L’organisation de l’Artillerie > 1- Des débuts à la fin du XIXè siècle > L’artillerie des deux Empires > Le régiment d’artillerie à cheval de la Garde Impériale sous le second empire >
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La guerre de Crimée (1853 - 1856)

En 1854, le régiment est commandé par le colonel De Rochebouet de Grimaudet avec :

  • 1° batterie : capitaine Bonnin ;
  • 2° batterie : capitaine Chavaudret ;
  • 3° batterie : capitaine Robin ;
  • 4° batterie : capitaine Lafaille ;
  • 5° batterie : capitaine Chatillon ;
  • 6° batterie : capitaine Brisac ;
  • Cadre de dépôt : capitaine Caen.

Les chefs d’escadron sont : Gagneur et De La Fitte.

Les 1°, 2°, 3° et 4° batteries participent à la guerre de Crimée.

Au début de janvier 1855, une brigade de marche de la garde impériale comprenant 3500 hommes sous les ordres du général Ulhrich prend le chemin de la Crimée. Les 1° et 2° batteries du régiment d’artillerie à cheval de la garde impériale font partie de cette brigade et arrivent en Crimée fin janvier, début février 1855. Les deux autres batteries arrivent en juin. Les artilleurs portent une tenue à la hussarde et également l’armement de la cavalerie avec le pistolet et le sabre bancal modèle 1822.

Les 3° et 4° batteries se distinguent le 16 aout 1855 lors de la bataille de la Tchernaïa. Elles font partie de la réserve d’artillerie commandée par le colonel Forgeot qui comprend 6 batteries à cheval dont les 3° et 4° à cheval de la Garde.

Ces deux batteries, regroupant 12 pièces, prennent position en milieu de journée sur une des hauteurs surplombant le pont de Traktir [1]. Elles font face à l’infanterie russe. Bien qu’à portée de l’artillerie ennemie, par la justesse et la rapidité de leurs tirs, elles permettent la déroute de l’armée russe.

La 4° batterie s’est particulièrement distinguée. Voici un extrait de l’historique du régiment : « Avec notre 4° batterie étaient accourues deux autres batteries de la Réserve générale, à savoir : la 2° du 14° qui se plaça à droite de la batterie de la Garde, et la 4° du 1° qui se mit en position plus en arrière. ».

Une évocation de son action se retrouve dans les "Lettres d’un Zouave" :

"Ceux qui été sur le pont de Tractire, nous avions une baterie de la garde qui été placés à bonne portéez à mitrail ; chaque cout quelle tirais, elle balayais le pont très propre. Les Russes se voyais pas deboux, touces été couchez à terre ; la rivière sanjait de couleur ; au lieu d’être de l’eau claire, s’été de l’au rousse.

Cette baterie de la garde, c’est inconsevable le monde qu’ils ont mie aure de combat ; eux, il ont eu du mal aussi, maie quoique cela il ont pas perdut courages ; il ont tenut jusquà la fin. C’est un beaux fait darme pour les Français d’avoir vainqut 80,000 hommes qui montais sur leur positions, les avoir repousser pendant 5 heurs a trois foi différante."

Lors de cet engagement, les trois officiers de la 4° batterie sont blessés. Le capitaine Lafaille, malgré ses blessures, reste au commandement de sa batterie. Après l’action, il est amené à une ambulance dans un état presque désespéré. Le capitaine Lafaille survivra et continuera une brillante carrière dans l’armée.

Pour les autres batteries du régiment, en voici le récit :

« La 3° batterie de Régiment était partie la veille au soir pour faire du fascinage dans la vallée du Baïdar. Rappelée en toute hâte au début de l’affaire, elle peut se mettre en mesure de venir prendre également une courte part à l’action. L’infanterie française ayant franchi le canal et la rivière, charge l’ennemi une deuxième fois à la baïonnette et le rejette définitivement de la Tchernaïa où notre artillerie le poursuit de son feu. C’est alors que la 3° batterie amenée par le capitaine Robin est placée par le Général Faucheux sur les hauteurs, au-dessus du pont de Traktir, près d’une batterie du 12° Régiment, qui engagée depuis le début de l’action avait éprouvé de nombreuses pertes. Le capitaine Robin ouvre le feu à 800 mètres sur les colonnes russes en retraite et leur cause des pertes sensibles.

Dès que le Général en chef avait été informé de l’attaque des russes, il avait fait porter en soutien du Corps d’observation une division du 2° corps, une division du Corps de réserve de la Garde Impériale ; les 1° et 2° batteries du Régiment à cheval suivent le mouvement et le commandant Clappier les amène en arrière des monts Fedioukine. Mais elles restent en réserve et ne sont pas obligées de se mettre en batterie. ».

En octobre, les 1°, 2°, 3° et 4° batteries sont au camp du Monastère.

Les 3° et 4° batteries rentrent en France en janvier 1856. Les 1° et 2° batteries, les premières arrivées en Crimée, devant être rapatriées les premières, ne rentreront que le 22 avril 1856 à Marseille. En effet, selon un ordre général concernant le rapatriement de la Garde Impériale en France, les 3° et 4° batteries du Régiment à cheval, qui seules avaient assistées à une bataille, sont désignées pour partir les premières.

[1] Une œuvre de A. Schreyer décrit la charge de la garde impériale à Traktir, en Crimée, le 16 août 1855.


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