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Chapitre 2 : L’artillerie pendant la guerre 1914-1918
 

Organisation de l’artillerie pendant la guerre 1914-1918

Le chapitre 1 donne l’état en organisation de l’artillerie française au début de la guerre.

Au fur et à mesure des évènements apparaît la nécessité de moyens modernisés, supplémentaires ou complémentaires. Il faut remplacer des matériels anciens au fur et à mesure de la fabrication des nouveaux, il faut augmenter en volume l’artillerie lourde qui se révèle rapidement insuffisante, il faut utiliser des moyens aériens pour localiser les objectifs défilés, il faut utiliser des nouvelles méthodes de repérage etc... Tout cela va avoir un effet en organisation, car l’artillerie devient un acteur essentiel sur le terrain.

La nécessaire artillerie lourde

Les exploits des canons de 75 ne parviennent pas à masquer l’insuffisance de l’artillerie lourde mise en œuvre. On prévoit alors la formation de régiments d’artillerie lourde d’abord dotés de matériels existants : Baquet, Rimailho, de Bange, Schneider, Saint-Chamond ; en attendant des 155 modernes, alors que les 105 L. modèle 1913 commencent à sortir.

Ces régiments travailleront alors selon la méthode de l’artillerie à pied, avec des "plans directeurs" [1] et pour obtenir la précision, le recours aux "groupes de Canevas du tir" qui par un travail géodésique et topographique donne à tous points de terrain des coordonnées dans un système commun.

LES R.A.L.H.

On commence à créer 20 régiments d’artillerie lourde hippomobile(R.L.A.H.) comprenant chacun 3 groupements :

  • deux groupements à un groupe de 3 batteries de 105 L. et un à deux batteries de 155 L., destinés à former l’artillerie lourde de corps d’armée ;
  • un groupement à 2 groupes de 155 C à 3 batteries et deux groupes de 155 L à 2 batteries, destinés à former l’artillerie lourde d’armée.

Ces régiments portent les numéro de 101 à 121ème R.A.L.H.. Les cinq premiers numéros reviennent aux 5 régiments d’artillerie lourde créés en 1913, le 119ème étant celui donné au régiment du corps d’armée d’Algérie.

En 1918, sont créés les 130ème à 138ème R.A.L.H., suivis par les 141è, 142è et 143è R.A.L.H. coloniaux.

LES R.A.L.T.

Mais ce n’est pas tout puisque sont également créés 10 régiments d’artillerie lourde à tracteurs (R.A.L.T.), de chacun 12 batteries de canons longs et 12 batteries de canons courts.

Ils ont les numéros 81 à 90 ; ils seront complétés en 1918 par les 182è et 183è coloniaux. Ces structures s’avérant trop lourdes ces régiments se dédoubleront en 1917, les groupes de canons courts donnant les 281 à 290ème R.A.L.T..

LE S.R.A.

Tous ces régiments destinés particulièrement à la lutte contre l’artillerie ennemie doivent disposer de moyens complémentaires pour acquérir les objectifs défilés aux vues.

Il est alors créé en 1915, au niveau de l’artillerie du corps d’armée et de l’armée, le Service des Renseignements de l’artillerie (S.R.A.). Ces formations trient, centralisent, exploitent et diffusent les renseignements sur les objectifs recueillis par toutes les unités d’artillerie, par l’aéronautique (avions, ballons, photographie aérienne) et par des organismes spécialisés des SRA que sont :

  • les Sections de repérage par observation terrestre (S.R.O.T.),
  • les Sections de repérage par le son (S.R.S.) ;

Une escadrille d’avions par corps d’armée, dite Section d’artillerie lourde, complètera le tout pour l’observation et le réglage des tirs à longue distance.

Dans cet environnement technique, il est maintenant possible de travailler en se défilant aux vues de l’adversaire tout en le prenant lui-même à partie dans ses retranchements.

L’ÉVOLUTION DE LA TECHNIQUE DU TIR

Les coordonnées des objectifs et des pièces sont traduites en éléments de tir pour les pièces : la direction, le site, la distance de tir.

On sait aussi mesurer les taux d’usure des tubes et apporter à chacun les corrections en vitesse initiale nécessaires pour réduire la dispersion et accroître la densité des feux.

