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De l’Antiquité au Moyen Age
 

Des notions acquises depuis l’Antiquité

Une mission permanente

Si l’on veut donner, de l’artillerie, par sa mission essentielle, une définition valable pour tous les temps, on peut dire qu’elle doit assurer au combat l’action des moyens exceptionnellement puissants exigeant des connaissances techniques sortant de l’ordinaire.

Le mot artillerie

Le mot artillerie, qu’on trouve dans des textes français à partir de 1248, vient du latin ars, artis, comme art, artisan, artiste, artifice, et comme de vieux mots maintenant disparus. Artiller, en particulier, signifiait autrefois : armer, fortifier. Un château, un chevalier, un vaisseau « armés en guerre », étaient dits artillés. Colbert encore écrivait :

« Je fais toutes diligences pour artiller les six vaisseaux de Hollande. »

L’artillerie, dès que ce terme existe, c’est à la fois l’art de réaliser et l’art de mettre en œuvre des moyens de guerre sortant de l’ordinaire : armes de puissance exceptionnelle, fortifications, ponts, engins divers, etc. C’est aussi l’ensemble de ces moyens ou de leur personnel. C’est enfin l’atelier dans lequel ces engins sont réalisés et conservés. En ce dernier sens le mot artillerie équivaut au mot arsenal qui vient du bas grec avec probablement la même racine.

Exemples d’engins d’artillerie

  • Bélier

L’Antiquité connaissait déjà des engins exceptionnellement puissants, comme le bélier avec lequel on enfonçait les portes et attaquait les murs, ou comme ces machines qui expédiaient, surtout dans les villes assiégées ou pour leur défense, des blocs de pierre, des traits lourds ou des projectiles incendiaires, avec une force dépassant largement les possibilités du bras de l’homme même muni d’un arc ou d’une fronde.

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Bélier suspendu

 [1]

Les Juifs, peut-être les premiers, ont eu de telles machines. Leur puissant roi Ozias (8 siècles avant J.-C.) « fabriqua à Jérusalem des engins qui avaient été inventés par des hommes experts et qu’on plaçait sur les tours et aux angles pour lancer des traits et de grosses pierres » (Bible, Deuxième livre des Chroniques, 26-15) ; et ce sont peut-être de telles machines qui aidèrent les trompettes à faire tomber les murs de Jéricho (Livre de Josué, 6, 16 à 20).

  • Catapulte

Les Romains et les Grecs, avaient, eux aussi, de tels engins.

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Catapulte

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La force d’éjection de ces machines était parfois tirée de l’élasticité d’une tige (ou de deux, comme dans un arc). Dans les engins les plus puissants elle venait plutôt de la torsion de câbles élastiques assemblés en écheveau. Dans un tel écheveau on engageait une extrémité d’un long bras rigide dont l’autre extrémité jetterait le projectile. C’était la catapulte, engin à tir courbe, lançant généralement une pierre (c’est pourquoi on l’appelait aussi pierrier), mais pouvait lancer un quelconque projectile, incendiaire notamment. On envoyait même parfois, ainsi, dans une ville assiégée, des cadavres d’animaux ou d’ennemi. Lorsque l’engin était tendu par un treuil ou un cabestan, la tension pouvait dépasser 1 500 kilogrammes. Si l’on y ajoutait un système de moufles (mais cela ralentissait considérablement la cadence de tir), cette tension pouvait être doublée. Au moment voulu, un dispositif de déclenchement libérait le système élastique et, à l’instant où le bras ainsi lancé était arrêté par une pièce transversale, le projectile placé dans une cuiller au bout du bras poursuivait sa course. La position de la pièce transversale qui arrêtait ce bras définissait donc l’angle de tir, l’angle, avec l’horizontale, du début de trajectoire.

Selon certains récits, le projectile de catapulte pouvait dépasser 500 kilogrammes (ce qui paraît beaucoup) et être lancé à 300 mètres. Certains prétendent même jusqu’à 1 000 mètres. L’historien Flavius Josèphe, plus sûr, qui assistait au siège de Jérusalem, signale que des pierriers romains y lançaient, à une distance de 4 à 500 mètres, des pierres de 25 à 50 kilogrammes. C’est plus vraisemblable.

