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Montée en ligne

San Angelo d’Alife n’est que l’avant dernière étape. Déjà, le bruit du canon s’y fait entendre, déjà la guerre est proche. Mais le stationnement y sera de courte durée, car la 2ème D.I.M. relèvera, à partir du 8 Décembre, la 34ème Division américaine.

Les commandants des groupes d’Artillerie commencent leurs reconnaissances le 4 Décembre, tandis que le Général Poydenot rend visite au Brigadier Général Stanford, commandant l’Artillerie de la 34ème D.I.U.S., et décide d’adopter initialement le dispositif américain.

L’A.D. reprendra le P.C. de l’usine électrique de Colli.

Le 8 Décembre, le Capitaine Declercq arrive en précurseur au P.C. du Brigadier Général Stanford au moment où un bombardement prend fin. Un cadavre est étendu sous l’aqueduc. Au P.C. les officiers sont en casque. Le Général Stanford déclare : « J’espère que nous serons un peu plus tranquilles maintenant, car j’ai ordonné une contre-batterie. » Mais a-t-il pu situer la batterie allemande en action ? « Oh ! répond très sérieusement le Général Stanford, je tire sur toutes les batteries. » La contrebatterie générale est en effet mise en œuvre par les américains dès que le tir ennemi devient trop intense ou trop gênant. N’est-ce pas le cas et les Allemands ne sont-ils pas bien imprudents de s’en prendre au Commandant de l’Artillerie lui-même ?

Dans la nuit du 8 au 9, les premiers bataillons d’infanterie montent en ligne. Dans la nuit du 9 au 10, l’Artillerie commence à occuper ses positions. Le I/63 et le II/63 se mettent en batterie sans incidents. Enfin dans la nuit du 11 au 12 la relève est complète et le 12 Décembre à 15 heures le Brigadier Général Stanford passe son commandement au Général Poydenot.

Tout l’E.M de l’A.D. a rejoint le nouveau P.C. de l’usine électrique.

Et le plus naturellement du monde, sans heurts, sans affolement malgré la nouveauté, la 2ème D.I.M. se trouve face à l’ennemi qui ne s’est aperçu de rien.

Longs convois de camions, embouteillages inévitables, première expérience des tirs de harcèlement ennemis, voilà par quoi s’est traduite la montée en ligne.

Sur la position, l’artilleur se heurtera immédiatement à un obstacle nouveau : la boue liquide et visqueuse contre laquelle il ne cessera plus de lutter. Sans doute, il en a déjà souffert, il lui a parfois fallu des manœuvres de force compliquées pour sortir son matériel enlisé. Mais cette fois il s’établira dans la boue, il y vivra. Elle envahira ses abris, elle transformera en trous informes ses alvéoles de pièces. Et lorsque, à grand renfort de pierres et de madriers, il croira enfin avoir construit quelque chose de solide, les premiers coups de canon se chargeront de le désillusionner. La boue, lentement, perfidement, absorbera l’ensemble. Tout sera à recommencer. Travail de Sisyphe, travail obscur, travail sans gloire ! Travail nécessaire pourtant dont dépendra l’efficacité du tir, et peut-être le succès des opérations.

Pour les Commandants de groupe et les Commandants de batterie, un autre problème se pose. Les positions, occupées de nuit, ne sont qu’imparfaitement défilées. L’ennemi tient les crêtes dominantes et il n’est pas facile de se soustraire à ses vues. Le II/63 en subira bientôt les effets. La position qu’il occupe est à quelques centaines de mètres du P.C. de l’A.D. Chacun sait que des obus y sont tombés le 8 et le 9, ceux même qui ont provoqué la réplique du Général Stanford. Le 10, quelques coups atteignent en plein la 5ème batterie, et le groupe a son premier tué. La confection des abris est activée. Le 11, à 14 h 10, un sifflement et un éclatement longuement répercuté viennent troubler le calme d’une magnifique journée. Un petit nuage blanc, suivi de plusieurs autres, de plus en plus bas, semble indiquer un réglage. Mais quel est l’objectif ? La position du groupe ou le pont du Volturno qui se trouve 300 mètres en arrière ? La réponse arrive, brutale, quelques minutes plus tard : Pendant près d’une demi-heure, une concentration remarquablement mise en place et telle que les Allemands en envoyèrent rarement par la suite, une pluie de quelques 300 obus de 105 et de 150 s’abat sur le groupe. Pas de doute possible, celui-ci est visé. Mais l’effet de surprise n’a pas joué : les hommes, avertis par le réglage, se sont rapprochés de leurs abris. Dans la petite maison du P.C.T., en plein dans la zone de réception, chacun cherche les angles morts. La chaleur des explosions se fait sentir à l’intérieur de la maison. La concentration prend fin, mais l’ennemi, rompu aux astuces de la guerre, sait bien que tout le monde va sortir pour faire le bilan. Pendant près de 2 heures des rafales de 4 à 8 coups arrivent à intervalles irréguliers. Ce sont les plus meurtrières. Un téléphoniste parti réparer les lignes est tué. Et lorsque le dernier éclatement a déchiré l’air, lorsque le paysage a retrouvé son calme, on compte 7 morts et 7 blessés. C’est sévère pour un début. Pourtant il faut rester là, aucune autre position ne permet d’assurer convenablement la mission. Mais une résolution se lit sur tous les visages : l’ennemi paiera chèrement les morts du II/63.

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