Matériels d’artillerie > 2- Matériels anciens > 26- Le matériel de la Guerre froide (1946-1990) > Artillerie sol-air >
Le Système NIKE
 

Le Système NIKE

Historique ;

C’est le 4 octobre 1957 que les premiers personnels français, dix huit officiers et sous-officiers sont arrivés aux USA pour former l’ossature de ce qui allait être le premier bataillon de missiles anti-aériens sur les deux unités qui devaient être équipées de NIKE AJAX.

Décidé comme très souvent dans la précipitation, il n’avait pas été alors possible de choisir l’Armée d’affectation, à savoir qui de l’Armée de terre ou de l’Armée de l’air en aurait la gestion. Pour les Américains et presque tous les autres pays qui allaient en être dotés, les missiles sont considérés comme des intercepteurs et reviennent donc à la Défense aérienne. D’ailleurs, aux USA, c’est une Arme à part entière, bien qu’appartenant à l’artillerie.

Dans beaucoup d’autres pays européens (la RFA, l’Italie, les Pays Bas, la Norvège, la Belgique) ces régiments allaient être servis par le personnel de l’Armée de l’air. Pour la France, la défense contre avions (DCA) était l’affaire de l’artillerie anti-aérienne et de ce fait une composante de l’Armée de terre [1].

Le personnel technique.

La France a donc choisi la "mixité" et encore fut-elle inégalitaire. En effet, il a été décidé que dans un premier temps, l’Armée de terre enverrait le personnel devant composer trois batteries de tir et que la quatrième unité serait composée d’aviateurs. On retrouvera cette mixité dans le personnel d’état-major et dans celui de l’organisme de soutien rapproché où le service du Matériel de l’Armée de terre était largement majoritaire. Ainsi, les premiers arrivants, programmés pour le stage de techniciens de l’ensemble des équipements formant la batterie étaient ainsi répartis : 5 officiers dont 1 de l’Armée de l’Air, 13 sous-officiers dont 4 de l’Armée de l’air. Chaque batterie devait avoir 1 officier et 3 sous-officiers techniciens, la section technique du régiment devait recevoir 1 officier et 1 sous-officier.

Déroulement.

Initialement, ce stage de techniciens [2] était programmé sur les matériels du système d’armes NIKE AJAX et devait durer 14 mois. Dans ce laps de temps, c’est à dire au tout début de l’année 1958, le système NIKE [3]HERCULES [4] est passé opérationnel et les pays de l’OTAN devant en être dotés, les techniciens ont poursuivi sur un stage de transition de six mois. Puis au fur et à mesure sont arrivés, échelonnés dans le temps en fonction de leur qualification future, les autres cadres et servants en vue de la perception de l’ensemble du matériel (PAM), de la formation du personnel opérateur ("Troop Training") et des écoles à feu, le tout devant durer environ dix mois.

Les premiers cadres, ceux cités plus haut, ont été réunis dès le mois de juillet 1957, à l’école militaire de Paris pour y suivre un stage de langue anglaise d’environ huit semaines. Il était nécessaire de rafraîchir les connaissances dans cette langue des futurs stagiaires qui pour la plupart étaient déjà versés dans le jargon technique car utilisé sur les équipements US qu’ils avaient servis. Cependant, deux interprètes devaient les assister en cas de besoin dans les premiers mois du stage aux USA.

Ce premier contingent arriva par avion à New York le 4 octobre 1957 où il séjourna trois jours pour les premières opérations administratives sur le sol américain. Puis il fut dirigé par train (wagon spécial) jusqu’à El Paso, Texas, ville qui jouxtait l’énorme base de Fort Bliss, l’école de la Défense aérienne des USA. Le trajet dura trois jours complets. Et enfin, ce fut donc, le camp de Fort Bliss, les bâtiments (Building 500) réservés aux "Etrangers". Les officiers et sous-officiers supérieurs avaient droit aux "BOQ" (Building Officer’s Quarter), c’est à dire à la chambre seule alors que les autres sous-officiers, considérés comme des "enlisted men", étaient repartis dans des chambrées de 30 à 35 personnes. Ce qui n’a guère était apprécié, mais c’était la règle.

