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3- L’attaque du 14 Novembre - conquête de Belfort.
 

L’attaque du 14 novembre - conquête de Belfort

Le front de la 2ème D.I.M. est jalonné par : la cote 403 (1km Ouest de Beutal), Faimbe, la lisière Est de la forêt de Courchaton, Courbenans, Mignafans, Mignavillers.

C’est par une attaque du 2ème C.A. en direction de Giromagny que le Général commandant la 1ère Armée envisageait la conquête de Belfort. Mais après la prise de Cornimont, la progression du 2ème corps est arrêtée et un débordement de Belfort par le Sud-Est est à l’étude. Bientôt l’opération est décidée dans ses grandes lignes. La 2ème D.I.M. doit mener l’action de rupture en attaquant sur l’axe Geney-Arcey. La 5ème D.B. qui marche dans ses traces, s’engagera dans la brèche ouverte et passera à l’exploitation. Trois Groupements tactiques seront mis en ligne.

Pour la phase de rupture, l’A.D./2 sera renforcée par l’Artillerie de la 5ème D.B., le III/64, le I/68 (appui direct), le I/65, le I/66 et le III/66 (action d’ensemble).

Les reconnaissances des groupes sont menées le plus discrètement possible. L’occupation des positions ne doit commencer que 4 jours avant l’opération. Mais, par suite du mauvais temps, le jour J est indéfiniment reporté. Enfin, le Général de Division décide d’attaquer le 14 novembre. Le temps ne s’est pas amélioré. Des documents capturés indiquent la présence de nombreux champs de mines. Dans ces conditions défavorables, l’attaque de la 2ème D.I.M. est prévue comme une action de diversion à objectif limité. En réalité, elle se transformera en véritable succès.

L’heure H est 12 heures. L’attaque est précédée d’une préparation d’artillerie de 40 minutes à laquelle participent tous les groupes. Le Général Oschmann, commandant la 338ème Division Allemande est surpris par cette préparation alors qu’il effectuait une reconnaissance dans le bois du Cédrier. Il est mortellement blessé, par un obus du IV/63 semble-t-il, et sa sacoche sera une source précieuse de renseignements. À midi les trois régiments d’infanterie se lancent à l’attaque et occupent Marvelise, Onans, Bretigney, Montenois, Beutal. Le Capitaine de Valence, observateur avancé du I/63, contribue largement, par ses tirs, à la prise de ce dernier village.

Le 15, une nouvelle préparation d’artillerie, de 20 minutes, précède la prise de Gemonval. Le 4ème R.T.M. occupe les Baraques, le 5ème R.T.M. Lougres. La 5ème D .B. est engagée. Le 16, Sainte Marie est prise malgré une résistance acharnée après trois préparations d’artillerie successives...

Le 17, le Groupement Nord reprend l’attaque sans désemparer en vue de faire tomber l’important centre de Saulnot. Là encore, les artilleurs de première ligne se signalent par leur intrépidité. Par suite d’une omission dans la transmission du plan de feu à l’intérieur du Régiment d’Infanterie, le II/4ème R.T.M. se trouve pris, sur sa base de départ, sous le feu d’un violent tir ami de 155, ce qui provoque un certain flottement chez les tirailleurs à l’heure de l’attaque. C’est alors que le Lieutenant Delsuc, observateur du II/63, suivi de son détachement de liaison, et le Chef de Bataillon Dayer, désireux d’effacer les effets de ce regrettable incident, s’élancent à l’assaut de la cote 422, dite de Milleremont. Galvanisé par cet exemple, le Bataillon reprend sa marche en avant. Arrivé le premier sur l’objectif le Lieutenant Delsuc a la satisfaction d’y faire un prisonnier allemand.

L’ennemi n’a pu se rétablir et nos chars ont débouché. La rupture est un fait accompli, l’exploitation commence. Les champs de mines, à peu près connus grâce aux documents capturés, ont été contournés et n’ont pas causé beaucoup de pertes. Par contre, la neige recouvre le sol et le froid est intense.

Le 17, la Lisaine est atteinte à Béthoncourt et Montbéliard. Le Lieutenant Gien, observateur du I/63, qui s’est signalé lors de la prise de Lougres, entre dans Montbéliard sur un char de tête où il est monté pour appuyer au plus près la progression.