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Massada (an 73)
Les Romains attaquent la résistance Juive

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  • Onagre

Plus tard, la catapulte s’allégea sous le nom d’onagre, ce nom pouvant être donné aussi, semble-t-il, à de petites balistes.

Selon l’historien bysantin Procope (VIè siècle), Bélisaire avait fait placer, sur les murs de Rome, des balistes et « d’autres machines propres à lancer des pierres, lesquelles sont analogues à la fronde et sont appelées onagres ». Ce texte permet de penser que ces autres machines utilisaient le dispositif de fronde de ces pierriers que nous retrouverons en Europe au Moyen-Age.

  • Baliste

Dans un autre engin, analogue à l’arc dans son principe (mais très supérieur en puissance), deux bras rigides avaient, chacun, une extrémité engagée dans un écheveau de câbles élastiques. Les deux extrémités libres étaient reliées par une corde (ou une courroie). L’engin était tendu comme un arc - mais par un treuil - et lorsque la corde (ou courroie) était lâchée, elle poussait vivement un trait lourd (ou une pierre). C’était la baliste, engin à tir tendu. Les traits pouvaient avoir 1,50 m à 2 mètres de longueur. Les pierres, projetées avec une grande vitesse, ne dépassaient pas 25 à 30 kilogrammes.

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Baliste de siège

Ces écheveaux de câbles élastiques, sur lesquels reposait la force de ces engins, avaient un diamètre qui pouvait aller jusqu’à trois pieds, et plus...si l’on en croit certains auteurs. Ils étaient à base de nerfs, mais aussi de crins de cheval et même de cheveux.

Dans les armes à torsion de câbles, une dimension donnait une idée de leur puissance (un peu comme le calibre pour les armes à feu) : c’était le diamètre du ou des écheveaux de câbles élastiques ou, plus précisément, celui des trous dans lesquels les extrémités d’écheveau étaient engagées. Un ingénieur militaire romain du 1er siècle avant J.-C., Vitruve, donnait une règle pour déterminer ce que devait être ce diamètre : « Multipliez par 100 le poids de la pierre exprimé en mines (c’était, à peu près, un demi-kilogramme). Extrayez la racine cubique du produit. Au nombre trouvé ajoutez son dixième et vous aurez le nombre de doigts (environ 2 centimètres) qu’il faut donner au diamètre du trou. » Ce diamètre servait de base pour les dimensions de l’engin.

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Baliste à choc

Ces dimensions étaient très fortes. Par exemple, pour une pierre de 40 kilogrammes, la pièce sur laquelle le projectile glissait pour prendre sa direction et sa vitesse devait avoir une longueur de 19 calibres (8 mètres), auxquels il fallait ajouter l’encombrement du treuil qui était fixé au sol en arrière de la machine. Le tout, on le voit, était fort embarrassant et un simple changement d’emplacement ou de direction demandait beaucoup de travail et de temps.

Végèce a écrit, au IVe siècle, que « plus la baliste a ses bras prolongés plus elle pousse loin les traits, et elle perce tout ce qu’elle frappe ». Ammien-Marcellin, lui, écrivait que le trait était « poussé par un choc ». Manifestement ces deux auteurs visaient deux engins très différents. Le second pouvait être du type dont la figure ci-dessus donne une idée claire.

  • Arbalète

A la fin du IVe siècle, probablement parce que les murailles se sont renforcées et ne craignent plus rien des pierres de la baliste, celle-ci ne lance plus que des traits, plus dangereux pour l’homme. Ses dimensions ont diminué (on l’appelle alors scorpion) ; et même certains de ces engins, appelés manubalistes (balistes à main), annoncent l’arbalète.

La légion romaine avait des balistes montées sur roues, traînées par des mulets et servies par onze hommes, dont les traits perçaient toutes les armures. Elle avait aussi des onagres, qui étaient portés sur des chariots.

[1] Bélier suspendu d’après l’Histoire de la milice française du R.R Daniel (1721) (Bibliothèque du S.H.A.T.)

[2] Catapulte d’après l’Histoire de la milice française du R.P. Daniel (1721) (Bibliothèque du S.H. A. T.)

[3] En bas à gauche catapulte en position de tir, baliste en déplacement - d’après l’Histoire de Polybe (1729).


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