L’organisation de l’Artillerie > 1- Des débuts à la fin du XIXè siècle > L’artillerie de la République du 4 septembre 1870 > L’artillerie de l’Armée des Vosges, dite « armée Garibaldi » >
5 - Implantation de l’artillerie.
 

Implantation de l’artillerie.

A l’entrée du village de Talant, devant la maison Briquet, sont positionnées deux pièces de 12 derrière un rempart, prenant en enfilade la grande route. A Talant même, 4 autres pièces sont placées derrière des épaulements en pierres sèches. Ces pièces appartiennent à la 25° batterie du 2° régiment. A l’est de Talant, dans un verger et sur la route, sont aussi positionnées six pièces de 4 (à priori 3° batterie de la Charente Inférieure). Toutes ces pièces couvrent la butte de Chaumont, la route de Châtillon et la gorge de Changey.

Au point culminant de Fontaine se trouvent six pièces de 4 (à priori 27° batterie du 2°) et six obusiers de montagne (1° batterie du 6°). Les premières, protégées par un massif en sacs à terre, sont sur la terrasse de l’ancien château, permettent de battre la route près de Changey, ainsi que Daix et tout le terrain qui descend vers Ahuy. Les pièces de montagne, couvertes par des murailles en pierres sèches, en avant et en arrière de l’église, couvrent aussi la route.

Un épaulement demi-circulaire sur le Montchapet, petite colline séparée du mamelon de Fontaine, sera armé de deux canons de 12, le 21 janvier (2° section de la batterie des mobiles de Maine et Loire, lieutenant Morin).

Le chemin d’Ahuy est couvert par une ligne à crémaillère qui part vers Montchapet et vers la plaine où passe la route de Langres. Entre la ferme de Saint-Martin et cette route, une tranchée pour tirailleurs est érigée. La route est aussi défendue par un épaulement armé de cinq pièces d’artillerie (1° batterie de montagne du 9°). La grande ferme de la Maladière, sur la route de Ruffey, parallèle à celle de Langres, est crénelée et rattachée à la barrière de la ville par une longue caponnière. Un ouvrage pentagonal à quatre fronts bastionnés, fermé par une longue courtine au nord-est de la Boudronnée, est armé avec une section de la 2° batterie des mobiles de Maine et Loire (adjudant Joncheray). Cet ouvrage a des vues sur la plaine de Pouilly et flanque une longue muraille du parc de Montmuzard. La route de Gray, au delà de Saint-Apollinaire, est défendue par deux épaulements armés de trois canons (à priori 1° batterie de montagne du 12°).

L’angle supérieur du parc de Montmuzard est couvert par une lunette. Au sud du parc de Montmuzard se trouvent quatre bastions pour défendre le chemin de Quétigny, la route de Mirande et flanquer le haut du parc de Montmuzard avec une section de la 2° batterie des mobiles de Maine et Loire (lieutenant Bichon).

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Au sud-ouest de Dijon, le plateau de Bel-Air, surplombant Corcelles, est entouré d’un retranchement, à peine ébauché, sur plus de la moitié de son pourtour. A son extrémité méridionale, une tranchée et un parapet permettent d’abriter des tirailleurs pouvant couvrir de leurs feux tout le terrain dérobé à la vue du rempart principal. Ce dernier forme un épaulement de batterie pour quatre bouches à feu, en l’occurrence des 12 de position (batterie de la garde nationale mobile des bouches du Rhône). Au milieu du côté septentrional du plateau est érigé un épaulement doté de neuf embrasures, occupées par les canons des batteries des mobiles des Bouches du Rhône.

La compagnie de mitrailleuses (capitaine Pasanisi) et la 2° batterie des mobiles de la Charente sont rattachées à la 4° brigade.

Le 21 janvier

Le 21 janvier les troupes de von Kettler (8° brigade avec 21°, 61° régiment et 2 batteries), issues de la 4° division du général Han von Weyhern, atteignent Dijon. Cela représente seulement 4 000 hommes. Le but est de bloquer l’armée des Vosges pour lui interdire de secourir l’armée de Bourbaki. Il n’est pas question de prendre Dijon, sauf si l’occasion se présente. L’armée de Garibaldi est alors forte de plus de 20 000 hommes, sans compter les 20 000 mobiles, incomplètement formés et armés, de la division en formation du général Pélissier.

Le positionnement de l’armée est le suivant :

  • 1° brigade : quartier général à Fontaine (troupes à Pasques, Etaules, Darois, Prenois et Hauteville) ;
  • 3° brigade : quartier général à Talant (troupes à Flavigny, Velars, Sombernon, Plombières et Talant) ;
  • 4° brigade : au nord de Dijon à Messigny et à Pouilly ;
  • 5° brigade : faubourg d’Ouche et Bel-Air, derrière les 1° et 3° brigades.
  • Nota : la 2° brigade est à Langres, seuls quelques élements sont à Dijon.