Pour compléter l’homogénéité dans le tir on assure le lotissement préalable des munitions pour que chaque batterie dispose de poudre du même lot de fabrication et d’obus au poids identique.

Les éléments aérologiques sont aussi pris en compte et permettent d’établir des tables de tir ; ce qui permet d’obtenir des concentrations massives des tirs de groupes puis de groupement et ce qui sera un facteur important de la victoire.

Une instruction sera en permanence conduite aux officiers pour se familiariser à ces nouvelles méthodes dans plusieurs centres d’instruction d’artillerie mis en place en 1916 par le président du Centre d’études de l’artillerie aux armées, le général Herr.

LES R.A.T.

Dans la panoplie des unités nouvelles créées, pour satisfaire aussi aux besoins du combat au plus près, il faut ajouter les régiments d’artillerie de tranchée (R.A.T.) qui se sont constitués progressivement, en commençant par des batteries, puis des groupes et groupements, pour arriver en final à comprendre 80000 canonniers dans 5 régiments, les 175ème à 179ème R.A.T., ce dernier étant affecté à l’Orient.

Les matériels sont : d’abord des crapouillots [2], puis des mortiers de 51mm (fin 1914), de 150mm (1917) et enfin 240mm.

DES MOYENS DE COMMANDEMENT ADAPTES

De cette multitude de systèmes à mettre en œuvre sur le terrain et à basculer d’une région à l’autre selon les pointes d’effort, tant au niveau tactique qu’au niveau stratégique, il apparaît une difficulté grandissante à bien maîtriser leur emploi. On assiste alors à la mise en place de moyens aux différents niveaux de commandements pour qu’ils puissent manœuvrer les groupes mis à leur disposition :

  • on met en place des commandants d’artillerie divisionnaire (A.D.) disposant d’un état-major ;
  • le commandant du régiment de l’artillerie de la division (R.A.D.) reçoit un état-major pour commander un groupement ;
  • de la même façon le commandant de l’artillerie lourde de corps d’armée est pourvu d’un état-major adapté.

LA RÉSERVE GÉNÉRALE D’ARTILLERIE LOURDE

Au plus haut niveau, on réunit les moyens jusqu’alors émiettés et aux possibilités mal exploitées, dont l’artillerie lourde à grande puissance (A.L.G.P.) apparue en dès 1916, en créant en janvier 1917 [3] une Réserve générale d’artillerie lourde (R.G.A.L.). Cette artillerie est articulée en trois divisions :

  • la première comprend l’ancienne artillerie lourde à grande puissance (A.G.L.P.) ;
  • la seconde, les régiments d’artillerie lourde à tracteurs (R.A.L.T.) ;
  • la troisième, les pièces de marine servies par les canonniers marins, sur péniches ou à terre (au total 9 batteries).

L’ARTILLERIE LOURDE SUR VOIE FERRÉE

C’est dans la 1ère division de la R.G.A.L. que l’on trouve l’artillerie lourde sur voie ferrée (A.L.V.F.), composante stratégique constituée dès le début de la guerre, et comprenant au total 9 régiments (R.A.L.V.F.) du 70 au 78ème. Elle participe à la manœuvre globale par coups de bélier successifs, que le général Foch conduira en 1918.

On procède donc à l’installation de canons lourds sur des plates-formes. On distingue :

  • les canons "tous azimuts" (au 74è RALVF) parmi lesquels on trouve les matériels de côte les plus légers, sans lien élastique, ancrés et dotés de vérins, qui peuvent tirer de tout point d’une voie ferrée ; on y trouve par exemple un canon de 240mm pesant 140 tonnes et dont la portée atteint 23km ;
  • les canons "à glissement" (75è, 76è, 77è, 78è RALVF) dont le tir s’effectue sur épi courbe pour ramener le tube, après recul, sur la direction voulue ; on y trouve :
    • le 305mm modèle 1906-1910 pesant 340 tonnes et à de 30km de portée ;
    • l’obusier de 520mm Schneider, de 250 tonnes et de 15km de portée (à la fin de la guerre) ;
  • les matériels "à berceau", dotés de frein élastique, tirant à partir de plates-formes sur épis droits, longs à construire (oeuvre du 70ème d’A.L.V.F.) ; on y trouve :
    • le 340mm de marine tirant à la plus grande portée, 40 km ;
    • le 400mm de Saint-Chamond, tirant à 15km (qui a participé à la reprise du fort Douaumont, le 24 octobre 1916).

