Les Artilleurs et les Traditions > 1- Biographies d’artilleurs méritants ou célèbres > 1- Les grands hommes de l’artillerie >
Le général Jean-Baptiste ESTIENNE (1860-1936)
 
(JPG)

Jean Estienne [1] est né le 7 novembre 1860 à Condé-en-Barrois dans la Meuse. Il est mort le 2 avril 1936, à Paris.

En 1880, il intègre à l’École polytechnique ; il en sort en 1882 et choisit de servir dans l’artillerie. Il suit sa formation à l’école d’application de l’artillerie à Fontainebleau pendant deux années et, nommé lieutenant, il sert au 25è régiment d’artillerie de Vannes. Il étudie la balistique et il publie un ouvrage : « Erreurs d’observation » où il se montre partisan du tir indirect de l’artillerie.

Affecté au 1er régiment d’artillerie il est promu capitaine en 1891. Il réalise à Bourges un goniomètre de pointage adapté à sa théorie sur le tir indirect.

En 1902, il est affecté au 19è régiment d’artillerie comme chef d’escadron. Mais, toujours en cohérence le tir indirect et en sus de ses fonctions régimentaires, il apporte sa contribution au développement des appareils topographiques indispensables à sa pratique (télémètre) et milite pour l’usage du téléphone entre observateur et pièces [2] pour le réglage des tirs.

En 1907, il devient directeur de l’École de l’artillerie de Grenoble, puis en 1908 on lui confie le commandement du service de l’aviation militaire créé à Reims, où il met au point les techniques et tactiques d’emploi de l’aviation d’observation. Il commandera le 3è groupe d’aviation à Lyon, puis ira à Vincennes fonder une section d’aviation d’artillerie [3]

A la déclaration de la 1ère guerre mondiale, il est désigné pour commander le 22è régiment d’artillerie (Versailles) de la 6è division d’infanterie du général Bloch, puis du général Pétain en août. Devant Charleroi, il impressionne les troupes allemandes par le réglage de l’artillerie aidé par l’aviation. A l’issue de cette bataille il dit à ses officiers : « Messieurs, la victoire appartiendra dans cette guerre à celui des deux belligérants qui parviendra le premier à placer un canon de 75 sur une voiture capable de se mouvoir en tout terrain ».

En 1915, il s’intéresse alors aux travaux sur le tracteur à chenilles conduits en Grande-Bretagne puis suivis en France par Schneider et de parlementaires. Il essaiera de convaincre Joffre et son état-major de la nécessité de créer des unités de char d’assaut. Il approchera aussi cette année-là, Louis Renault pour produire un char léger. Cen n’est que le 31 janvier 1916 que Joffre décide de commander 400 chars Schneider CA1, dont la construction démarrera à la mi-février. A la mi-juillet Renault lance le développement d’un char léger. Les britanniques engagent le 15 septembre ses chars Mark 1, sans attendre l’arrivée des chars français. C’est un échec !

Le 30 septembre, le colonel Estienne est nommé directeur de l’« artillerie spéciale ». Il est nommé général de brigade le 17 octobre. Le 22 février 1917, il parvient enfin à faire accepter l’achat de 150 chars Renault.

Le commandant en chef Nivelle engage l’artillerie spéciale à Berry au Bac. Du fait de l’échec essuyé, l’artillerie spéciale a failli être dissoute, mais l’arrivée de Pétain à la suite de Nivelle la sauve. Sa montée en puissance se poursuit. En juin 1917 sont commandés 150 chars lourds 2C, 600 chars moyens et 3500 chars légers FT. Ainsi seront constitués 17 groupes de 15 chars de Schneider CA1, 12 groupes de Saint-Chamond et trois régiments de chars légers dont l’action va être déterminante dans la victoire des forces alliées.

Le 2 août 1918, Estienne est fait commandeur de la Légion d’honneur avec la citation suivante :« Officier général d’une intelligence et d’une valeur exceptionnelle, qui par la justesse et la fécondité de ses idées, l’entrain et la foi avec lesquels il a su les défendre et les faire triompher, a rendu les plus éminents services à la cause commune. »

Il est élevé au rang de général de division le 23 décembre 1918. Il devient commandant supérieur du groupe fortifié des Alpes-Maritimes et commandant de la subdivision de Nice, en 1919. Il terminera sa carrière comme inspecteur des chars de combat.

Admis à la retraite en 1922, il continue à suivre les études et à faire des conférences sur les chars, mais ses visions prophétiques sur le sujet ne seront pas entendues. Quant aux allemands, ils ont compris et retenu la leçon et le prouveront en 1940.

Il se retire sur la côte d’Azur à Nice en 1933 et se consacre aux associations d’anciens combattants des chars. En 1934, il est fait Grand-croix de la Légion d’honneur. Il meurt en 1936 à l’hôpital du Val de Grâce. Le « Père » des chars est enterré à Nice.

[1] L’absence de tiret entre Jean et Baptiste fait opter pour son premier prénom...

[2] On dirait maintenant entre l’avant et l’arrière.

[3] Que l’on appellera aussi section d’artillerie lourde.


____________

Base documentaire des Artilleurs