Les Allemands progressent avec trois colonnes. La première, celle de droite, s’avance par Pasques et Neuvon sur Plombières. Celle du centre, avec le général Kettler, suit la grande route de Paris. La troisième se dirige par le val Suzon, sur Messigny. Les premiers combats, concernant la colonne du centre, ont lieu sur la route de Troyes à Prenois face aux avants postes de la 1° brigade du général Bossack, à Daix et Hauteville. A l’ouest les hommes de la 3° brigade arrêtent les allemands à Plombières. La 4° brigade, sortie de Dijon, bloque les Allemands qui progressent au nord de Dijon en direction de Messigny.

La 1° brigade du général Bossack contre attaque et progresse jusqu’à Daix. Mais elle se heurte alors à une forte résistance. Le général Bossack est tué et la moitié de ses hommes sont hors de combat. Les autres battent alors en retraite et se réfugient vers les buttes de Talant et Fontaine-lès-Dijon, poursuivis par les Allemands. L’attaque allemande emprunte la route de Troyes qui, entre les deux buttes de Fontaine-lès-Dijon et Talant, mène au cœur de Dijon. Les batteries de Talant, ainsi que celles installées à Fontaine, Corcelles et Bel-Air sont alors engagées. Pendant le combat, le canonnier-pointeur Denis Vatin, marin attaché au service des batteries, réussit à démonter deux canons allemands mais il est mortellement atteint lors de ce duel. Une pièce de 12 située à Talant éclate. L’artillerie française réussit à ralentir le feu des batteries allemandes et à briser l’élan de l’avancée allemande.

A Fontaine-lès-Dijon, le combat implique les restes de la 1° brigade et la 3° brigade. La 5° brigade est engagée en renfort. Les Allemands sont repoussés mais attaquent ensuite Talant. Les combats sont violents. Après avoir refoulé les Allemands de Messigny, la 4° brigade rejoint Dijon pour être engagée sur Daix. Les combats se focalisent pour la possession du village d’Hauteville qui domine le champ de bataille. A 15h00, le feu de l’artillerie cesse. Les lignes sont si rapprochées que les projectiles peuvent atteindre amis et ennemis. Seules deux pièces de 12, placées au bas de Talant, lancent encore quelques obus sur Changey où sont massées les réserves allemandes. Contournant Daix, les soldats de Garibaldi parviennent à s’emparer de la position. La progression allemande est définitivement stoppée.

Au soir, les Allemands se retirent à la ferme de Changey. Ils ont perdu près de 500 hommes contre environ 800 hommes pour l’armée des Vosges. A 17h00, Garibaldi fait remonter à Talant les deux pièces de 12 installées dans le bas de Talant.

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Le 22 janvier

Dans la nuit du 21 au 22 janvier, les approvisionnements des batteries de Talant et de Fontaine, épuisés, sont reconstitués. La pièce de 12 de la batterie de Talant, éclatée la veille, est remplacée.

Au matin, la 3° brigade occupe Talant. La 5°, commandée par le colonel Canzio est à Fontaine. Les Allemands sont sur les plateaux de Chaumont (21°) et de Saint-Laurent (61°). Garibaldi, installé sur la place de l’église de Talant, ordonne un mouvement en avant. Vers 10h00, les combats reprennent entre Talant et Fontaine. A cause d’un épais brouillard, l’artillerie ne peut entrer en action.

A gauche, la 3° brigade déloge les Allemands de Chaumont et s’élance à leur poursuite. Le brouillard s’étant levé vers 11h00, les batteries de Talant et de Fontaine soutiennent l’infanterie dans son assaut, ainsi que la section des mobiles de Maine et Loire (lieutenant Morin) installée à Montchapet. Sur la route de Darois, un groupe de Dragons allemands est décimé par un coup bien placé. Les 3° et 5° brigades forcent les Allemands à se replier du secteur de Talant et de Fontaine. A 15h00, l’infanterie française atteint Changey où se trouve une ambulance allemande et capture 53 hommes des 21° et 61° régiments.

Le château de Pouilly est aussi au centre de combats. Il est pris et perdu 3 fois de suite mais reste finalement dans les mains des troupes françaises.

Les Allemands se retirent. Ils continuent néanmoins de se renforcer et se préparent à un nouvel assaut pour le lendemain.

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Le 23 janvier

A l’issue des combats précédents, la 3° brigade occupe Talant, la 1° brigade est à Daix et Fontaine, tandis que les 4° et 5° brigades sont en réserve à Dijon. Les mobiles de Saône et Loire sont à la ferme et au château de Pouilly, sur la route de Langres. Ceux du Jura sont à Saint Apollinaire et ceux de l’Isère au clos de Montmuzard. D’autres troupes de mobiles sont présentes à Dijon, mais ne sont pas opérationnelles.

