Histoire de l’Artillerie, subdivisions et composantes. > 2- Histoire des composantes de l’artillerie > L’artillerie de Campagne > Le Groupe d’artillerie LECLERC en Bosnie (Juillet 1995 - Décembre 1995) > V. La conduite des feux >
A. Jour J et heure H
 

Jour J et heure H

La pression de la veille n’a pas le temps de descendre au PC TAC d’Igman que l’actualité montre de l’agitation et toute la presse pro-bosniaque s’insurge contre l’absence de réactions de l’ONU. La matinée est consacrée à attendre les ordres de détails, mais il apparaît dès cet instant qu’une action d’envergure se prépare. Avant midi il s’agit de planifier une frappe d’artillerie combinée à des attaques aériennes, dans un créneau de temps limité. Les objectifs doivent nous parvenir de RRFOS.

Début d’après midi, le plan d’ensemble s’élabore et avec le FreBat 5, le groupement opérationnel d’Igman (GOI) programme l’évacuation de deux postes dangereusement avancés en zone serbe : Dupovici haut et Krupac 1. L’un sera abandonné discrètement de nuit et l’autre après la sortie des derniers hommes, devra être détruit à l’explosif.

Les créneaux de tir sont pour la nuit. Il est temps de se consacrer au plan de feux. Seize objectifs sont à traiter. L’un d’entre eux est situé tellement près de la zone des contacts entre bosniaques et serbes que l’on doit se décider à l’abandonner faute de certitude. Un autre objectif est ajouté : le GOLO BRDO un poste d’observation serbe très bien situé et renforcé de mortiers et d’abris. Le général commandant la BMN souhaite que ce premier tir soit un engagement international. A cet effet, tous les lanceurs effectueront le tir en HSO (heure sur objectif). Retour en arrière, les néerlandais viennent de recevoir leurs moyens et se mettent en position le 30 après midi malgré l’absence de munitions. Ils demandent la rétrocession de munitions de mortier de 120 à la France et l’obtiennent. Ils vont s’approvisionner auprès des légionnaires. Ils disposent ainsi de 300 coups dont quelques uns à propulsion additionnelle. Ils tâchent d’être prêts pour le soir.

Pour 20 heures, le plan de feux est prêt et soumis à l’approbation successive du général puis de RRFOS qui souhaite le retoucher. Pas de changement finalement.

Les ordres sont donnés ; dangers prioritaires : la contre batterie, secondaires : l’attaque des serbes par le vallon de Krupac. La répartition n’a pas été difficile ; les objectifs lointains ou très retranchés sont réservés aux AuF1, les objectifs proches pour les mortiers qui devront changer de position dès la fin des tirs et les anglais héritent du reste avec une envie manifeste de tirer beaucoup. Il faut les freiner un peu.

Les consommations sont établies en fonction de l’effet attendu. Les tirs d’efficacité de 155 à 6 coups par pièces soit 24 ou 48 coups et en 120 ou 105 le minimum est de 30 coups en convergence. La destruction d’un dépôt à la caserne de Lukavica est établie sur un mélange d’explosifs retardés et de fumigènes incendiaires de 155. L’autre facteur dimensionnant les consommations, pour le 155, est la capacité de rechargement après tir.

La fenêtre de tir est d’environ 1h30 et il faut à la fin pouvoir recharger en moins d’une heure pour être prêts à nouveau. Les prévisions de consommation amènent à faire préparer 400 coups supplémentaires dans la zone logistique de la batterie. Le TC2 met 2 heures à trier les conteneurs et envoyer les camions aux TC1. Le train de combat est ainsi prêt dans la nuit à ravitailler les pièces après le tir : il a fallu environ 4 heures.

La chronologie comporte à 2h00 l’ordre initial, puis l’évacuation des postes sensibles, les opérations aériennes de SEAD (neutralisation des défenses sol-air), vers 3H30 des frappes aériennes puis à 04h45 B le déclenchement des feux de la FRR jusqu’à 6H15. La suite comporte des opérations de CAS (Close Air Support) en fonction des événements.

La fenêtre est ainsi de 1h30 et le FSCC décide de n’en occuper que 1h15 afin de ménager un délai en cas de difficultés (cf. plan de feux). 23 heures, la veille commence. Les tenues de protections (gilets pare-balles et casques) sont enfilées et l’on scrute le ciel. Vers 24h00 on apprend que les avions ont décollé. Attendre... Pas d’agitation du côté serbe. A 2 heures le 30 août, il fait frais dehors, les avions passent dans le ciel en vrombissant et sans toujours les distinguer, on voit très bien les éclairs des armes sol-air qui volent telles des feux d’artifices. Grand spectacle. Compte rendu : Krupac 1 a sauté, Dupovici est en cours d’évacuation...

Commentaires :
D’une simple veille précédant l’action tant préparée, la soirée puis la nuit se déroulent avec comme principal dénominateur un silence et une concentration grandissants, l’inquiétude de la suite. En effet dans l’après-midi, en visitant le PCR actif et une position de section déployée au voisinage, le général Cdt la BMN observe la chute d’un obus serbe à quelques centaines de mètres. Intimidation, hasard ou réglage ? La contre batterie représente pour la BMN le risque majeur et il est impératif que la mobilité soit utilisée au mieux. Les 155 et les mortiers se déplaceront dès la fin des tirs. Les 105 tractés du fond de leurs trous s’abriteront le mieux possible.
Comme chef du FSCC, le plan de feu est entre nos mains. Les britanniques sont pressants mais le chef de corps est en congé. Je réussis à convaincre et je mets les 155 au diapason de la BMN. Les PCR sont surpris de recevoir des ordres de tirs 0101,0102 etc... mais ils comprennent vite et s’alignent. Le sondage est en panne. Le bulletin météo britannique fait l’affaire. Les réglages des tirs à faire seront opérés par les observateurs disponibles et la traduction faite au FSCC : un peu long mais sûr.

La préparation des munitions représente une tâche essentielle et longue dans le processus. La quantité qu’il est prévu de tirer (200 à 500 coups soit 0.2 à 0.5 UF) dépasse l’emport des AuF1 et surtout la variété des munitions qui exige de conserver à bord quelques fumigènes et quelques éclairants, ne laisse que 30 à 36 coups explosifs disponibles. Le commandant d’unité est donc amené à faire préparer des munitions dans des dépôts mobiles a base deux TRM 10000 avec des munitions prêtes dans les conteneurs. Pour cette préparation, il aurait été fort utile de disposer d’un « plateau atelier de munitions » tel que le projet existe depuis cette année.

Les objectifs étant souvent installés dans des bunkers ou des tranchées creusées depuis longtemps, il est nécessaire d’utiliser des fusées à retard (genre PDM 557). La part de ces fusées dans les lots est un peu juste et le TC2 déstocke plusieurs palettes complètes pour récupérer une petite avance de fusées de ce type. Les autres tirs sont traités avec un mélange de percutants instantanés et de fusants radioélectriques avec des fusées Ralec F3.

Article suivant


Retour au plan interactif


____________

Base documentaire des Artilleurs