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Le transport par air des canons et obusiers
 

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Cet article est paru dans le Bulletin d’Information n° 10 de l’Artillerie et des F.T.A. en avril 1947. L’auteur, le capitaine BUTTNER (aujourd’hui décédé), était ancien du 5e RACAP en 1946, du 35e RALP (1947/49), chefde corps du 1/35 RA en 1961. Il commanda l’École Polytechnique (il était X) et fut inspecteur de la D.O.T. jusqu’en 1977.

LE TRANSPORT PAR AIR DES CANONS ET OBUSIERS

La dernière guerre a vu se développer les déplacements et les débarquements par air. Nous étudierons ici comment les Artilleries américaine et britannique ont utilisé pour leurs pièces ce nouveau mode de transport.

Troupes Aéroportées et Troupes Aérotransportées.

Il convient d’abord de bien différencier les deux types de Troupes se déplaçant par air : Troupes aéroportées et Troupes aérotransportées. Les premières sont spécialement organisées, équipées et entrainées en vue de l’exécution d’ "atterrissages d’assaut". Les secondes sont composées d’unités du type normal, allégées en vue de leur transport par air et ayant reçu une instruction sur le chargement de combat des avions de transport et des planeurs.

Les Troupes aéroportées doivent donc être aptes à combattre dans des délais très réduits après leur atterrissage. Les Troupes aérotransportées, au contraire, débarquées hors d’atteinte de l’ennemi, peuvent disposer d’un certain temps pour se regrouper et remettre leur matériel en état.

Les Troupes aéroportées sont parachutées ou transportées par planeurs ; les Troupes aérotransportées utilisent des avions de transport et, éventuellement, des planeurs.

Des exemples historiques d’emploi des Troupes aéroportées sont connus. Un cas d’emploi de Troupes aérotransportées en renforcement de troupes aéroportées est également célèbre : c’est celui d’unités des 3e et 5e Divisions de montagne allemandes en Crète (1941). Moins connus en France, malgré les enseignements à en tirer en matière de défense de l’Union Française, sont les succès remportés par des Troupes aérotransportées opérant isolément : 7e Division australienne en Nouvelle Guinée (1943), "Brigades de pénétration" de la 3e Division hindoue en Birmanie (1944).

Matériel parachuté.

L’opération aéroportée est dans sa première phase une opération de parachutistes. Pour assurer à ceux-ci un appui d’artillerie, on a commencé par utiliser des matériels décomposables en fardeaux et faciles à remonter, les fardeaux pouvant être manipulés à bras et fixés à des porte-bombes moyens. Ces conditions étaient celles requises des matériels de montagne et les Artillerie Divisionnaire (A.D.) aéroportées furent dotées de l’obusier de 75 Ml Al sur affût M8, parachuté par Dakota (C47).

Malgré les précautions prises : largage quasi simultané de tous les fardeaux depuis les porte-bombes et depuis la porte, tresse reliant les 9 gaines renfermant la pièce et les munitions, le ramassage au sol et le remontage constituent une lourde sujétion. Les britanniques ont donc cherché à parachuter le matériel non démonté.

Les difficultés à vaincre provenaient de l’encombrement du matériel, de son poids, de l’impossibilité de l’emballer entièrement. Pour le résoudre on fixa le matériel aux portes-bombes du fuselage de bombardiers lourds, on le munit d’une grappe de parachutes et on lui adapta un dispositif de parachutage assez complexe, comprenant en particulier un système amortisseur, un système de calage au sol l’empêchant de basculer à l’atterrissage et un système d’abandon des parachutes lui évitant d’être trainé au sol par grand vent.

Cette méthode permit aux Britanniques de parachuter par Halifax soit l’obusier de 75, soit le canon antichars de 57, munis de quatre parachutes.

Matériel transporté par planeurs :

L’une des missions de l’avant-garde parachutiste d’une formation aéroportée est généralement de s’assurer la possession de terrains propres à l’atterrissage de planeurs. Ceux-ci permettent le transport de matériels plus lourds que les matériels parachutés ; ils ont en outre l’avantage de ne pas dissocier les unités élémentaires et de ne pas les séparer de leur matériel organique.

