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L’héritage : le système Valée

L’œuvre du général Vallée

De 1822 à 1830, le général Valée se consacre à la conception puis à l’exécution d’un vaste plan d’amélioration de l’artillerie, rendu public en 1827. Le but est de rendre l’artillerie plus mobile et plus simple à construire, en s’inspirant des matériels étrangers et surtout anglais, dont la mobilité avait frappé les officiers français durant la guerre d’Espagne. Toutes les pièces sont montées sur des roues de même modèle et de la même grandeur. Pour faciliter la marche et le transport des pièces, une nouvelle forme est donnée à l’affût. Les deux trains deviennent indépendants l’un de l’autre. Les pièces peuvent passer dans les chemins les plus étroits, tourner court, presque sur elles-mêmes. Elles sont toutes dotées d’un coffret qui, placé sur l’avant-train, en est inséparable et suffit aux premières nécessités du combat. Le général Valée étend ensuite ce concept à l’artillerie de siège et au matériel destiné à la guerre de montagne.

L’artillerie devient une artillerie montée pouvant se déplacer sur tous les terrains. Il est donc réuni les deux trains de toutes les voitures à suspension, ce qui entraine l’adoption du colleron (petit collier de cheval), de la servante pour l’avant-train, et l’uniformité des roues. L’affut est formé de deux flasques courts entre lesquels est fixée une flèche qui va en s’amincissant pour faciliter les virages. La crosse est très légère et accrochée bas, ce qui facilite la réunion et la séparation des trains. Les coffres sont aménagés pour le transport des servants. Les conducteurs du train d’artillerie sont remplacés par des canonniers conducteurs. La mise à feu se fait avec une étoupille fulminante à friction.

Le système Valée comprend :

  • Pièces de campagnes : canons de 12 et de 8 ; obusiers de 6 et de 24. Les canons sont ceux de type Gribeauval, de 18 calibres. Un affut est commun au canon de 8 et à l’obusier de 24 et un autre affut est commun au canon de 12 et à l’obusier de 6.
  • Pièces de siège : canons de 24 et de 16, obusier de 8.
  • Pièces de montagne : obusier de 12, transportable à dos de mulet.
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Le maréchal Valée (1773-1846)
source : L’artillerie de terre en France pendant un siècle ; histoire technique 1816-1919 par le général Challéat ; Charles - Lavauzelle, 1933

Les manufactures d’armes françaises, placées près de la frontière, sont, sur sa proposition, transférées à l’intérieur, à Saint-Étienne et à Châtellerault. La fabrication de la poudre est modernisée avec l’adoption des meules qui remplacent l’ancien mode par trituration.

En 1829, il existe 8 régiments d’artillerie à pied et 4 régiments d’artillerie à cheval, ainsi qu’un bataillon de pontonniers pour la ligne. Il faut y ajouter le régiment à pied et le régiment à cheval de la Garde Royale. La réorganisation de 1829 (ordonnance du 5 août 1829) consiste en la réunion, dans les divers régiments, des batteries à cheval et des batteries à pied d’où la création de régiments dits « mixtes ». La batterie résulte de la réunion de l’ancienne compagnie d’artillerie (pièces et servants) et de ses éléments de traction hippomobile, qui dépendaient jusqu’alors du train d’artillerie. La batterie devient donc l’unité élémentaire du régiment, et le terme de compagnie n’est plus utilisé que pour les pontonniers, le train d’artillerie et les ouvriers d’artillerie.

La réorganisation permet la création de batteries montées à partir de batteries à pied auxquelles sont affectées des attelages du train d’artillerie. Elles sont autonomes pour combattre et se déplacer. Le corps du train d’artillerie est alors supprimé. Sa tâche consistait à mener les pièces sur le terrain, où il demeurait ensuite immobile en attendant les développements des combats. Il devient le « Train des parcs », dont le nom indique les attributions.

Les escadrons du Train, n’étant plus chargés des attelages des batteries de campagne, sont réduits à 6 escadrons. Ils sont chargés de fournir des attelages aux parcs de campagne, aux équipages de siège et de pont ainsi que de s’occuper des approvisionnements de l’artillerie sous l’appellation d’escadrons du Train des parcs d’artillerie. En 1852, ces escadrons ne sont plus que 4, chacun à 8 compagnies.

Le général Valée supprime ainsi la division de l’artillerie en trois corps (à pied, à cheval et le Train). Les régiments d’artillerie sont constitués de batteries comprenant des canonniers servants, soit à pied, soit à cheval et des canonniers conducteurs. La batterie, auparavant dénommée compagnie, devient un tout complet, où les conducteurs et les canonniers, placés dans les mêmes conditions, obéissent au même officier, en l’occurrence un capitaine.

