Les Artilleurs et les Traditions > 7- Témoignages d’artilleurs au combat > Indochine (1951-1952) : Lieutenant André ROUX >
2- Arrivée sur le théâtre d’opération
 

SAIGON (3 - 7 août 1951)

Accueil spartiate. Des camions G.M.C. attendent sur le quai. Celui qui m’est indiqué me conduit au « Camp des Mares » une sorte de cercle des officiers où nous nous installons sur des lits de camp alignés dans les couloirs extérieurs. Quelques piastres nous étant distribuées, il me faudra tenir trois jours à Saigon. Je vais découvrir la ville en cyclo-pousse. Elle grouille de vie et l’ambiance n’est pas à la guerre. Il y a sans doute des soldats Viêt-Minh dans la foule, mais rien ne les distingue.

Je profite aussi de ces trois jours pour faire une visite à un directeur de banque connu de notre famille. Il habite une magnifique villa entourée d’un parc ombragé. J’y trouve cinq ou six tables occupées par des couples de bridgeurs en impeccables habits blancs. Malgré mes vêtements militaires un peu fatigués, je suis reçu et choyé comme un prince. Tout cela est bien sympathique, mais où est la guerre ?

VERS LE TONKIN (7 août 1951)

L’avion cargo annoncé attend à l’aéroport de Saigon. Nous sommes une dizaine de militaires à partager l’espace cabine avec de nombreuses caisses. En vol, le bruit des moteurs empêche toute conversation. Très courte escale à Dalat, sans quitter l’avion, puis nous décollons pour Hanoi. Nous survolons des zones montagneuses où les Viêts ont tracé en grandes lettres blanches des inscriptions à la gloire de leur chef Ho Chi Minh. Ils montrent ainsi aux arrivants qu’ils sont les maitres de vastes étendues.

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HANOI (7-8 août 1951)

Atterrissage à Gia-Lam sous une pluie de mousson. Le bureau d’accueil est à vingt mètres, j’y arrive trempé. Une enveloppe m’attend, elle me convoque pour le lendemain matin chez le colonel commandant l’artillerie du Tonkin. Il me reçoit avec sympathie, me fait un rapide éloge du GAC AOF, me dit qu’il est affecté au Groupement Mobile n° 7. Il m’explique qu’une dizaine de groupements mobiles ont été créés récemment par le général de Lattre pour s’opposer au corps de bataille du Viêt-Minh. Chaque groupement est modulable selon la mission qu’il reçoit. Il comprend généralement trois bataillons d’infanterie, un groupe d’artillerie, des moyens logistiques et de commandement, soit un ensemble de 1200 à 1500 hommes commandés par un colonel. Ce sont ces colonels qu’on appelle les « maréchaux » de De Lattre.

Un camion m’attend aussitôt pour me conduire au P.C., poste de commandement du GAC AOF.

Arrivée au P.C du GAC AOF

Le PC se trouve prés de la route coloniale n°2 (R.C. 2) Hanoi-Vietri, aux environs de Vinh-Yen, à trente kilomètres d’Hanoi. Je découvre alors l’état des routes tonkinoises. Les années, les pluies et le Viêt-Minh en ont fait des pistes bourbeuses, praticables pour les véhicules tous terrains et quelques « cars chinois » qui parviennent encore à transporter passagers et bagages sur le toit ou à l’intérieur des véhicules. D’innombrables nids-de-poules remplis d‘eau parsèment le chemin. S’y ajoutent les « touches de piano » ; ce sont des tranchées creusées dans la route, perpendiculaires à l’axe, allant de chaque bord jusqu’à mi-largeur. La nuit, elles sont creusées par la population des villages voisins sous le contrôle du Viêt-Minh, le matin, elles sont comblées par la même population sous notre contrôle. Mais il faut aussi déminer, enlever et détruire tout piège ou objet hostile avant d’ouvrir la route à la circulation. Faire dix kilomètres par heure de moyenne tient de l’exploit.

J’arrive enfin au P.C. du GAC AOF. Le commandant, un chef d’escadron, m’accueille, 35 ans, voulant paraitre sympathique malgré le sourire difficile. Heureux de recevoir un lieutenant, mais s’étonnant que ce soit un anti-aérien, car les Viêts n’ont pas d’avions. Malgré mes solides souvenirs de l’école d’artillerie, il tient à me remettre en selle. Pour cela nous irons sur le terrain. Il me fera régler des tirs par radio sur des objectifs réels ou fictifs. En attendant, il m’affecte à la 2ème batterie de tir que je rejoindrai le lendemain. C’est une des trois batteries de tir du groupe, chacune équipée de quatre canons américains de calibre 105mm en parfait état dont la portée dépasse dix kilomètres.

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