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5- Le tir de but en blanc
 

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Cet article est du commandant (er) Charles Monnet, avec toutes les références souhaitées pour compléter votre information.

Le tir de but en blanc

Pour les premiers artilleurs, pointer correctement un canon est primordial, mais pas évident.

Dans un canon, les parois du tube sont forcément plus épaisses au niveau de la culasse (C) et plus fines au niveau de la bouche où se trouve le bourrelet (G).

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Pour atteindre sa cible, le canonnier oriente son canon et prend la ligne de mire (CD). Celle-ci passe par le haut de la plate bande de culasse et du bourrelet. La ligne de tir théorique est la ligne HB qui passe par l’axe du canon, mais du fait de la pesanteur le boulet a une trajectoire courbe (HD). Le boulet coupe une première fois la ligne de mire en E, puis une seconde fois en D. La distance GD est appelée distance de but en blanc.

Le Journal de l’Armée de 1836 donne la définition suivante du but en blanc :

« Le but en blanc est la seconde intersection de la ligne de tir avec la ligne de mire ».

Afin de rattraper cette différence d’épaisseur et d’avoir la ligne de visée parallèle à la ligne de tir théorique, différents dispositifs sont utilisés :

  • un fronteau de mire en chêne posé sur le collet du canon ;
  • un demi collier métallique avec un bouton métallique ;
  • un bouton métallique faisant corps avec le fût.
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Vallière fait supprimer ces dispositifs par l’article V de l’ordonnance du 7 octobre 1732.

Pour un canon, la distance de but en blanc est constante pour une même charge ; par exemple en 1798, avec une charge de ¾ du poids du boulet, pour un canon de 8, cette distance est de 220 toises (429 m) et de 300 toises (595 m) pour un canon de 24 [1]. C’est pourquoi la distance entre l’objectif et le canon est importante pour la justesse du tir. L’artilleur positionnait sa pièce afin que la distance du but en blanc corresponde à la distance moyenne d’emploi du canon.

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Malthus écrivait en 1646 sur la façon de pointer un canon [2] :

« C’est ici où les Officiers le plus souvent sont surpris, car non seulement autant de fois qu’ils changent de pièces, mais autant de fois qu’ils changent de lieu, ausquels ils sont accoûtumez de tirer, autant de fois doivent-ils changer leur point mire ; ce à quoi peu songent : mais seulement prennent leur ligne visuelle rase la platte bande & Bourlet de leur pièce, qui est tellement éloignée de la vraye portée de l’ame de la méme pièce...car je n’ai jamais vu encore, comme je le croi, une pièce d’Artillerie qui ait en le Bourlet de méme diametre que la platte bande... »

Du fait du caractère rudimentaire du mode de visée, les corrections étaient très approximatives : on modifiait au sentiment l’inclinaison du tube. Lorsqu’il fallait tirer en-deçà ou au-delà de cette distance de but en blanc, c’est le tir par ricochets qui était privilégié.

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Avec le système Gribeauval, l’ajout d’un bouton de mire sur la volée de la pièce [3] et d’une hausse ou visière mobile [4], va permettre d’apporter plus facilement une correction. Mais l’adoption de cette hausse (comme celle de la vis de pointage) rencontre des oppositions : beaucoup d’officiers à cette époque sont persuadés, qu’il ne fallait pas faire tirer un canon de campagne au-delà de la distance de but en blanc.

[1] Le nom du canon correspond au poids du boulet que ce canon peut tirer : un canon de 24, tire un boulet de 24 livres.

[2] Source : « Pratique de la guerre, contenant l’usage de l’artillerie, bombes et mortiers, feux artificiels et pétards, sappes et mines, ponts et pontons, tranchées et travaux, avec l’ordre des assauts aux brèches et à la fin les feux de joye... » 1646 par Malthus ( gentilhomme anglais, qui avait servi aux Pays-Bas. Le roi Louis XIII le nomme commissaire général des feux et artifices de l’artillerie de France et ingénieur de ses armées).

[3] On appelle volée d’un canon, la partie de la pièce comprise entre les tourillons et la bouche.

[4] Cette hausse de tir, axiale et réglable, est fixée à la culasse du canon (au dessus du bouton).


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