Les batteries attelées, appelées batteries montées, sont composées d’hommes chargés : les uns du service des pièces, les autres de leur conduite et des attelages. Les premiers sont appelés canonniers servants, les seconds canonniers conducteurs. Ils portent le même uniforme et ont les mêmes droits à l’avancement. Les batteries privées de moyens d’attelage, donc à pied, sont destinées à l’attaque et à la défense des places et la conduite des parcs.

Chaque régiment d’artillerie comprend théoriquement 16 batteries à 6 pièces (4 canons et 2 obusiers). Sur ces 16 batteries, 3 sont à cheval, 6 sont montées et 7 sont à pied. Chaque régiment est aussi doté d’un escadron du Train des parcs d’artillerie. Les chefs d’escadron, au nombre de 4, sont affectés à l’état-major du régiment.

L’artillerie adopte les grades et appellations de la Cavalerie ; ainsi que l’étendard pour emblème en lieu et place du drapeau.

Les troupes de l’artillerie en 1829

Après réorganisation, l’artillerie est composée de 10 régiments d’artillerie de ligne, du régiment d’artillerie de la Garde Royale, 1 bataillon de pontonniers à 12 compagnies, 12 compagnies d’ouvriers d’artillerie, 13 compagnies de canonniers sédentaires et 6 escadrons du train des parcs d’artillerie, chargés de la traction du matériel n’appartenant pas aux batteries de combat. Les 10 régiments d’artillerie de la ligne comprennent 3 batteries à cheval et 13 batteries montées ou à pied (6 au moins en temps de paix).

Les 3 régiments de la Garde, artillerie à pied, artillerie à cheval et train, sont remplacés par un seul régiment d’artillerie. Il est composé d’un état-major, de 3 batteries à cheval, de 5 batteries montées, et, en temps de guerre, d’un cadre de dépôt.

Après la Révolution de juillet 1830 et l’abdication de Charles X, le principe d’une Garde privilégiée s’avère incompatible avec les idées libérales qui ont élevé les barricades. Ainsi l’ordonnance du 11 août 1830 licencie la maison militaire et la Garde royale. L’ordre est exécuté pour le régiment d’artillerie, le 1° septembre.

Pour suppléer à la disparition du régiment d’artillerie de la Garde royale, cantonné à Paris et à Vincennes, il est créé, par ordonnance du 23 août 1830, une batterie d’artillerie à cheval dénommée batterie de réserve de Paris. Cette unité permet l’incorporation des sous-officiers et des canonniers de la Garde, liés ou restant en service qui ne peuvent pas être mutés dans les régiments d’artillerie de l’armée dont la réorganisation, suivant l’ordonnance du 5 aout 1829, n’est pas encore terminée. Elle est composée de 4 officiers, 102 sous-officiers et canonniers, avec 110 chevaux, dont 100 de troupe.

Le 26 novembre 1830, par ordonnance, le 11° régiment d’artillerie est créé à La Fère à partir de 15 batteries issues des autres régiments et de la batterie de réserve de Paris.

L’effectif total, en 1830, après réorganisation, sur pied de guerre, de l’artillerie et du train des parcs, y compris le personnel des services et établissements s’élève à 1 383 officiers, 825 employés, 33 863 hommes de troupe et 31 463 chevaux. En temps de paix, on n’entretient sous les drapeaux qu’environ la moitié des hommes et le cinquième des chevaux.

L’ordonnance du 18 septembre 1833 porte à 14, le nombre des régiments d’artillerie. Les trois nouveaux régiments (12°, 13° et 14°) sont créés en 1834 à partir de batteries issues des unités existantes. A l’issue de ces créations, les régiments ne sont plus dotés que de 12 batteries et d’un cadre de dépôt :

  • les quatre premiers : 3 batteries à cheval et 9 batteries montées ou à pied,
  • les dix derniers : 2 batteries à cheval et 10 batteries montées ou à pied.

Le bataillon d’artillerie-pontonniers devient, par décret du 19 novembre 1840, le 15° régiment d’artilleurs-pontonniers.

Le 15 novembre 1840, il est créé 32 batteries montées nouvelles, réparties dans les régiments à raison de 3 pour chacun des quatre premiers, et de 2 pour chacun des dix autres.

Le décret du 1° juin 1848 supprime les cadres de dépôt et décide la création de nouvelles batteries à pied, réparties dans les régiments de façon à les porter tous à 16 batteries.

L’artillerie française est alors dotée de 224 batteries dont 32 à cheval.


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