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00 - 1916 : Une nouvelle technique du tir se généralise
 

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Dès 1916, la formation aux nouvelles techniques de tir s’impose

Après le défilement, maintenant indispensable, des batteries, une nouvelle technique de tir de l’artillerie est apparue. La batterie ne voit plus ses objectifs, mais le travail des groupes de Canevas de tir permet de la relier topographiquement à l’observatoire et à l’objectif. Sur les plans directeurs munis d’un quadrillage, on situe les points par leurs coordonnées soit directement, soit à partir de points que les groupes du canevas du tir ont déterminés avec une grande précision. Connaissant les coordonnées et l’altitude de la pièce et de l’objectif, on peut avoir la direction, le site et la distance du tir. Les tables de tir, afférentes à chaque matériel et fournies par le constructeur, donnent les éléments pour le pointage des pièces.

Mais il existe des éléments perturbateurs qui exigent d’apporter des corrections aux éléments initiaux des tables.

  • En fonction de son usure, chaque pièce a sa propre dispersion, donc pour concentrer les effets de plusieurs pièces sur un même objectif, il faut en tenir compte. Si on s’en affranchi, l’objectif visé n’est pas battu convenablement et on fait courir un grand danger aux fantassins qui se trouvent au plus près de l’objectif. Pour obtenir l’homogénéité en portée des pièces de la batterie, on procède soit à l’évaluation de ces écarts par rapport à une des pièces choisie comme pièce directrice, soit on effectue un tir de comparaison dit de régimage, soit on procède à une mesure directe de cette usure à l’aide d’instruments de précision. Il s’ensuit l’obtention des corrections à apporter aux pièces, par rapport aux éléments déterminés à l’aide des tables de tir pour la pièce directrice. Pour renforcer l’homogénéité dans une batterie, on s’efforcera d’utiliser des poudres d’un même lot de fabrication et des obus d’un même poids, en faisant ce qu’on appelle le lotissement des munitions. Cette procédure d’homogénéisation doit être conduite entre les batteries constitutives pour un tir de groupe, puis de groupement (groupe de groupe).
  • Il faut encore corriger de la même façon les variations apportées par les conditions météorologiques qui ont une influence sur la portée (température, pression de l’air, composante longitudinale de la vitesse et de la force du vent)) et la direction (composante transversale de la vitesse et la force du vent). La différence de ces éléments et ceux qui ont été retenus à l’établissement des tables permettent d’élaborer, à l’aide de ces tables, les corrections afférentes.

La prise en compte de ces éléments complique la conduite du tir et exige une formation complémentaire des artilleurs ; c’est ce qui est fait en 1916 avec la création de centres d’instruction où le personnel est envoyé pendant les périodes de repos, avant d’être réengagés sue le front [1]. Quelque soit le calibre du canon mis en œuvre et sa portée, l’instruction sur le tir s’uniformise.

D’autres progrès sont à venir jusqu’à ce que l’artillerie pratique le tir d’emblée, ce qui se fera à la fin du XXè siècle.

[1] Cette façon de faire va considérablement accroître l’efficacité de l’artillerie. Il n’est pas étonnant de constater que cette façon de faire reviendra presque un siècle plus tard, dans le cycle des préparations opérationnelles des régiments professionnalisés.


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