Ce premier stage couvrait l’étude de l’ensemble des équipements nécessaires à la conduite du tir (IFC) : un radar de détection, deux radars de poursuite (objectif et missile), un calculateur de tir (analogique), un centre de contrôle de tir, un centre de transmission automatique des données et enfin, un certain nombre d’appareils de mesures, de tests et d’enregistrements très spécifiques. Viendra ensuite, le simulateur.

Huit mois plus tard, arriva un deuxième groupe de techniciens destinés au service de la zone de lancement (Launching Area). Ce stage formait les personnels chargés du montage du missile et de la rampe, du remplissage du carburant et du comburant [5] et des premiers tests de l’ensemble électronique de guidage. La partie hydraulique prenait aussi une part importante dans la formation des stagiaires.

Le "Troop training" pour l’ensemble du régiment eut lieu tout d’abord au centre de tir de Tobin Well puis de Mac Gregor Range qui se trouvait dans l’état du Nouveau Mexique, à une cinquantaine de kilomètres de Fort Bliss. Chacune des quatre batteries a monté et tiré deux missiles (un Ajax et un Hercules) au champ de tir de White Sand.

Les techniciens du support 3° échelon (DSD) étaient formés à Fort Belvoire (DC) et à Redstone Arsenal (Alabama).

Plus de 300 militaires [6] du premier bataillon auront ainsi été formés aux Etas-Unis sur le NIKE.

Les missiles.

(JPG)
Missiles AJAX

L’Ajax était un missile dont la portée avoisinait les 50 kilomètres pour une altitude maximum de 70.000 pieds, alors que l’Hercules de cette époque (1958) pouvait intercepter un aéronef jusqu’à 120 kilomètres et à une altitude de 90.000 pieds. Le premier était essentiellement sol-air alors que le second pouvait avoir une mission sol-sol et sa portée pouvait alors atteindre 180 kilomètres. L’Ajax et l’Hercules, dans la mission sol-air, étaient dotés de charges militaires à fragmentation tout à fait classiques destinées à exploser devant l’objectif. L’Hercules en version sol-sol pouvait être armé avec une charge nucléaire.

(JPG)
Missile HERCULE

L’Ajax était doté d’un propulseur initial à poudre solide, "le booster", qui servait principalement au décollage et qui lui imprimait une certaine vitesse initiale. A la séparation, s’enclenchait l’allumage du moteur de croisière, un propulseur à carburant et comburant liquide, qui durait une vingtaine de secondes. Le fonctionnement de l’Hercules était semblable mais la grande différence résidait dans le fait que le missile étant quatre fois plus lourd, il y avait un assemblage de quatre boosters à poudre pour l’aider à son décollage. Les deux missiles étaient lancés à la verticale. Ils montaient en général à une altitude supérieure à celle où se trouvait la cible, puis plongeaient vers elle en effectuant un piqué appelé "le seven G dive", moment critique car c’était le premier ordre émanant des équipements de la conduite de tir que le missile devait exécuter avant les classiques ordres de guidage appliqués sur les gouvernes.

Le Guidage.

(JPG)
Radar d’acquisition
(JPG)
Radars de pourdsuite TTR et MTR
TTR : poursuite de la cible MTR : poursuite du missile

Le guidage était des plus classiques. Après la détection de la cible par un radar d’acquisition, l’objectif était transféré à un radar de poursuite le TTR (Target Tracking Radar) de type mono-pulse, dont le rôle consistait à envoyer les coordonnées sphériques de la cible, gisement, site et distance à un calculateur analogique. Les antennes des 2 radars de poursuite étaient protégées par un radôme sphérique pour une meilleure protection au vent. Avant le lancement, la guidance du missile dressé sur la rampe de lancement, était activée et émettait un écho codé qui devait être accroché et reconnu par un deuxième radar de poursuite, le MTR (Missile Tracking Radar) lui aussi mono-pulse. En vol, cet écho représentait la position du missile et était transmise au même calculateur. Ce dernier en déduisait les corrections à appliquer à la trajectoire du missile pour l’amener sur la cible. Ces corrections étaient transmises sous forme de signaux électroniques codés envoyés à la guidance du missile par le biais du MTR. La guidance traduisait ces signaux en commandes hydrauliques à appliquer aux quatre gouvernes du missile. C’est aussi le calculateur qui déterminait l’ordre d’explosion de la charge militaire devant l’objectif. En ce qui concerne le tir sol-sol, toutes les coordonnées de la cible, tous les éléments de lancement, de trajectoire du missile et de l’explosion de la charge nucléaire au dessus de l’objectif terrestre étaient pré-entrés dans le calculateur. Cependant, il n’y a jamais eu d’exercice de tir réel effectué dans cette configuration par les régiments français.

