Histoire de l’Artillerie, subdivisions et composantes. > 1- Histoire de l’Artillerie > Histoire de l’artillerie terrestre à travers ses grandes évolutions >
2- Un long et lent parcours :
 

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La poudre semble avoir été inventée en Chine vers le Xème siècle, mais son emploi était alors limité aux feux d’artifices et aux fusées. Elle est arrivée en Europe occidentale, via le monde Arabe, vers le XIIIème siècle et les premiers "canons", attestés dès le milieu du XIVème siècle, ne sont alors que des sortes de grandes bouteilles de métal qui lancent des flèches ou des produits incendiaires.

Dans la période 1350 - 1450, les canons sont en fer forgé. Il s’agit de simples barres de fer soudées, réunies par des anneaux montés à chaud qui, en se rétractant, solidifie l’ensemble. Ces armes tirent des boulets de pierre, plus au moins ajustés au calibre du tube, à seulement quelques centaines de mètres.


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Cette technologie qui semble primitive, sait aussi innover par la mise au point de l’ancêtre de la culasse ; le "pierrier à boîte" se charge par la culasse car la boîte est, avant la lettre, une culasse. Néanmoins, la qualité médiocre du métal, le manque de savoir-faire et de machines outils performantes ne permettent pas de réaliser un parfait alésage de la boite sur le tube. Au bout de quelques dizaines de coups, l’ensemble prend du jeu et la culasse peut se déboîter et blesser les servants au départ du coup. Ceci montre qu’une longue période peut s’écouler entre l’idée et la réalisation, comme l’atteste bien l’oeuvre de Léonard de Vinci qui, dans le domaine technique, a « tout » dessiné mais réalisé peu de choses : la création intellectuelle et la réalisation proprement dite ne vont pas toujours de pair.

A partir du milieu du XVème siècle, le cuivre devient un métal moins rare car de nouvelles mines sont partout exploitées en Europe. Il est alors possible de fabriquer du bronze en plus grande quantité et à moindre coût. Les canons ne sont plus alors forgés mais fondus. En effet, le bronze est un alliage qui se prête bien au moulage. Celui-ci permet d’aléser des tubes plus facilement et le bronze étant un métal plus "souple" que le fer, les canons de bronze éclatent moins facilement que les anciens canons de fer. En outre, le bronze se prête bien à l’usage des décorations : armoiries du prince ou du roi, nom du fondeur, nom du canon, etc. Le canon devient alors un moyen de pouvoir, par la force qu’il procure, et donc un objet de prestige : le canon est donc aussi insigne de pouvoir. C’est ce qui explique, en partie, l’usage de ces décorations qui transforment parfois le bronze militaire en oeuvre d’art et qui restent très prisées des souverains jusqu’au milieu du XIXème siècle.

Au début du XVIème siècle, l’empereur Maximilien comprend le rôle, le pouvoir et le potentiel de cette nouvelle arme. Il tente alors dans ses armées de classer les canons suivant leur calibre mais surtout il a généralisé l’usage des boulets de fer et rendu ces armes imposantes, mobiles en les montant sur des trains de roulement. En Italie, François Ier use de l’artillerie et met ainsi fin à la conception de la guerre du chevalier telle que la concevait peu avant, Bayard qui faisait pendre tout porteur d’arquebuse !

Cependant, durant le XVIème siècle, les armées sont dotées d’une artillerie qui, certes, fait mouvement avec les troupes, mais qui, au moment de la bataille, du fait de son manque de mobilité tactique due à son poids, reste immobile. Le canon est alors autant craint pour les coups qu’il porte, que pour son action psychologique sur les combattants et les cavaliers, même si, grâce au progrès dans la fabrication des poudres et l’alésage des tubes, les vitesses initiales passent de 100 à 300 m/seconde environ : les portées peuvent alors atteindre mille mètres. En dépit de ces efforts, dans tous les États, partout l’artillerie est disparate. Ainsi l’Italie, constituée de nombreux petits États, compte alors jusque-là vingt six types de canons. Il en est de même dans les nombreux Etats de l’Europe centrale. Charles Quint compte même dans ses armées plus de cinquante modèles de canons différents. Pour obtenir des simplifications il faut un État centralisateur. Durant tout le XVIème siècle, tous les pays tentent de rationaliser leur artillerie. L’artillerie est par nature l’outil régalien d’un pouvoir fort. Elle donne de la force au pouvoir qui peut alors renforcer l’artillerie. Il s’agit d’une spirale : l’artillerie fait naître, en quelque sorte, l’Etat moderne. Ceci est particulièrement vrai en France où, peu à peu, le roi de France voit sa puissance et son emprise sur le territoire, les villes et les princes s’accroître.

Seulement six calibres sont ainsi conservés. Le calibre est donné fonction du poids en livres [1] du boulet.

L’artillerie du roi de France compte ainsi les pièces suivantes :

Les six calibres de FrancePoids du boulet en livresCorrespondance moderne du CalibreCorrespondance moderne Long. du tube
Canon3316,2cm320cm
Grande couleuvrine1512,4cm320cm
Couleuvrine moyenne79,7cm290cm
Couleuvrine petite27cm230cm
Faucon11/165,6cm230cm
Fauconneau7/84,9cm200cm

Pour une connaissance plus précise de l’artillerie royale française à la veille des guerres d’Italie, nous vous conseillons cette étude très précise de Philippe Contamine.

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[1] La livre en France, et suivant les provinces "pèse" environ 490 grammes.


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