Il est donc parfois préférable de transporter sur planeurs des matériels dont le parachutage est cependant possible. C’est ainsi que l’obusier de 75 et le canon antichar de 57 peuvent être chargés sur des planeurs Horsa ou Hadrian (nom anglais du CG4A américain).

Les matériels d’artillerie organiques des Divisions aéroportées dont le parachutage n’a pas encore été réalisé ou mis au point doivent également être chargés sur planeurs : le canon britannique de 25 Pounder (87,7 mm) sur affût Mk II ou III à essieu raccourci sur Horsa ou Hadrian, le 17 Pounder (76,2 mm) antichars britannique ou Hamilcar, la mitrailleuse antiaérienne de 20 Polsten ou Hispano sur Hadrian.

D’autres matériels ont également pu être transportés sur planeurs, l’obusier de montagne britannique de 3,7 pouces (94 mm) sur Hadrian. Les obusiers américains de 105 M2 sur planeurs CG1 3 A et de 155 Ml sur CC1 OA. A la fin de la guerre, le 155 HM1 était la plus lourde (5,4 tonnes) et le 17 Pounder la plus encombrante (longueur 7,50 m) des pièces d’artillerie transportée sur planeurs (à noter que le 17 Pounder était transporté par le même Hamilcar qu’un Dodge 3/4 de Tonne).

Matériel transporté par avion.

Le planeur reste un emballage coûteux, parce que généralement impossible à récupérer en opérations, et vulnérable, particulièrement pendant le vol libre qui précède l’atterrissage. Aussi lui préfère-t-on l’avion dès que l’aménagement et la sécurité des terrains le permettent.

Le Dakota, n’exigeant qu’un piste d’envol de petites dimensions (800 m. environ), a été l’avion de transport le plus fréquemment utilisé ; mais on a eu également recours à des avions plus lourds, même à des bombardiers quadrimoteurs : Forteresse (B 17) ou Liberator (B24) par exemple. L’emploi de ces derniers nécessite généralement la prise et la remise en état d’aérodromes ennemis.

Tous les matériels indiqués ci-dessus comme transportables sur Hadrian, peuvent également être chargés sans démontage sur Dakota. Il en est de même pour l’obusier américain de 105 M3 et du 40 Bofors sur plateforme à deux roues (modèle canadien Bantam).

Les conditions de sécurité dans lesquelles s’opère le débarquement des Troupes aérotransportées leur permettent en outre de démonter leur matériel pour le transport. C’est ainsi qu’ont été réalisés le transport sur Dakota du canon de 25 Pr. sur affût Mk1, de l’obusier de 105 M2, du canon antichars américain de 3 pouces (76,2 mm) M5, du 17 Pr. antichars britannique, du 40 Bofors sur plateforme à quatre roues ; le transport sur deux Dakotas du canon de 4,5 pouces (114,3 mm) Ml ou de l’obusier de 155 Ml ; le transport sur Forteresse ou Liberator du 105 HM2 et du 40 Bofors. Le déchargement et le remontage des plus lourds de ces matériels peuvent exiger l’emploi d’appareils de levage et durer plusieurs heures (9 heures pour le 155 HMI chargé sur deux Dakotas).

On voit donc qu’avant même la mise au point de matériels spéciaux, canons sans reculs en particulier, l’Artillerie avait su, avec ses matériels classiques, s’adapter aux opérations aéroportées et aérotransportées. Il est vrai que les tubes ne sont rien sans munitions et sans tracteurs... Mais ceci est une autre histoire.

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Un planeur Horsa vient de se poser sanscasse et les personnels débarquent.

NDLR : il est à noter que depuis cette époque les moyens d’aérotransport ont considérablement évolués, avec ou sans voilure (hélicoptères ou avions). Sujet qui reste à développer. Mais il est à noter que l’usage de bombardiers reste une idée à creuser (avec des pods particuliers - notamment pour les munitions) et les drones pourraient à terme remplacer les planeurs, tout en étant récupérables...


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