Les Allemands décident de reprendre l’ascendant sur les troupes de Garibaldi stationnées à Talant et Fontaine-lès-Dijon. A 10h00, ils reprennent l’attaque par la route de Langres en direction d’Ahuy, avec deux batteries. L’artillerie installée à Fontaine et à Montchapet entre en action.

L’avance allemande se poursuit vers le château de Pouilly où stationne un détachement de mobiles. Les allemands bombardent la position puis passent à l’attaque. Sous le nombre, les mobiles reculent sauf neuf soldats qui résistent dans le château. La 2° batterie des mobiles de la Charente Inférieure, sous les ordres du capitaine Senné, intervient. La 1° section, commandée par le lieutenant Dyon, prend position sur la route, près de Pouilly. Le capitaine Senné fait ouvrir le feu. La section peut à peine envoyer 4 ou 5 obus aux artilleurs allemands postés à moins d’un kilomètre que les deux pièces sont démontés immédiatement par le feu des canons allemands.

Les Allemands mettent le feu au château pour en déloger les derniers défenseurs. Dans l’après-midi, le château est investi puis les Allemands reprennent leur progression sur Dijon, sous le feu de l’artillerie française.

La 1° brigade s’installe au niveau de la route de Langres, de Saint Martin à La Boudrenée, où est placée une section de la 2° batterie des mobiles de Maine et Loire (adjudant Joncheray). La 4° brigade arrive aussi en renfort. Elle dépasse la ligne de la 1° brigade et s’avance en direction de Pouilly. Pour contrer l’avance allemande, elle s’installe dans le seul bâtiment existant le long de la route de Langres, l’usine Bargy, un établissement d’équarrissage. Trois mitrailleuses de la compagnie Pasanisi couvrent le lit de la rivière Suzon et une section de deux canons de la 2° batterie des mobiles de la Charente inférieure est installée sur la route.

Ricciotti Garibaldi, commandant la 4° brigade, cherchant un abri pour les canons, interpelle les artilleurs : « Si vous restez pas là, vous vous ferez massacrer. ». L’un des canonniers lui répond : « Nous sommes ici pour ça. ». L’artillerie allemande ouvre le feu et la section d’artillerie est détruite en quelques minutes. Ricciotti Garibaldi ordonne alors que canons, avant-trains fracassés, canonniers et chevaux morts soient jetés dans les fossés latéraux de la route.

La tête de la colonne ennemie étant presqu’au contact de l’usine, le feu des canons installés à Montmuzard (une section de la 2° batterie des mobiles de Maine et Loire, lieutenant Bichon) et à la Boudrenée (une section de 2° batterie des mobiles de Maine et Loire, adjudant Joncheray), force l’attaque à s’arrêter. La 2° section de la batterie des mobiles de Maine et Loire, lieutenant Morin, installée à Montchapet et la 1° batterie du 9° située aux épaulements de la route de Langres interviennent aussi.

Les batteries allemandes bombardent l’usine puis les soldats poméraniens des 61° et 21° régiments repartent à l’assaut. Les combats sont denses. La 4° brigade se replie vers la ligne tenue en arrière par la 1° brigade sauf une partie qui se retranche dans l’usine Bargy, encerclée. Les Poméraniens continuent à attaquer l’usine et subissent de lourdes pertes. Une partie de la 3° brigade, venant de Montchapet, attaque pour dégager l’usine. En arrière, les mobiles de Saône et Loire se reforment. Quand le combat cesse, il ne reste plus qu’une poignée de soldats poméraniens du 61° régiment. Ils abandonnent le terrain mais également le drapeau de leur régiment. L’usine Bargy est dégagée.

Le château de Pouilly, bombardé par les canons de Montchapet (2° section de la 2° batterie des mobiles de Maine et Loire), est repris par la 1° brigade. Sans point d’appui, les Allemands battent alors en retraite en direction de Langres. Cette bataille est l’une des rares victoires françaises de la guerre de 1870.

Les combats du 23 janvier ont impliqué 4000 fantassins, 160 cavaliers et 15 canons du côté français pour 4000 fantassins, 260 cavaliers et 12 canons du côté allemand.

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Pendant ces trois journées, l’artillerie de l’armée des Vosges a rendu d’excellents services en soutenant efficacement l’infanterie. Le colonel Olivier se multiplia et suffit à tous les besoins du difficile service des approvisionnements pour les bouches à feu et pour les armes portatives, malgré la multiplicité des modèles. Les capitaines Senné et Renson se sont particulièrement distingués lors de ces combats.

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