Les 71è et 72è régiments (220L. et 240 tractés) et le 73è (anciens matériels de côte) font aussi partie de l’A.L.G.P..

L’ARTILLERIE D’ASSAUT

Avec l’artillerie d’assaut du général Estienne (ou artillerie spéciale : A.S.)apparaissent les régiments de la série 500.

Il s’agit de disposer de canons sur véhicules chenillés et blindés, pour parvenir jusqu’au cœur du dispositif de l’artillerie adverse et de la détruire.

Les études commencée en 1915 verront une première concrétisation dans un prototype en 1916 ; le char Schneider commandé en 200 exemplaires [4] sera livré le 1er avril 1917.

Ces chars sont engagés dans l’offensive d’avril 1917, mais l’effet de surprise n’ayant pas joué [5], ils sont décimés par l’artillerie allemande. Cet échec conduit à arrêter la construction du Schneider.

En revanche, il est décidé de construire des chars légers, Renault FT modèle 17, à tourelle.

L’artillerie d’assaut prend son indépendance du reste de l’artillerie. Son personnel sera recruté dans toutes las armes et la marine. Trois bataillons seront engagés dans la forêt de Retz le 31 mai 1918. A l’armistice 3200 chars auront été livrés.

Selon Ludendorff lui-même, au deuxième semestre 1917, "l’armée française est à nouveau capable de prendre l’offensive".

LA R.G.A. CONTINUE DE S’ÉTOFFER

Pour donner plus de souplesse d’emploi à l’artillerie lourde, il est décidé en janvier 1918 de créer, à partir des groupements d’artillerie lourde hippomobile, des régiments d’artillerie lourde hippomobiles (R.A.L.H.), du 301ème au 330ème, rattachés à la 2ème division de la Réserve générale d’artillerie (R.G.A.), où sont déjà les régiments d’artillerie lourde à tracteurs (R.A.L.T.).

LA R.G.A. EST EMPLOYÉE AU PLUS HAUT NIVEAU

Au même moment la Direction de l’instruction de l’artillerie, située sous l’autorité directe du commandant en chef, est transformé en Inspection générale de l’artillerie (I.T.A.) qui a des attributions plus étendues. L’Inspecteur général de l’artillerie est chargé des études techniques afférentes à l’emploi de l’Arme (avec la Commission centrale de l’artillerie), d’en diffuser les connaissances correspondantes (par le Centre d’études d’artillerie) et d’inspecter l’instruction technique de l’artillerie et son emploi tactique. Le général Herr, inspecteur général, assure aussi le commandement de la Réserve générale d’artillerie.

DERNIÈRE TRANSFORMATION DE LA R.G.A.

Enfin, une quatrième division étant constituée par l’artillerie de tranchée et à pied, une cinquième division est créée en juin 1918, à la Réserve générale, pour accueillir les régiments d’artillerie portée constitués, depuis juin 1917, à partir des régiments de 75 de corps d’armée et comportant 3 groupes.

Il s’agit de faire face à la pénurie en chevaux et en fourrage et de donner une meilleure mobilité stratégique. Rarement employés au sein de leur corps d’armée d’origine, ils sont souvent donnés en renforcement à l’initiative du commandement.

En passant au mode porté, ils étendent leurs possibilités de déplacement stratégique. Ce qui convient parfaitement à la R.G.A.

De 27 régiments, en juin 1918, on accèdera à 35 régiments à la fin de la guerre, dont deux coloniaux.

[1] cartes à grande échelle

[2] leur nom initial était "crapauds", mortiers antiques sortis des arsenaux et parfois de musées

[3] Initiative du général Nivelle

[4] 400 autres chars Saint-Chamond sont commandés, plus lourds et moins aptes au franchissement

[5] les anglais ont engagé de tels moyens dès 1916 et les allemands ont eu le temps d’étudier la riposte adaptée


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