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La fusée de guerre
 

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Article rédigé par le Lieutenant-colonel Saint-Pol, rédacteur en chef du bulletin historique de l’artillerie, et ancien directeur du musée de l’artillerie.

HISTORIQUE

Cette arme incendiaire a été probablement inspirée par les fusées de feux d’artifice connues en Orient depuis fort longtemps. Son utilisation à des fins de guerre a été rapportée dès le XIVè Siècle, en Vénétie lors de l’attaque de la tour « delle Bebbe » à Mestre en 1380 et aux Indes lors du siège de Delhi par le conquérant turc TAMERLAN en 1399. Occultées pendant quatre cents ans par la suprématie du canon, les fusées de guerre furent oubliées en Europe.

Ce n’est qu’à la fin du XVIIIè Siècle que les Anglais redécouvrent cette arme alors utilisée contre eux par le sultan TIPPO-DAHIB en 1784 pendant la guerre des Mahrattes.

L’AVENTURE ANGLAISE

Capturées et rapportées pour étude en 1801, les fusées indiennes sont améliorées par Sir William CONGREVE, colonel d’artillerie, qui crée un corps spécialisé dans le lancement de cette arme, les « fuséens ». Boulogne, 1806 et Copenhague, 1807, subiront les attaques de ces fusées qui pesaient entre 6 et 32 livres pour des portées de 1800 à 2700 mètres.

En 1809, un « brûlot » anglais (péniche armée) s’échoue à l’île d’Aix devant Toulon. Capturé par les troupes françaises avec ses fusées, il relance l’intérêt de la France pour cette arme alors que CONGREVE n’arrive pas à convaincre le commandement britannique de l’utilité de « système décisif de guerre capable de fournir la puissance des grosses formations d’artillerie pour le poids du fusil... ».

En 1827, CONGREVE constate avec amertume « qu’il n’a encore été pris aucune mesure pour établir un de ces modes d’employer les fusées ».

LA TECHNIQUE

Dans les documents de l’Empire les fusées de guerre sont appelées soit « Rochettes », soit « fusées à la CONGREVE ».

Une fusée comporte 4 éléments principaux :

  • LE CARTOUCHE, contenant le mélange propulsif fortement tassé et composé de 50% de soufre, 17% de salpêtre, 25% de pulvérin et 8% de poudre en grain. Lors de la mise à feu, la pression des gaz atteignait jusqu’à 30 atmosphères donnant des poussées de 225, 600 ou 1300 Kg selon le calibre de la fusée.
  • L’ARMATURE, constituée par le projectile lui-même qui était soit un boulet creux explosif ou à balle, soit un chapiteau incendiaire situé à l’avant de la fusée.
  • LA BAGUETTE DIRECTRICE, fixée à l’armature elle assurait l’équilibre et l’orientation (pointe en avant) de l’ensemble. D’abord très longue elle a pu être raccourcie dès qu’il a été possible de la fixer dans l’axe du cartouche. Elle est passée ainsi de 5 mètres environ à 1 mètre.
  • L’ESPOLETTE, système de mise à feu de la charge d’éclatement de l’armature à partir de la combustion du mélange propulsif.

L’AVENTURE FRANÇAISE

Elle donnera naissance à 4 générations de fusées :

  • 1)1810-1826 : Dès 1810, des copies des fusées anglaises sont fabriquées à Toulon. En 1818, le capitaine de BRUSLARD obtient des informations sur les fusées CONGREVE saisies et améliorées par les Danois après l’attaque de Copenhague. Mais les fusées fabriquées alors à Toulouse restent médiocres.
  • 2)1827-1845 : En 1827, un citoyen britannique, BEDFORD, offre à la France ses services et les plans de fusées de sa conception. Il aide les spécialistes français à les mettre au point et à les produire à l’école de pyrotechnie de Metz. Ce sont les fusées de 5, de 7 et de 9 caractérisées par une longue baguette de direction axiale facilement démontable grâce à un système de pas de vis.
  • 3)1845-1855 : Après le départ de BEDFORT, l’équipe de spécialistes « fuséens » de l’école de pyrotechnie de Metz développe une série d’améliorations proprement françaises dont la principale, œuvre du Capitaine ROUGE, consiste en la mise au point d’une baguette de direction en bois recouverte de métal et de section cannelée beaucoup plus courte que la précédente. C’est le « système 1849 » composé d’une fusée de 5 pouvant recevoir un chapiteau incendiaire ou un boulet creux et d’une fusée de 7 pouvant recevoir au choix des pots incendiaires ou des chapiteaux explosifs. Sous la direction du colonel SUSANE, à partir de 1852, des fusées portant jusqu’à 7000 mètres furent fabriquées en un temps record et utilisées lors de la campagne de Crimée.
  • 4)1856-1866 : Les leçons de la guerre d’Orient font naître le « système 1856 » qui seront les derniers perfectionnements apportés aux fusées avant leur disparition par décision ministérielle du 27 juillet 1872, disparition que l’on croyait définitive.

LES FUSEES EN CAMPAGNE

Jusqu’en 1842, les fusées avaient été tirées en petit nombre et très mal utilisées car seuls les rares spécialistes de l’Ecole de pyrotechnie de Metz étaient en mesure d’assurer le service de ce type de matériel. C’est dans ces conditions que des fusées de guerre avaient été employées lors des expéditions de Morée (1828), d’Alger (1830), d’Anvers (1832) et de Constantine (1837).

En 1842, une unité d’artillerie, la 6ème batterie du 5° Régiment d’artillerie (5°R.A.) fut affectée à Metz pour aider à la mise au point des fusées et à leur fabrication.

En 1854, d’autres unités reçurent la même affectation, la 5ème Batterie du 11°R.A., la 1ère Batterie du 2°R.A. alors que la 6ème Batterie change de nom pour devenir la 4ème Batterie du 12°R.A..

Ce fut cette Batterie qui tira 4800 fusées à Sébastopol en 1855. Composée de 4 officiers, 154 sous-officiers et canonniers, 34 chevaux et 72 mulets, elle sera par la suite envoyée en Afrique comme réserve d’artillerie.

Voir ce site où est repris un article du 1er septembre 1883, de la Revue Scientifique : Les fusées de guerre.


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