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Exemple d’organsiation d’un régiment d’artillerie colonial porté : le 320è RACP
 

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Cet article est extrait d’un essai de Monsieur Rémy Scherer sur le 320è RACP, épuré du détail des combats violents conduits sur le canal de l’Ailette. Des articles séparés seront édités par ailleurs.

Il s’agissait de mettre en évidence prioritairement le rôle que pouvait jouer un régiment d’artillerie rattaché à un Corps d’Armée, en complément des artilleries divisionnaires.

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Le 320° RACP (Régiment d’Artillerie Coloniale Porté) de réserve est formé à compter du 12 septembre 1939 [1], à la suite du 310° RACP (formé le 10 septembre 1939), à partir d’éléments du 10° RACTTT (Régiment d’Artillerie Coloniale Tracté Tous Terrains)  [2].

Le 320° RACP est commandé par le lieutenant-colonel Dufour et il est constitué de 3 groupes (numérotés VII à IX) :

  • le VII/320° RACP : 19°, 20° et 21° batteries ;
  • le VIII/320° RACP : commandé par le chef d’escadron Patier avec 22° (capitaine Beigbeder), 23° (capitaine Seraine) et 24° batteries (capitaine Carel) ;
  • le IX/320° RACP : commandé par le chef d’escadron Besson avec 25°, 26° et 27° batteries.

L’organisation d’un groupe porté est donné dans cet article.

A sa formation, le 320° RACP compte 12 officiers et 100 hommes d’active sur un effectif total de 1 531 hommes. C’est une unité de réserve A.

Le régiment est doté de 36 canons de 75mm à raison de 4 par batteries.

Rattachement

1- Pendant la "drôle de guerre"

Après sa formation à Rueil-Malmaison, le 320° RACP est affecté au le Secteur Fortifié du Bas-Rhin, près de Strasbourg. Ce secteur de la ligne Maginot est sous le commandement de la 5° armée, et plus particulièrement du 17° corps d’armée, avec la 62° division d’infanterie. Le 5 mars 1940, le secteur change de nom, devenant la 103° DIF (Division d’Infanterie de Forteresse) dite « division de Strasbourg ».

Ensuite, toujours dans le cadre de la 5° armée, le 320° RACP est affecté au Secteur Fortifié des Vosges. Il est basé près de Bitche, en Moselle. Ce secteur est renforcé par la 30° DI Alpine. Le 5 mars 1940, le Secteur Fortifié des Vosges est dissous et devient le 43° CAF (Corps d’Armée de Forteresse).

Le secteur est divisé en deux sous-secteurs fortifiés, avec les unités suivantes comme équipages des ouvrages et casemates ainsi que comme troupes d’intervalle stationnées entre ceux-ci après la mobilisation :

  • sous-secteur de Philippsbourg, confié au 154° RIF (Régiment d’Infanterie de Forteresse) ;
  • sous-secteur de Langensoultzbach, confié au 165° RIF. L’artillerie du secteur est composée des 168° régiment d’artillerie de position (fournissant les artilleurs des ouvrages, ainsi que deux groupes de position et 60° régiment d’artillerie mobile de forteresse.

Le VIII/320° RACP du Chef d’Escadron Patier stationne durant cette période à Illkirch-Graffenstaden, dans le Bas-Rhin, juste au sud de Strasbourg. , puis à Bining et Lambach, à l’ouest de Bitche en Moselle.

Pendant cette période, il est à déplorer les décès des militaires suivants :

  • Meyer Alois : maréchal des logis (06 mars 1940) ;
  • Loin Georges Marcel : brigadier (22 mars 1940) ;
  • Sonnier René : soldat (27 avril 1940).

2- Fin mai 1940, transfert sur la ligne Weygand

Fin mai, la situation des armées françaises est désespérée. Elles sont seules à poursuivre le combat. Les Hollandais ont capitulé le 15 mai et les Belges le 28. Dunkerque tombe le 4 juin avec le rembarquement de la majeure partie des troupes anglaises.

L’armée française a perdu l’équivalent d’environ 30 divisions, dont les plus modernes. De plus, une dizaine d’unités doivent être totalement refondues suite aux précédents combats.

Le commandement français tente de créer un nouveau front sur les rives sud de la Somme et de l’Aisne à partir du 15 mai. Le front est constitué par des unités provenant des réserves, retirées des armées tenant la ligne Maginot ou reconstituées tant bien que mal dans l’urgence.

