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La photographie aérienne à ses débuts ?
 

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La photographie aérienne existe depuis bien avant la 1ère Guerre mondiale, comme en attestent les documents qui vont sont ici soumis. Mais il est vrai que l’arrivée de l’avion change complètement la donne et met en sommeil les bonnes idées qui vont vous être présentées. Toutefois, il est intéressant de voir ressurgir les fusées de guerre, développées au XIXème siècle, sur de nouvelles applications. Le concept est moderne au point qu’il ressurgit au XXIème siècle avec les fameux drones. Mais c’est une autre histoire qui vous est racontée plus loin.

Article du commandant(er) Charles Monnet, de l’Association des Amis du Musée de l’Artillerie à Draguignan (AMAD).

Photographie aérienne

En France, les armées de la Révolution avaient innové en utilisant des aérostats pour l’observation aérienne. Les progrès de la photographie incitent certains chercheurs à s’intéresser à la photographie aérienne.

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La publication scientifique « La Nature » publie en septembre 1888, un article sur « un système qui permet d’obtenir une photographie à vol d’oiseau au moyen d’un appareil enlevé par une fusée volante, redescendant en parachute ». Cet appareil « photo-pyrotechnique » est conçu par un artificier nommée Amédée Denisse. Cette photo-fusée est à vocation militaire. L’article affirme que si les aérostats rendent des services aux militaires, ceux-ci utiliseront la photo-fusée qui « opère en quelques secondes, sans exposer la vie de personne, n’ayant pas à redouter le tir de l’ennemi ». L’appareil dispose de 12 lentilles permettant de photographier sous 360°. A la fusée est fixée une cordelette qui permet à l’opérateur de ramener la fusée après ouverture du parachute. Malgré quelques résultats positifs, le projet n’aboutit pas.

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Dans le courant de l’année 1896, Alfred Nobel dépose un brevet en Angleterre et en France (brevet n° 258781 déposé le 11 août 1896) pour “l’amélioration du mode d’obtention de cartes photographiques [1] et de mesures de la Terre ou du sol en utilisant un appareil photographique porté par un ballon, une fusée ou un missile ». En avril 1897 des photos auraient été faites à partir d’une fusée, mais certains pensent qu’en réalité ces photos ont été prises en statique.

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En 1903, Alfred Maul, un ingénieur allemand dépose un brevet [2] pour une fusée « photographique » à usage militaire. [3]

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En 1906, il effectue une présentation aux militaires saxons. La rampe de lancement est démontable et transportée sur un attelage. La fusée de 42 kg atteint une altitude de 600 à 800 m à une distance comprise entre 2200 mètres et 3400 mètres. Durant l’ascension, l’appareil photographique est déclenché et prend une photo sous un angle de 75° vers le bas. Le parachute s’ouvre et l’ensemble redescend (corps et tête de la fusée) (...). En 1907, l’appareil photographique est monté sur une plate-forme gyro-stabilisée. Mais l’emploi de l’aviation militaire pour la photographie aérienne étant plus efficace, ce moyen est abandonné.

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Aux Etats-Unis, le Professeur Goddard, qui sera le « père » de l’astronautique américaine, dépose en 1914 un brevet pour une fusée photographique, bien qu’il explique qu’elle peut transporter aussi une charge militaire. C’est une fusée qui utilise comme « agent propulsif » la poudre noire. Comme Turpin et Unge, il adopte le principe de la mise en rotation de la fusée avant le tir.

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La fusée possède deux étages, la fusée finale est logée dans un tube qui sert de « canon ». Goddard précise dans son brevet qu’on peut rajouter autant de fusées que l’on veut. Il est à noter qu’il met au point une tuyère utilisant l’effet « Venturi [4] » qui permet d’augmenter la vitesse d’expulsion des gaz. L’ensemble est lancée verticalement grâce à un affût. La fusée est posée sur des paliers. La mise à feu théorique de cette fusée, n’est particulièrement pas simple.

Dans un premier temps, il faut lancer électriquement la plate forme gyroscopique sur laquelle est installé l’appareil photographique. La fusée est stabilisée durant son vol par auto-rotation. Celle-ci s’effectue sur l’affût lors de la mise à feu de la turbine à gaz de la première fusée. On peut alors mettre à celle-ci, l’ensemble quitte sa rampe. Lorsque le premier moteur à poudre a pratiquement brûlé, le moteur de la seconde fusée est mis à feu et celle-ci est « dépotée ». En même temps une turbine à gaz est activée afin d’entretenir l’auto-rotation de la seconde fusée. Il suffit d’orienter convenablement, avant le départ, la fenêtre de l’appareil photographique pour que celle reste dans la direction de l’objectif à photographier.

Les études sur cette fusée ne seront pas finalisées, mais serviront plus tard.

[1] Voir à ce sujet le travail de photogrammétrie réalisé par Georges Poivilliers .

[2] Jusqu’en 1908, il déposera en Europe et aux Etats-Unis 7 brevets différents pour cette fusée.

[3] Le texte ci-dessous, présentant la fusée Maul, est extrait de « l’Aérophile » (Revue technique et pratique des locomotions aériennes) d’avril 1915 (1er au 15). Ce document est consultable, dans sa totailité, chez Gallica (Bibliothèque numérique) sur le lien suivant : cliquer ici, pour en savoir plus sur cette fusée.

[4] Du nom de son inventeur Giambattista Venturi. Ce type de tuyère est d’ailleurs appelé « tube de venturi » ou plus simplement « venturi".


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