Artillerie (métropolitaine ou coloniale) constitue :

  • des groupes avec matériels,
  • des groupes (parfois dénommés bataillons) à pied sur le type des bataillons d’Infanterie (certains de ces groupes sont d’ailleurs des bataillons d’infanterie constitués par des artilleurs et revenus ensuite à l’artillerie) ;
  • quelques formations particulières : groupes d’expérimentation des centres sahariens, groupes aériens d’observation d’artillerie (devenus groupes d’ALAT en 1956)...


Au début, le « maintien de l’ordre » sera assuré, en ce qui concerne les formations d’artillerie, par les unités organiques d’Afrique et quelques renforts venus de France. Puis la plupart des formations actives mettront sur pied des groupes de marche, généralement sans matériel sur le type des unités d’infanterie. A partir du moment où il est procédé à des rappels de disponibles et de réservistes, l’artillerie va fournir :

  • d’une part l’artillerie des nouvelles divisions d’infanterie (de type léger binaire) qui sont formées et disposent seulement d’un groupe organique avec matériel ;
  • d’autre part un nombre important de groupes de type infanterie (certains de ces groupes sont d’ailleurs formés initialement sous la dénomination de bataillons d’infanterie), qui sont surtout employés comme unité de quadrillage à peu près statiques. Les nouveaux groupes reprennent des numéros de régiments disparus.


Au total, de 1954 à 1962, seront employés en Afrique du Nord (y compris les unités qui s’y trouvaient stationnées avant le commencement des opérations) : -*1. Au Maroc (1954-1957) :

    • 6 groupes avec matériel, dont un groupe de FTA colonial ;
    • 16 groupes à pied (un nombre important de ces groupes provient des FTA) ;
      au total 22 groupes, dont on retrouvera la plupart en Algérie où ils seront progressivement transférés en 1956 et 1957.

      -*2. En Tunisie (1954-1956) :
    • 12 groupes avec matériel dont un groupe de FTA et 4 groupes d’artillerie coloniale ;
    • 3 groupes à pied ;
      au total 15 groupes, dont la plupart seront aussi transférés en Algérie en 1955-1956.

-*2. En Algérie (1954-1962) :

    • 33 groupes avec matériels dont 7 coloniaux ;
    • 45 groupes à pied sans matériel, dont 6 coloniaux ;
    • 3 groupes d’armes spéciales (620éme, 621ème) et d’artillerie guidée (701ème), à la disposition des Centres d’Expérimentation de Colomb-Béchar, Hammaguir et Reggane ;
      au total 81 groupes (y compris les groupes ramenés du Maroc et de Tunisie).

Certains de ces groupes à pied seront ultérieurement dotés d’une batterie de 105.Le détail des unités est donné dans les articles qui suivent. [1]





L’effort ainsi accompli a des répercussions considérables sur les formations restées en Europe. Si en Allemagne les unités d’artillerie sont à peu près maintenues [2] en Métropole presque tous les corps deviennent des dépôts et des unités d’instruction et prennent en 1956 la dénomination de « Centres d’Instruction et de Dépôt » (CID) du nième RA.


En raison de l’indépendance accordée à la plupart de nos Colonies, l’Artillerie Coloniale reprend son ancienne dénomination d’Artillerie de Marine (1er décembre 1958) ; les régiments ou groupes jusque là désignés par des noms (RACM, RACT, etc.) prennent des numéros.


Après l’indépendance de l’Algérie, toutes ces formations rentrent en France (pour être dissoutes ou réinstallées), à l’exception de quelques unités maintenues :

  • dans des centres d’expérimentation sahariens de Reggane et d’Hammaguir qui ne seront évacués qu’en 1966 (620ème, 621ème et 701ème groupes) ;
  • dans l’enclave de Mers-el-Kébir, 24ème Groupe et 457ème GAA jusqu’en 1964, puis 10ème GAMa jusqu’à 1967.





    A cette date, l’Artillerie d’Afrique a vécu !

    La tradition des régiments d’Artillerie d’Afrique n’est plus maintenue dans l’Armée Française que par le 68ème Régiment d’Artillerie qui est la continuation directe du 68ème RAA de 1941.

[1] Plusieurs des groupes y figurent sous plusieurs numéros successifs.

[2] Notons même que trois groupes d’engins Honest John y sont créés ; les 301ème et 302ème métropolitains, le 303ème à l’Artillerie de Marine.


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