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1- Un régiment d’artillerie pour défendre les colonies.
 

Ce texte a été rédigé par le sous-lieutenant Lesueur, officier de réserve, affecté au 8ème régiment d’artillerie en décembre 1995.

Dès la signature du Traité de Versailles qui clôt la guerre d’indépendance américaine le 3 septembre 1778, il apparaît nécessaire au ministère de la Guerre de réformer une nouvelle fois le système de défense des colonies françaises. En effet depuis la guerre de succession d’Autriche, en passant par la dramatique Guerre de Sept Ans, et finalement avec le guerre d’indépendance américaine le même scénario se répète. Aussitôt le début des hostilités en Europe, des convois maritimes quittent Brest et Lorient pour cingler vers nos possessions d’outre-mer qui ne peuvent, pour des raisons fiscales, entretenir seules un nombre conséquent de soldats affectés à la défense. Mais la supériorité navale britannique, écrasante, rend très aléatoire l’envoi des convois. Seul le Canada en s’appuyant sur les milices coloniales, recréées spontanément par le gouvernement provincial à chaque fois que la guerre reprenait, avait la ressource démographique nécessaire pour faire face, au moins pendant un certain temps, à la vindicte de l’ennemi héréditaire d’alors, le royaume de Grande-Bretagne. Ce qui n’était pas forcément négligeable quoique souvent insuffisant ; Montcalm ne disposa pour défendre le Québec que de 3000 hommes de troupes régulières renforcés de 15000 miliciens. Mais le Québec a été finalement perdu. Dans les colonies de plantation utilisant presque exclusivement une main d’œuvre esclave, comme la Guadeloupe, la Martinique ou Saint-Domingue, îles qui rendent le royaume très riche par le sucre qu’elles produisent, aucune solution d’autodéfense n’a pu être retenue.

Par conséquent, leur destin dépend presque uniquement de la Métropole et du bon vouloir du ministère de la Guerre qui a souvent d’autres priorités, et qui montre une certaine inclination à puiser dans tous les viviers de troupe dont il peut disposer, en particulier ceux qui dépendent de la Marine : le régiment "royal-vaisseaux" s’est principalement illustré sur le Rhin durant l’Ancien Régime. En quelque sorte, de Colbert à 1783, l’histoire de l’outre mer français c’est l’histoire de la lutte entre le secrétaire d’État à la Guerre, qui veut conserver tous ses moyens, contre le secrétariat d’État à la Marine dont les besoins ne cessent d’augmenter. ce dernier d’une part, s’efforce de maintenir prépositionnée des troupes sur place ; (en l’occurrence les ancêtres des régiments d’infanterie de Marine), dans la perspective toujours envisageable, en ce 18ème siècle troublé, d’un début d’hostilité inopiné. Et d’autre part, de préparer, pendant le temps de paix, un réseau suffisant d’ouvrages fortifiés contrôlant les points stratégiques de nos îles afin de rendre la navigation très difficile pour l’adversaire. Le fort du Diamant à la Martinique en est un exemple.

Une nouvelle fois, la guerre d’indépendance américaine a nécessité l’envoi de troupes prises dans différentes unités dépendant du ministère de la Guerre. De plus, dans le cas de l’artillerie, il a été nécessaire de prélever dès le 1er mars 1778 douze régiments provinciaux pour les affecter à la défense de nos côtes, en remplacement des canonniers-bombardiers employés en d’autres lieux.

Tant et si bien, que Louis XVI ayant pris conscience du cruel dilemne qui se pose à l’Artillerie de Marine, décide en 1779 la création d’un régiment spécifiquement affecté à la défense à terre des colonies. Ou plutôt, de supprimer le corps des bombardiers-canonniers : les troupes ainsi dégagées n’auront plus d’autres fonctions que de servir outre mer et seront nettement distinguées désormais du corps des canonniers-marins. De cette réforme administrative naîtra notre régiment (ndlr : le 8ème RA).

Il faudra toutefois attendre 1784 pour que la création du Régiment royal d’artillerie des colonies soit effective. C’est le sens de l’ordonnance du 24 octobre 1784 de Louis XVI portant création d’un régiment d’artillerie des colonies. Il est dit en préambule : "Sa Majesté voulant assimiler le service de l’artillerie dans ses colonies à celui de son Corps royal de l’Artillerie en France et remplacer les compagnies de canonniers-bombardiers employés à faire ce service par un régiment et 2 compagnies d’ouvriers. Elle a ordonné et ordonne ce qui suit (...)".


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