Pour tenir ce front, Weygand prescrit une défense en profondeur, où les villages ou les points remarquables seront organisés en hérissons, où sera répartie l’artillerie divisionnaire, qui prendra sous ses feux croisés les pénétrations blindées. Le moral des combattants, ébranlés par les événements de mai, retrouve ses qualités de mordant et de ténacité, dés lors que ceux-ci se sentent commandés dans la bonne direction.

Dans ce cadre, le 320° RACP, retiré du front nord-est, est engagé sur le front du canal de l’Ailette et du canal Crozat à partir du 28 mai. Dans la nuit du 26 au 27 mai et la journée du 27, il embarque par voie ferrée (9 trains) à Saverne et Wasselonne et débarque le 28 à Noyon (VII/320° à priori), Ribécourt (IX/320° à priori), Compiègne (VIII/320° à priori), à la disposition de la 7° armée.

Le 27 mai 1940, il faut noter le décès de Le Guen Robert.

Le 28 mai, le 320° RACP est mis à la disposition du 24° corps d’armée (7° armée). Le 29, le VIII/320° RACP est en soutien de la 29° DI.

Jusqu’au 1° juin, les moyens du régiment sont repartis en renforcement entre le 1° corps d’armée (29° DI) sur la Somme (sud de Péronne) et le 24° corps d’armée (23° DI) sur le canal Crozat. A partir du 1° juin, la totalité du régiment appuie le 24° corps d’armée, en appui des 23° DI et 87° DIA. Le 24° corps d’armée est aussi renforcé par le 124° RAL et le I/195° RAL. La 11° DI est en second échelon.

Le 1° juin 1940, le VIII/320° RACP groupe est rattaché à la 87° DIA (Division d’Infanterie d’Afrique) et fait mouvement dans la nuit. Il s’installe le 2 juin dans la région de Bourguignon sous Coucy avec un observatoire à Saint Paul aux Bois et une liaison avec l’infanterie installée à Manicamp. Le groupe est plus particulièrement dédié au 18° RTA.

Les VII/320° RA et IX/320° RA groupes soutiennent la 23è DI.

Les 4 et 5 juin, les 3 groupes du 320° RACP exécutent de nombreux tirs d’arrêt sur l’Ailette et des tirs à vue sur des colonnes ennemies aux passages du canal de l’Oise à l’Aisne.

L’attaque allemande débute le 5 juin 1940 (opération Fall Rot) par de violents bombardements terrestres et aériens.

Les groupes du 320) RACP se battent courageusement, mais subissent des pertes importantes. (les récits détaillés des combats font l’objet d’une production séparée).

Le régiment était sans nouvelle du VIII groupe depuis le 5 au soir. Le VIII/320° RACP n’est plus opérationnel au bout de deux jours de combats.

Sous la poussée allemande, le 7 juin, l’ordre de repli est donné pour se positionner en rive nord de l’Oise. Suite au recul de la 87° DIA derrière l’Aisne, la 23° DI s’aligne face à l’est, derrière l’Oise .Les VII/320° et IX/320° RACP participent à la défense des passages de l’Oise et du canal latéral, face à l’est au niveau de la forêt de Laigue, entre Ribécourt et Compiègne.

Le 9 juin, le repli est prescrit vers le sud-ouest avec mission de passer l’Oise au sud de Compiègne, aux ponts de Lacroix Saint Ouen et de La Verberie, pour gagner ensuite la forêt de Compiègne.

3- La retraite

A partir de ce moment, avec des moyens très réduits, le 320° RACP va entamer, avec le 24° corps d’armée, une longue et difficile retraite vers le sud de la France.

Malgré l’engagement de nouvelles unités comme la 7° DIC, le front français est contraint au recul. La 7° armée, débordée à l’est comme à l’ouest, est contrainte au recul. Elle va tenter de se rétablir au niveau de la ligne Chauvineau [3] qu’elle atteint à partir du 10 juin.

Le 13 juin, la ligne Chauvineau est abandonnée. La 7° armée se replie vers la Seine. Les élements du 320° RACP passent la Marne à Meaux pour rejoindre la Seine. Le 24° corps d’armée replie vers la Seine avec les 87° DIA, 57° DI et 23° DLI pour constituer une ligne d’arrêt sous la protection de la 3° DLI et la 239° DLI.

Le 14 juin, les VII et IX groupes du 320° RACP font mouvement vers la région de Fontainebleau, tenue par la 87° DIA.

