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Récit du fait d’armes sol-air du 7 septembre 1987
 

Récit du fait d’armes sol-air du 7 septembre 1987

Lundi 7 septembre 1987, 6h50 du matin. À N’Djaména, capitale du Tchad, en plein cœur de l’Afrique, il fait jour mais le ciel est couvert, le plafond est bas.

Pour les hommes du dispositif de protection Épervier que la France a mis en place au mois de février de l’année précédente, la surveillance du ciel est permanente : la menace aérienne existe. On sait que l’aviation libyenne possède des bombardiers lourds, à long rayon d’action, qui sont capables d’atteindre N’Djaména.

La Défense aérienne de N’Djaména est conduite en temps réel par une Cellule tactique (CETAC) de l’Armée de l’air française. S’y trouvent le Lieutenant DUHAYON, chef-contrôleur, son adjoint, le sergent-chef BOUVIER et un officier de liaison sol-air, l’aspirant ORLANDI. Ils disposent d’un radar de surveillance Centaure, à longue portée, qui est installé sur l’aérodrome de la capitale tchadienne.

À proximité, une batterie sol-air de l’Armée de terre française est déployée depuis la fin-février 1986. Equipée du système d’arme Hawk modernisé, elle est placée en alerte Action permanente, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Avec ses deux radars de veille et ses deux pelotons de tir, elle scrute le ciel sans relâche, elle est capable de tirer sans délai. Sur leurs rampes, ses missiles Hawk sont prêts au tir et peuvent aller intercepter tout avion assaillant à plus de 30 kilomètres de distance.

C’est une équipe d’artilleurs sol-air du 403° régiment d’artillerie, venus de Chaumont, qui opère dans le Centre de veille et de conduite de tir de la batterie. Commandée par le lieutenant AZNAR, elle est composée de soldats de métier : ce sont l’adjudant TEDESCO, assistant de l’officier de tir, les maréchaux des logis HAEN et PUNTEL, opérateurs de peloton de tir et le brigadier-chef LAVILLE, exploitant du radar de surveillance à basse altitude. Ils sont à leur poste depuis trois heures du matin, leur relève est prévue dans quelques minutes.

Soudain le radar Centaure de la CETAC détecte une piste inconnue. Située à une centaine de kilomètres au nord-ouest, celle-ci évolue de façon suspecte, volant à très grande vitesse à moyenne altitude. Peu après, son écho radar est aussi observé par la batterie Hawk. Conformément aux procédures, le chef-contrôleur et son adjoint cherchent à identifier cet arrivant inattendu et qui pourrait être dangereux.

À 6h57, le chef-contrôleur autorise la batterie Hawk à pointer ses radars de tir en direction de l’adversaire potentiel : ceux-ci s’accrochent aussitôt sur lui. La batterie sol-air fournit alors des renseignements précis sur cette piste : absence de réponse IFF confirmée, vitesse importante : 1.000 km/heure, altitude : 4.000 mètres, en diminution, route orientée vers N’Djaména, appareil unique, se trouvant à portée de tir du Hawk.

Le doute pèse de moins en moins sur les intentions de cet avion qui se rapproche du Tchad : la CETAC l’interroge de nouveau par l’IFF et sur les fréquences radio aéronautiques : pas de réponse. Selon les critères qui ont été préalablement fixés, l’hostilité de l’appareil devient évidente.

Il est presque 7 heures. Après avoir fait déclencher l’alerte au sol par des sirènes, le lieutenant DUHAYON prévient ses autorités qu’il a décidé de faire tirer l’artillerie sol-air.

Dès que l’assaillant franchit la frontière tchadienne située à une douzaine de kilomètres de la capitale, l’ordre d’interception est donné à la batterie Hawk. Dans son centre de contrôle, le lieutenant AZNAR fait immédiatement procéder au tir. Un missile Hawk est lancé et il détruit peu après l’appareil ennemi. Le bombardement de N’Djaména vient d’être évité de justesse.

En effet, par l’examen de ses débris, l’agresseur est facile à identifier : il s’agissait d’un bombardier de l’armée libyenne, du type Tupolev 22, biréacteur d’origine soviétique. Ses 4 bombes de 1.500 Kg n’ont pas pu exploser. Ses trois membres d’équipage ont péri carbonisés.

Ce fait d’armes est exceptionnel et unique dans les armées françaises depuis 1945. C’est un succès incontestable de la Défense aérienne de l’opération Epervier. Il vient d’être obtenu par l’artillerie sol-air, loin de la métropole, dans des conditions physiques et morales souvent éprouvantes.

Qu’ils appartiennent à l’Armée de l’Air ou à l’Armée de terre, ceux qui y ont contribué ont ainsi fait la preuve de leur motivation, de leur cohésion et de compétences professionnelles éminentes. Ils méritent donc que l’on s’en souvienne.

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