Histoire de l’Artillerie, subdivisions et composantes. > 1- Histoire de l’Artillerie > Histoire de l’artillerie terrestre à travers ses grandes évolutions >
4- L’artillerie et la guerre industrielle (1ère partie).
 

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La deuxième moitié du XIXème siècle est marquée par une révolution industrielle à laquelle n’échappe pas l’artillerie. En quelques années, l’acier remplace le bronze, les tubes, de lisses deviennent rayés, le chargement se fait par la culasse, l’obus explosif ogival remplace le boulet sphérique. Si le grand saut technologique du XVIIème siècle avait été français avec le système Gribeauval, l’Angleterre et la Prusse deviennent les spécialistes des constructions de canons. Krupp est en avance sur son temps et l’une des raisons de la défaite française en 1871, réside dans l’infériorité de son Artillerie face à celle des armées de Bismarck.

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C’est pourquoi dès 1871, l’armée française et le Corps des officiers d’artillerie majoritairement issus de Polytechnique se lancent dans une grande course à l’innovation. Après les constructions du système de Bange, c’est la gloire en 1897 du fameux canon de 75mm. Le recul est enfin jugulé, les cadences de tir sont augmentées ainsi que la précision. Mais le canon de 75 c’est aussi la munition encartouchée, le débouchoir rapide, le tir indirect. A la fin du XIXème l’innovation technologique est revenue dans le camp français.

En 1914, deux conceptions de l’artillerie s’opposent : lourde et légère. Ensuite, une diversification de l’artillerie se développe : augmentation des calibres et des portées, tir contre les aéronefs, munitions chimiques, création d’une véritable logistique... En 1918, la guerre redevient une guerre de mouvement : le moteur à explosion fait mouvoir le canon sur des chenilles.

En 1914, les Français veulent l’emporter par de violentes attaques d’infanterie appuyées par une artillerie légère. Mais les batteries françaises sont souvent réduites au silence par les tirs indirects de contrebatteries allemandes de gros calibre. Quand les Allemands prennent l’offensive et repoussent les Français, les batteries lourdes allemandes ne peuvent suivre la vitesse de la manœuvre et le canon de 75 mm français reprend l’avantage, lors de la bataille de la Marne en particulier. Les allemands en retraitant retrouvent leurs batteries lourdes qui, reprenant leur tir, arrêtent les Français et figent le front.

Pour une guerre courte dans des terrains bien compartimentés le choix français d’une artillerie légère pouvait être parfait. Les règlements n’oublient pas la "furia francese" et parlent du moral, de la cohésion, de l’allant. Ainsi, en 1897, les Français ne peuvent que choisir le canon de 75 mm. Il s’agit d’une réussite technologique : c’est le premier canon où le recul est totalement maîtrisé grâce à un frein hydraulique, mais il pratique presque exclusivement que du tir direct. Ce choix résulte de l’idée que les militaires et les civils se font de la guerre future : courte et violente. Ainsi, le règlement de l’artillerie de 1910 stipule que "L’artillerie ne tire efficacement qu’à la faible distance à laquelle il est possible d’observer le tir, soit 4 kilomètres [...] Une artillerie de campagne très légère et très mobile, aidée par des canons courts, répondra à toutes les nécessités ; ni la portée, ni les gros calibres, n’offrent d’utilité". Certes, une artillerie lourde existe, artillerie à pied que servent les équipages de siège, dans les places et sur les côtes. Elle met en œuvre des moyens et pratique des méthodes totalement différentes de ceux de l’artillerie de campagne. Après la guerre russo-japonaise, certains, minoritaires, demandent une artillerie lourde avec un calibre au moins égal à 100 mm afin d’augmenter portée et létalité de la munition ; en effet, l’arme de l’artilleur n’est pas le canon mais l’obus. Ces demandes ne sont mises en œuvre que tardivement, en octobre 1913. S’appuyant sur l’expérience des productions à l’exportation, la France lance un programme de construction de pièces de 105 à 370 mm, en même temps qu’une modernisation de matériels anciens : ces ensembles ne sont pas prêts en 1914.

Les forces en présence en 1914.

Pièces de campagne légèresPièces de campagne lourdesPièces de siègeNb de canons pour 1 000 fusils
France3840 de 75 mm 380380 (obsolètes)4,4
120 de 65 mm700 pièces statiques de place (anciennes)
Allemagne4125 canons 2 000 (environ)20 obusiers modernes à grande puissance6,4
1375 obusiers légers

En 1896, l’Allemagne développe un canon de campagne de 7,7 cm, inférieur au 75 français, car non équipé d’un frein similaire. Après modifications en 1906, il devient le 7,7 neuer art. ; mais ses performances restent en deçà de celles du 75 français. La létalité de l’obus allemand est très inférieure à celle de l’obus français car la quantité d’explosif est trois fois moindre. Aussi les batteries allemandes sont-elles à six pièces, contre quatre pour les françaises. A résultat équivalent, la batterie allemande est plus lourde et plus longue à manœuvrer.

Les Allemands sont conscients de cette infériorité, mais ils développent aussi, avec Krupp, une artillerie lourde pour contrebattre les batteries de 75 en pratiquant, avec des calibres allant de 10,5 à 21 cm [1], un tir indirect sur des trajectoires courbes [2].

Ainsi, à la fin de 1914, à l’Ouest, la guerre de mouvement laisse la place à une guerre de siège. L’artillerie des deux camps doit s’y adapter : matériels, projectiles, organisation, commandement.

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[1] En France le calibre est défini en millimètres et en centimètres en Allemagne.

[2] Le calibre de campagne britannique est le 18 livres, soit 83,8 mm. Mais les obusiers sont anciens, les munitions présentent de nombreux lots défectueux et le nombre de canons est en deçà des standards allemands. La Grande-Bretagne a opté pour la puissance navale et l’artillerie de terre est le parent pauvre. La Russie est dotée d’un excellent canon léger : le 76,2 mm Putilov. Elle manque d’obusiers lourds modernes ; une copie du 155 mm Schneider est lancée mais les Russes ne peuvent mener à bien la modernisation de leur artillerie.

Alors que la firme Skoda fabrique d’excellents canons en acier, l’artillerie de campagne austro-hongroise est équipée de canons en bronze spécialement traité et monté avec culasse et frein de type standard pour l’époque.


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