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Chapitre 1 : Les premiers tâtonnements.
 

Comme pour la poudre, il est impossible de fixer une date ou de désigner un nom pour l’inventeur du premier canon sorti tout équipé. Ici, le hasard a certainement joué son rôle comme il arrive fréquemment pour les découvertes de l’homme.

(JPG) On sait que les anciens se servaient de machines de guerre utilisant la seule puissance musculaire de l’homme, machines auxquelles ils avaient attribué le nom d’artillerie. Les progrès obtenus sur ces engins ont consisté en une démultiplication de la puissance humaine par celle de cordages tendus de diverses manières, torsion sur les balistes et les catapultes, tension sur les arcs et arbalètes (arc-baliste) ou encore par celle de contrepoids sur les trébuchets.

Mais bientôt en Europe une force nouvelle, qui devait changer la physionomie du champ de bataille, allait être utilisée. Cette force résidait, à l’état latent, dans un composé formé de matières simples et faciles à trouver dans la nature. Les Chinois et les Arabes, qui connaissaient depuis longtemps ce produit, ne s’en servaient que sous la forme d’engins incendiaires ou de pièces d’artifices.

En premier, le "feu Grégeois", substance nitrée additionnée de corps gras ou résineux, était un moyen de destruction terrifiant. En 675, le calife Yezid vit sa flotte anéantie devant Constantinople par le feu Grégeois du Syrien Callinique. Le naphte, abondant dans les pays d’orient, était projeté à l’aide de pompes aspirantes et refoulantes dont l’usage était courant depuis longtemps.

Vers 1300, un mélange de salpêtre, de soufre et de charbon devient l’objet de recherches minutieuses : la poudre noire. Les premières expériences portent sur le perfectionnement des fusées dont la connaissance en Europe avait été probablement apportée par les Arabes, eux-mêmes instruits par les envahisseurs Mongols au début du XIIIè siècle. En effet, si l’on tasse la poudre dans un tube et que l’on y met le feu, l’engin posé à terre recule et se meut sur le sol à la façon d’un serpent. Ainsi naquit le "serpenteau", petit artifice à main muni de grenades qu’on lançait sur les défenseurs d’une brèche avant l’assaut. Ce sont les fusées qui mèneront aux canons car "la fusée est un canon qui recule, le canon constituant lui-même le projectile" (Général Susane, Histoire de l’artillerie française).

(JPG) Partant de l’observation qu’il était possible, avec la poudre, de chasser en dehors d’un tube en carton des fragments de matière, il paraissait possible en renforçant le tube et en augmentant la charge, de lancer des projectiles de différentes sortes, flèches, pots incendiaires, boulets de plomb, de pierre, de fer ou de fonte. La propriété fusante et motrice que la poudre possède, quand elle brûle après avoir été tassée, avait été employée longtemps avant qu’on sût maîtriser et utiliser sa propriété détonante et projective. C’est de la maîtrise de cette dernière qui permit à la bombarde de naître.

(JPG) La bombarde primitive était formée d’un tube de métal ferreux renforcé muni d’une "culasse à boite" ou "boite à feu". On a par la suite fabriqué des bombardes de tous genres, de la bombarde à main, sorte de fusil de rempart servi par deux hommes, jusqu’aux bombardes de Tartaglia pesant neuf mille livres (une livre équivaut à environ 500 grammes) sans oublier les "Michelettes", formées de douves métalliques cerclées de fer sans anses ni tourillons. La plupart de ces armes recevaient par l’extrémité ouverte (la bouche), une charge de poudre tassée par une bourre et un projectile sphérique plein (le boulet) de pierre ou de fer. Le tir était initié par l’inflammation de la charge grâce à un trou percé à l’extrémité fermée (la culasse) dans lequel était introduit soit une mèche, soit de la poudre fine (le pulvérin). (JPG) Pendant la période de transition entre l’artillerie "mécanique" (baliste, catapulte, etc.) et l’artillerie "à poudre", l’utilisation des projectiles antérieurs, comme le carreau d’arbalète, a persisté. Ainsi les premières bombardes tiraient aussi de gros carreaux.

C’est à la bataille de Crécy que les bombardes apparaissent pour la première fois sur le champ de bataille où elles permettent à Édouard III de défaire les troupes de Philippe de Valois en faisant pleuvoir sur les Français une grêle de balles de fer et en "menant si grand bruit et tremblement qu’il semblait que Dieu tonnât, avec un grand massacre de gens et versement de chevaux".

Parmi les bouches à feu féodales, il faut, outre les bombardes, mentionner les couleuvrines.

