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Repérage des aéronefs au son

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Les bombardements nocturnes effectués par l’aviation allemande (Gotha, Aviatik, Taube, Zeppelin...) nécessitent une riposte.

De nuit, l’avion ennemi est entendu, mais les projecteurs n’arrivent pas toujours à le localiser, pourtant l’artilleur doit pouvoir tirer.

« Que faire...Se croiser les bras ? C’était sans doute une solution de bon sens. Mais les militaires et les civils qui recevaient les bombes ne l’ont pas admise. Il devenait intéressant de remplacer le tir « au jugé », qui était le plus généralement employé par un tir vraiment scientifique...Le barrage a priori d’une surface étendue étant une utopie, les artilleurs antiaériens ont tout naturellement cherché à utiliser cette chose vague qu’est la direction d’un son. [2] »

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Seul le bruit des moteurs indique la présence de la menace aérienne et les scientifiques cherchent des solutions dans cette direction. Le Bureau des inventions met à l’étude différentes propositions qui n’aboutissent pas toutes. Les matériels mis en service par l’artillerie antiaérienne utilise surtout le procédé de l’écoute binauriculaire. Ces moyens de localisation par l’écoute vont permettre d’assurer un pré-pointage d’un projecteur [3] limitant ainsi la recherche sur un objectif mobile : le faisceau d’un projecteur n’a pas plus de 2 degrés d’ouverture. Il faut donc qu’un appareil auxiliaire apporte une aide au pointage en direction.

Dès 1917, les matériels d’écoute Baillaud puis Perrin permettent de localiser l’avion entendu. L’artillerie antiaérienne, qui pratique des tirs de barrage ou des tirs au jugé, adopte, grâce à ces matériels de repérage, une démarche plus scientifique permettant le tir au son qui reste toutefois imprécis. Ce tir sera exécuté par « rafales extrêmement denses et rapides, séparées par des périodes de silence permettant de reprendre l’écoute [4] ». L’artillerie anti-aérienne qui est une arme défensive ne cherche pas à détruire l’agresseur aérien (si elle y arrive tant mieux) mais doit dissuader et gêner le plus possible les raids aériens ennemis.

Le lieutenant Weil écrit à propos du tir au son : « Tout tir au son est un tir sur zone autour d’une position future moyenne, déduite de la connaissance de la dernière des positions passées repérées par les appareils d’écoute c.à.d. entendue au moment où l’on décide de déclencher un tir (position passée utile). [5] »

Les premiers systèmes d’écoute sont souvent sensibles aux bruits. En mars 1918, les stations d’écoute sont gênées par les bruits que fait au dessus de Paris, l’aviation française de nuit. C’est une des raisons qui font que la chasse de nuit se voit interdite d’action, afin de laisser travailler les stations d’écoute renseignant l’artillerie antiaérienne [6].

Ce sont surtout les bruits basses fréquences (entre 70 et 250 hertz) que font les hélices et l’échappement des moteurs qui sont écoutées, mais la qualité de la réception dépend des conditions atmosphériques (transparence acoustique).

Les renseignements que donnent plusieurs stations d’écoute vont donner une trajectoire, et même l’altitude de l’avion passé et par extrapolation, la position de l’avion futur. Ces paramètres vont permettre de déterminer les éléments de tir.

Deux types de matériels d’écoute sont en service dans l’artillerie antiaérienne, et ce jusqu’à l’entrée en guerre en 1939 : des dispositifs simples, utilisant l’oreille nue et assurant une pré-orientation de systèmes (projecteurs, myriaphones...) et des matériels d’écoute possédant des capteurs et amplificateurs « mécaniques » de sons.

Malgré leur manque de précision et leur portée limitée, les matériels d’écoute seront les seuls qui permettront à l’artilleur antiaérien de pouvoir faciliter le tir la nuit, et ce jusqu’à l’arrivée du radar.

[1] Source : « Le problème du repérage des aéronefs au son » par le capitaine de réserve Baillaud dans la « Revue du Génie » Tome L (janvier - juin 1922) 1922

[2] Source « Tir contre avions et D.C.A. » par le colonel Pagézy dans la « Revue Militaire Française » tome quatorzième janvier à mars 1925.

[3] Pour le commandant Pagézy, en avril 1918, « un projecteur sans appareil d’écoute est comme un canon qu’on chargerait de faire du tir sans lui donner ni appareil de conduite de tir, ni appareil de pointage » (source : « La D.C.A. de ses origines au 11 novembre 1918 » par le chef d’escadron Lucas 1932).

[4] Source : « Historique du 64ème Régiment d’artillerie D.C.A. ».

[5] Source : « Résumé des conférences sur le tir contre objectifs aériens faites au Centre d’instruction d’Ecouen » par le lieutenant Weil, directeur de cours 1918. Ecouen est située à environ 20 km au nord de Paris.

[6] Source : « Organisation de la défense contre aéronefs du camp retranché de Paris » novembre 1918.


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