La première unité française.

(JPG)
Insigne du 721è GAG

Le premier régiment Nike, le 721e GAG, est rentré des Etats Unis en Juin 1959. A l’exception de huit techniciens devant poursuivre sur le tout premier stage de transmissions de données (AN/TSQ 38), l’ensemble des personnels a rejoint la garnison de Karlsruhe en RFA. Puis, l’implantation des batteries de tir et du PC du régiment s’est faite sur des sites aménagés sur le camp militaire de Stetten A. K. Mark pour le PC, le détachement de soutien renforcé et la 1ère et 2ème batterie (personnels de l’Armée de terre), sur le camp militaire de Münsingen pour la 3ème batterie (Armée de terre) et Friedrieshafen, sur les rives du lac de Constance pour la 4ème batterie (Armée de l’air). Six mois plus tard deux batteries, la 1ère et la 2ème passaient les tests opérationnels avec succès et étaient intégrées aux autres unités formant "la barrière de défense Nike". Les deux autres allaient suivre peu de temps après. Il y avait toujours une batterie en état d’alerte à "5 minutes", une autre à "30 minutes", une troisième à "deux heures" et la quatrième "en maintenance".

Écoles à feu.

Il n’y avait pas encore de champ de tir en Europe dans les débuts des années 60. De ce fait, toutes les unités dotées du système NIKE allaient faire leurs tirs opérationnels aux Etats-Unis, à Mac Gregor Range. Ces écoles à feux étaient réalisées sur des équipements en place sur le champ de tir et duraient deux semaines pour les quatre batteries. Elles ont eu lieu en fin septembre 1960 et en octobre 1961.

La relève.

Il est difficile de dire quand les états-majors ont finalement opté pour que le système NIKE passe entièrement sous la coupe de l’Armée de l’air [7]. Sans doute fin 1960 ou début 1961, au moment où émergeait pour les troupes de l’OTAN, le système de défense basse altitude HAWK [8]. En effet, dès l’été 1961, les personnels techniciens de l’Armée de terre des 1ère et 3ème batteries du 721e GAG ont commencé à être désignés pour un nouveau séjour aux USA sur ce systèm [9] et ils ont été remplacés par du personnel de l’Armée de l’air. Ainsi, le premier régiment NIKE passait sous commandement Air et seule la 2ème batterie de Münsingen restait encore servie par les artilleurs. Le 721e GAG avait vécu et laissait la place à la 60e brigade de défense aérienne.

(JPG)
Insigne de la 60è Brigade d’engins

[1] La responsabilité d’emploi en France était encore, comme avant-guerre, liée aux altitudes d’interception.

[2] Les « superviseurs » tels qu’identifiés par la suite dans le Hawk.

[3] Destiné à l’origine à assurer la défense du continent et des grandes villes américaines.

[4] Version nucléaire du NIKE par opposition à la version AJAX.

[5] Uniquement pour le missile Nike Ajax.

[6] Toutes origines constituaient ce bataillon (artillerie, parachutistes, intendance) particulièrement hétéroclite.

[7] Considéré comme un "Intercepteur", il paraissait normal que ce système soit entièrement intégré dans la "Défense aérienne" du territoire et de ce fait servi par l’Armée de l’air qui l’utilisait à partir des centres de contrôle aérien (Drachenbronn).

[8] Le système Hawk, est une unité mobile. De ce fait, il était logique de le confier à l’Armée de terre car il pouvait ainsi faire mouvement avec le Corps de bataille pour y assurer la protection aérienne basse altitude.

[9] Il s’agissait du premier stage de superviseurs qui allaient former l’ossature technique du futur 401e RAA


____________

Base documentaire des Artilleurs