(JPG) Les couleuvrines primitives était une pièce très longue et fine. C’était une sorte de gros mousquet enchaîné sur un affût et monté sur un chevalet qui se chargeait par la bouche et tirait des balles de plomb. Sa présence a été signalée pour la première fois lors du siège d’Orléans en 1428. A coté de ce type de couleuvrine, il est fait mention en 1476, dans le récit de la bataille de Morat, d’une grosse couleuvrine pesant cent quinze livres.

La couleuvrine augmenta progressivement de poids et de longueur. Sous Louis XI la couleuvrine devint une pièce de gros calibre. Les autres pays fabriquèrent aussi des couleuvrines de plus en plus puissantes. On peut dire que l’emploi de la bombarde et de la couleuvrine se répandit en France et à l’étranger comme la flamme d’une traînée de poudre. Les villes voulurent aussi avoir leur artillerie : Metz, 1320, Cambrai 1339, Paris 1350.

Pendant longtemps, la fusée fut employée concurremment avec la bombarde, la couleuvrine, le fauconneau, le ribeaudequin(JPG) , etc...car les canons ne fonctionnaient pas toujours régulièrement et éclataient parfois. Le traité de canonnerie de 1561 recommandait d’ailleurs au canonnier "d’honorer Dieu et craindre plus de l’offenser que nul homme de guerre, car, toutes les fois qu’il fait jouer sa pièce, il a son mortel ennemi devant lui" - c’est-à-dire son canon.

(JPG) La difficulté de fabrication d’une bonne poudre n’était pas le seul obstacle aux progrès de l’artillerie. Il fallait trouver un métal assez résistant pour supporter la pression des gaz sans cesse accrue par la nécessité d’augmenter les portées à l’aide de charges plus fortes (nécessité qu’il faut lier à l’évolution parallèle des fortifications, l’éternel course entre la lance et la cuirasse). Le bronze, métal coûteux mais de fonte facile, remplaça le fer. Les canons de fer ouverts aux deux bouts furent abandonnés en même temps que leurs boîtes de culasse qui obturaient mal, ôtant ainsi les risques de brûlures sérieuses aux servants.

Le bronze devint, par excellence, le métal à canon de l’artillerie royale sans supprimer l’utilisation du fer et de la fonte de fer beaucoup moins coûteux.

Par ailleurs, des efforts étaient faits sur les affûts pour parvenir à un système capable de remplir à la fois toutes les conditions du service :(JPG)

  • donner le moyen de faire varier la direction et l’inclinaison de la bouche à feu pour faire arriver le boulet au point voulu par l’adjonction de tourillons,
  • avoir une solidité capable de résister à l’action du recul de la bouche à feu,
  • porter la pièce dans les marches,
  • former une voiture par l’utilisation de l’avant-train.

L’état de l’art de ces temps ne permirent pas de trouver solution à tous ces problèmes à la fois et les affûts furent longtemps défectueux.

A partir du XVIème siècle, on commence à débroussailler le domaine touffu de l’artillerie. Il existait alors dix-sept types de canons, de calibres, de longueurs et de poids différents ainsi que des mortiers.(JPG)

Qu’est-ce qu’un mortier ? C’est un type de bouche à feu très courte dont la caractéristique essentielle est de tirer sous un angle de 45° environ un gros projectile explosif dénommé bombe. Utilisé dès le milieu du XIVème siècle avec d’énormes boulets de grès, il fut employé avec des projectiles creux au début du XVIè siècle.

C’est François Ier qui donna à l’artillerie ses premiers statuts par les "déclarations de Saint-Germain-en-Laye" de 1536 et 1538 qui établissaient un état du personnel. Cet essai d’organisation touchait une arme naissante et peu nombreuse dont la tâche était imprécise. Cependant les règles qui présidèrent à sa constitution vont servir de cadre aux lois et décrets successifs qui lui ont fixé son programme du temps de paix et préparé ses formations sur le pied de guerre.

Cette organisation montre cependant la lourdeur du matériel en usage et la difficulté d’emploi du canon sur le champ de bataille où sa fonction d’artillerie légère était, jusqu’à la fin du XVIIème siècle, très souvent tenue par l’arquebuse.

Vers 1550, l’artillerie française entreprit de fixer les calibres de ses bouches à feu, qu’elle réduisit à six :

  • le canon portant un boulet de 33 livres 4 onces,
  • la grande couleuvrine portant un boulet de 15 livres 4 onces,
  • la couleuvrine bastarde portant un boulet de 7 livres 4 onces,
  • la couleuvrine moyenne portant un boulet de 2 livres,
  • le faucon portant un boulet de 1 livres 2 onces,
  • le fauconneau portant un boulet de 14 onces.

Cette artillerie ne comportait aucun mortier mais était complétée par une arquebuse à croc qui formait une sorte d’intermédiaire entre les bouches à feu et les armes portatives.

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