Le 18, le Groupement Centre est arrêté par le fort du Mont Vaudois. Les Allemands n’y disposent pas d’artillerie, mais de nombreuses armes automatiques et de « Panzerfaust » pour la défense anti-char. Presque tous les groupes participent le lendemain à une préparation d’artillerie massive qui doit précéder l’attaque du fort. Mais celle-ci échoue malgré la quantité énorme de munitions dépensées.

On pourra constater quelques jours plus tard que les murailles bien protégées par la contrescarpe n’ont pas souffert, que les dégâts sont minimes et conclure qu’il eut été vain de s’obstiner. Même les coups de 240 de l’artillerie américaine ont été inefficaces. On se contente pour le moment d’investir le Fort. L’aide du Génie de choc sera demandée à l’Armée. En fait, les occupants, se sachant dépassés et conscients de leur inutilité se rendront dans la matinée du 21. Le même jour, le Fort du Bois d’Oyes, qui a longtemps arrêté la progression du 8ème R.T.M., est occupé.

Cependant, une partie de la ville de Belfort englobant le château, résiste toujours. Le Groupement Nord qui a attaqué le 19 en direction de Chalonvillars, appuyé par le II/63, le I/68 et le II/64, a progressé assez facilement. Il s’est emparé dans la nuit du 19 au 20, du redoutable Fort du Salbert, grâce à un coup de main audacieux des commandos, et est entré le 20 dans les faubourgs Nord de Belfort.

Une tentative d’encerclement de la ville échoue le 23, malgré des tirs nourris d’artillerie. Une pluie diluvienne a fortement gêné les opérations. Mais le 25 dans la matinée, l’ennemi décroche, les Forts de la Miotte, de la Justice, des Hautes et Basses Perches tombent entre nos mains. Belfort est entièrement occupé.

Le 24, un tir de 105 s’est abattu sur le P.C. du III/63. Le Lieutenant Cayeux, six sous-officiers et canonniers ont été blessés.

Prise de Thann

La prise de Belfort marque une étape importante. La progression pourra reprendre désormais sans être gênée par une ligne de forts. Trois groupements sont constitués. C’est le Groupement Nord (4ème R.T.M., 8éme R.C.A., Combat Command n°6) qui reçoit la mission principale. Un Groupement d’artillerie d’appui direct (II/63, III/62, I/I, I/RACAOF) commandé par le Lt-Colonel Dufourt lui est donné. Le Groupement Centre (8ème R.T.M. et F.F.I.) est appuyé par le III/63, le Groupement Sud (5ème R.T.M.et F.F.I.) par le I/63.

Le prochain objectif de la Division est Thann. Mais, la résistance ennemie étant encore sérieuse, une attaque coordonnée sera nécessaire. Prévue pour le 27 novembre, elle doit débuter par une action préliminaire du Groupement Nord : enlèvement de nuit, par surprise, des passages de la voie ferrée. Cette action échoue et l’attaque est remise au lendemain. Après une préparation de 30 minutes effectuée par les quatre groupes d’appui direct ; le Groupement Nord s’empare de la moitié sud de Lauw et du Sugenkopft. Les autres Groupements franchissent la Doller le 29. Le 30, l’ennemi réagit par de violents tirs d’artillerie et lance une contre-attaque sur Bourbach-le-Bas. Celle-ci est arrêtée net par les tirs d’artillerie et les tanks destroyers du 8ème R.C.A. Cinq chars ennemis sont incendiés. Le 1er Décembre, le Groupement Nord est à 1500 mètres de Bischwiller. Au Sud, un rassemblement de blindés allemands entre Aspach et Pont d’Aspach est dispersé par un tir du IV/63.

Mais depuis quelques temps les munitions sont comptées. La progression des armées qui ont débarqué dans le Sud de la France a été beaucoup plus rapide qu’on ne l’avait prévu. En raison des grandes distances à parcourir entre les ports et la zone de combat, l’essence manque et le ravitaillement en munitions est difficile. À partir du 1er décembre, la consommation est limitée à 20 coups par pièce, sauf en cas d’attaque. En outre, la pluie a transformé les routes en bourbiers. Aussi, les opérations sont réduites jusqu’au 7 Décembre.