Le 15, en début d’après-midi, la 87° DIA reçoit pour mission de couvrir l’embarquement des 3° DLI, 57° DI, 23° DI et 239° DLI. L’artillerie de la division, dont les éléments du 320° RACP, part avec la 57° DI. Vers 17h00, l’ennemi est au contact sur la Seine et vers Samois aux lisières nord de la forêt de Fontainebleau. Le 320° RACP, lié maintenant à la 57° DI, fait mouvement, les 15 et 16 juin, vers la Loire, au niveau de Gien.

La 23° DI est chargée de la défense de la Loire à Gien. Les premiers éléments de la division atteignent la ville dans la matinée du 16 juin. Sous la protection des 3° DLI et 23° DI qui tiennent les têtes de pont de Sully sur Loire et de Gien, les autres unités du 24° corps d’armée passent la Loire et tentent de se réorganiser comme la 2° DLIC et la 87° DIA.

Dans l’après-midi du 17 juin, Gien est investi, la route de Briare est aux mains de l’ennemi. Les troupes françaises, retardées par les convois interminables de réfugiés auxquels elles sont mêlées, subissent les premiers assauts des troupes allemandes venant du nord. Les premiers accrochages ont lieu au nord de Gien, au niveau de La Gâcherie, de la Prise d’Eau et de la Bosserie. A 18 h 30, les troupes allemandes sont aux portes de la ville.

Les dernières unités françaises tentent de traverser la Loire comme le 9° RAC, des éléments de la 4° DLM, le 5° BCP et les quatre derniers chars de la compagnie de marche du 34° BCC. Ce qui reste du 5° BCP franchit le pont routier à 19h00 heures. Le 17, à 20h00, le dernier convoi militaire, constitué d’éléments de la 87° DIA, l’emprunte.

La traversée de Gien est aussi très difficile pour le 320° RACP. Le 17 juin, il perd 7 pièces de 75 portés, 30 véhicules et 100 hommes.

Il est à noter les décès suivants les 17 et 18 juin :

  • Dhalluin André (17/06/1940) ;
  • Lieutenant Nogaro Jean Bertrand (17/06/1940) ;
  • Debril André Cornil Louis (18/06/1940) ;
  • Warest Gustave (18/06/1940).

Ensuite, jusqu’à l’armistice, les rescapés retraitent avec la 57° DI sur le Cher, l’Indre (région de Châteauroux) et la Creuse. On peut estimer que le régiment a alors perdu plus des deux tiers de son potentiel.

Les VII et IX groupes font sauter leurs pièces restantes le jour de l’armistice.

4- Dissolution du Régiment

Le 320° RACP est dissout en juillet 1940. Le VIII/320° RACP est démobilisé à Montagrier (Dordogne) et Semalens (Tarn). Malgré son implication et sa résistance dans les combats des 5 et 6 juin sur le canal de l’Ailette, comme les autres unités françaises, le 320° RACP a du subir ensuite une longue retraite qui a amenuisé son potentiel jour après jour. A l’armistice, le régiment n’était plus que l’ombre de lui-même. Son cas est malheureusement commun à celui aux autres unités françaises qui ont subit la pression allemande lors de la campagne de France.

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Insigne du 9è groupe

[1] Les 310° et 320° RACP sont mis sur pied par le CMAC (Centre Mobilisateur d’Artillerie Coloniale)321 du Rueil-Malmaison.

[2] Avant la mobilisation, le 10° RACTT est affecté à la 3° DIC. A la mobilisation, il est mis à la disposition des réserves générales et sert de noyau à la formation des 310° et 320° RACP.

Le 10° RACTTT est une unité d’active, mise aussi sur pied par le CMAC 321 dont les groupes combattront au sein de plusieurs unités :

  • L’état-major et la BHR (batterie hors-rang) sont affectés en tant qu’éléments organiques au CEFS (corps expéditionnaire français en Scandinavie).
  • Le I° groupe est devenu 3° GAAC (Groupe Autonome d’Artillerie Coloniale) : 2° Division Légère de Chasseurs,
  • Le II° groupe est devenu 2° GAAC : 1° Division Légère de Chasseurs,
  • Le III° groupe est devenu 4° GAAC : 3° Division Légère d’Infanterie.

Le 10° RAC sera reconstitué en juin avec l’état-major, la BHR, les 3° et 4° GAAC dans le cadre de la 3° DLI.

[3] La ligne Chauvineau est un ensemble de fortifications dont la construction a débuté juste avant la Seconde Guerre mondiale, destiné à la défense de Paris. Cette ligne se déploie en arc de cercle autour de Paris, sur une longueur de 130 km. Étudiée dès 1931 mais commencée qu’en 1939, sa réalisation fut trop tardive et trop sommaire pour avoir un rôle important en 1940.


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