Les Artilleurs et les Traditions > 7- Témoignages d’artilleurs au combat > Indochine (1951-1952) : Lieutenant André ROUX >
1- Prélude à l’engagement
 

VANNES, PREMIERE GARNISON (décembre 1949 - juillet 1951)

Nous sommes quatre sous-lieutenants arrivant au 10éme R.A.A (Régiment d’Artillerie Antiaérienne) de Vannes. C’est notre première affectation après Saint-Cyr et les écoles d’application de l’artillerie.

Nous avons choisi le 10éme RAA car c’est un régiment équipé de matériels de pointe. Tout se passe très bien pour nous, mais après une vingtaine de mois nous demandons à partir pour l’Indochine et devançons ainsi notre départ. En effet de nombreux camarades de notre promotion de Saint-Cyr y sont déjà. Vannes est aussi une garnison de parachutistes qui ne séjournent guère en métropole avant de partir en Extrême-Orient. Il y a eu récemment le désastre de la R C 4 [1] et le Viêt-Minh menace Hanoi, la capitale du Tonkin. Enfin, le General de Lattre de Tassigny que nous connaissons par ses nombreuses visites lors de nos deux premières années d’élèves-officiers, commande en chef en Indochine. Malgré les charmes de Vannes, nous sentons que notre place est là-bas.

LE VOYAGE JUSQU’A SAIGON (13 juillet - 3 août 1951)

En juillet 1951, nous embarquons sur le bateau séparément. Je suis le seul des quatre sur l’Athos II, paquebot des « Messageries maritimes ». Les lieutenants y sont à six par cabine de première classe. Ce n’est pas triste : Repas de qualité, bar, bibliothèque, tables de bridge, chaises longues. Sur le pont, où nous rêvons déjà au retour en France d’ici une trentaine de mois, embarqués sur un luxueux navire « La Marseillaise » nous ramenant via le Japon, Hawaï, Panama, les Antilles. Trois semaines de rêve avant Saigon.

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Paquebot ATHOS II
Des Messageries Maritimes, transformé en transport de troupe

Embarquement à Marseille, sous bonne garde de la gendarmerie. Le quai n’est accessible qu’aux partants. Puis le salut à « La bonne mère » et c’est la Méditerranée calme et ensoleillée qui incite aux vacances. Nouveau salut pour le Stromboli. Deux jours plus tard, arrêt à Port-Fouad, à l’entrée du canal de Suez. L’escale ne dure que quelques heures. La police égyptienne qui encadre le navire, interdit toute descente à terre et feint de nous ignorer.

Après Suez, Djibouti. Nous avons le temps de sauter dans un taxi brinquebalant pour aller se rafraichir d’une bière tiède au « Palmier en zinc » [2] et de pousser à pied vers le centre ville, entourés d’une bande de gosses quémandeurs. Puis c’est l’océan Indien avec un ou deux jours de tempête en quittant le golfe d’Aden.

L’escale à Colombo dure une dizaine d’heures. Pour nous faire entrevoir ce paradis, quelques cars nous emmènent dans les environs. J’en choisis un qui conduit à une plage pour profiter d’une eau à 25 degrés. Ce sera ensuite Singapour laissée au large .Voici maintenant l’Indochine. Nous y entrons par la rivière de Saïgon. Par crainte du Viêt-Minh. il faut fermer les hublots ! Chacun essaie quand même d’y découvrir son premier Viêt ! En vain.

Avant d’accoster nous recevons nos affectations. Pour moi ce sera le Tonkin, au GAC AOF ! Ce qui signifie : « Groupe d’Arti1lerie Coloniale de l’Afrique Occidentale Française ». Je dois le rejoindre dans trois jours en embarquant dans un avion cargo pour Hanoï.

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[1] R C 4 : route coloniale n°4.

[2] Palmier en zinc : Célèbre bistro de Djibouti.


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