Le 7, les trois groupements attaquent. Une allocation supplémentaire de munitions d’artillerie a été consentie et une préparation d’un quart d’heure précède l’attaque de chaque Groupement. Le Groupement Nord s’empare du Faubourg Sud de Willer et de Bitschwiller. Le Groupement Centre s’empare de Rammersmadt, le Groupement Sud est arrêté par des tirs d’artillerie sur le Pont Bailey construit à Pont d’Aspach. Les batteries ennemies sont réduites au silence dans l’après-midi grâce aux Piper-Cubs. Le 8, la Thur est franchie. Willer et Thann (sauf Vieux Thann) sont pris. Les Allemand réagissent violemment et lancent trois contre-attaques, toutes stoppées grâce aux tirs d’arrêts d’artillerie. Un char allemand a été incendié.

Notre infanterie occupe maintenant Thann et Bitschwiller, mais l’ennemi tient encore les hauteurs au Nord de ces localités à moins de 2 kilomètres de celles-ci. Le P.C. du Lt-Colonel Dufourt à Bitschwiller est encadré par des tirs de mortiers, des mitrailleuses lourdes prennent à partie les véhicules qui circulent aux abords de Thann. Aussi, la Division ayant reçu l’ordre de se mettre sur la défensive, le Général décide de s’emparer d’abord des hauteurs les plus proches. Et pendant plusieurs jours il ne sera question que du Staufen, de l’Ameselkopf, du Brandwaldkopf, du Rangenkopf, du Rosenbourg, du Krummbachkopf, de l’Oberfeld et du Kurrenbourg.

Mais l’ennemi défend ces pitons avec acharnement. Il ne se résigne pas à nous laisser ceux que nous avons conquis et lance parfois l’effectif d’un bataillon pour les reprendre. C’est ainsi qu’après avoir réussi un coup de main sur le Staufen le 9, un bataillon allemand attaque la Rosenbourg le 10 au petit matin. Il s’en faut de peu que le Commandant du II/8ème R.T.M., qui a installé son P.C. avec les premiers éléments dans un ancien abri caverne de la guerre de 14-18, ne soit pris. Les Allemands sont arrivés à vingt mètres du sommet, d’où le Lieutenant Golliez de Wippens, Officier de liaison du III/63, n’a que le temps de demander le tir d’arrêt pendant que les balles sifflent autour de son poste de radio. Deux contre-attaques du même bataillon allemand sur le Rosenbourg sont repoussées le 10, avec le concours de l’artillerie du Groupement Dufourt. Une autre, sur l’Oberfeld, nous reprend le 11 une petite croupe au Nord du sommet. Le Brandwaldkopf nous est repris le 12. Une contre-attaque nous enlève le Rangenkopf le 13 dans la matinée. Ce sommet est repris par notre infanterie dans l’après-midi. Le 14 une contre-attaque sur l’Oberfeld est arrêtée par les feux du I/63.

L’A.D./2 joue un grand rôle dans l’appui de ces petites opérations et inflige à l’ennemi des pertes très sévères au cours de ses contre-attaques. En particulier le 13, après avoir repris le Rangenkopf, nos tirailleurs dénombrent 59 cadavres allemands victimes de nos obus. Les remerciements des fantassins sont ce jour-là la meilleure récompense des artilleurs.

Les batteries allemandes ne sont pas inactives. Le Rangenkopf à peine repris, des tirs violents s’abattent sur nos positions. Un Piper-Cub du IV/63 arrive à en situer l’origine et réduit les batteries au silence. Le 12, huit batteries sont repérées par les Cubs et efficacement contre battues.

Cependant notre infanterie est épuisée par les 35 jours d’efforts qui lui ont été demandés. Les petites opérations en cours n’amènent aucun résultat. Les pitons changent de mains, mais la situation ne varie guère. La pénurie de munitions d’artillerie ne permet pas de lancer une attaque. Renonçant à la conquête des hauteurs voisines de Thann, la 2ème D.I.M. se met en position défensive. Elle y restera un mois pendant lequel aucune action n’est à signaler. Seuls quelques tirs d’artillerie de part et d’autre viennent troubler le calme du secteur. Le 18 janvier un obus tombe sur le P.C. du 8ème R.T.M. Le Capitaine Filliol, officier de liaison du III/63 auprès de ce régiment est tué.

Depuis le 14 Novembre, début de l’offensive sur Belfort, 174.000 coups de 105 et 54.000 coups de 155 ont été tirés par l’ensemble de l’artillerie appuyant la Division.

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