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Article 5 - Canevas et directions repères
 

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Cet article est extrait du Manuel de l’officier orienteur - édition 1918.

CANEVAS D’ENSEMBLE

Quelle que soit la qualité des Cartes et Plans Directeurs, ces documents ne fournissent pas une base suffisante pour l’organisation topographique du tir et de l’observation de l’artillerie. Il importe que l’Officier orienteur ait à sa disposition, pour ses déterminations de directions-repères et de positions de pièces directrices, un grand nombre de points de coordonnées exactement connues, faciles à voir et à retrouver sur le terrain.

Les points du canevas géodésique et les points calculés des cheminements principaux sont précis, mais en trop petit nombre. La plupart sont souvent difficiles, quelquefois impossibles à identifier actuellement sur le terrain. Les points fournis par la planimétrie de la Carte ou du Plan Directeur sont généralement assez nombreux, mais leur précision est insuffisante. Leurs coordonnées ne sont connues qu’à 10 mètres près dans les cas les plus favorables.

Il est de toute nécessité de déterminer aussi exactement que possible les coordonnées de nombreux points naturels ou artificiels (arbres, balises, piquets) judicieusement répartis dans la zone de déploiement de l’artillerie, et aussi de points naturels dans la zone des objectifs. C’est ce qu’on réalise en calculant, par les procédés de la géodésie, les coordonnées d’un certain nombre de signaux naturels ou artificiels, auxquelles viennent s’ajouter les coordonnées de Repères au sol, obtenues par cheminements calculés. Cet ensemble de signaux et de repères constitue, avec les stations de déclinaison, le Canevas d’ensemble de l’artillerie.

Les signaux artificiels ou naturels, dont les emplacements sont choisis d’après leurs vues, doivent être caractéristiques et faciles à identifier sans possibilité d’erreur.

La densité de ces points est d’autant plus grande que la région est plus voisine du front, - et plus découpée et compartimentée aux vues par les accidents du sol ou la végétation. Dans la zone même des batteries, entre 2 et 6 kilomètres de la première ligne, elle doit être d’environ un point pour 2 ou 3 carreaux kilométriques en région moyenne.

Vers l’avant, dans la zone ennemie, le réseau est poussé aussi loin qu’il est possible au moyen de l’intersection de tous les clochers, cheminées, arbres isolés ou autres signaux bien nets qu’il est possible d’apercevoir de nos lignes.

Les repères au sol sont indispensables dans les régions boisées et dans les zones privées de vues quand la planimétrie y est en même temps très pauvre. Ils sont également très utiles dans les régions découvertes lorsque les conditions de visibilité sont défectueuses (brouillard, pluie, opérations de nuit).

Ils sont distribués suivant des parcours ou cheminements déterminés, dans toute la zone où les batteries peuvent être amenées à prendre position. Un intervalle de 100 à 300 mètres sépare les différents repères constitués par des piquets enfoncés solidement dans le sol, marqués et numérotés d’une manière très apparente.

Les stations de déclinaison sont employées par les artilleurs pour décliner leurs instruments magnétiques (goniomètres-boussoles, théodolites). Ces stations sont réparties dans la zone des batteries ou en arrière, à proximité des chemins d’accès aux positions à occuper.

Les éléments du Canevas d’ensemble ainsi constitué sont mis à la disposition de l’Artillerie par le Groupe de Canevas de Tir, sous forme de schémas, imprimés sur le fond de la Carte au 50.000e quadrillée, et dans la découpure de son tableau d’assemblage.

Ces schémas donnent les coordonnées métriques du plus grand nombre de points possible, les valeurs en millièmes des gisements [1] de visées issues des stations de déclinaison, et le tracé des cheminements.

Au verso du schéma ainsi établi, sont figurés : la désignation et les coordonnées des points qui n’ont pu trouver place au recto, ainsi que tous les renseignements complémentaires nécessaires à l’utilisation du schéma : repèrement des points, silhouettes, etc.

DIRECTIONS-REPÈRES D’ENSEMBLE

Le Canevas d’ensemble sera avantageusement complété par la détermination de Directions-repères d’ensemble.

L’établissement et la détermination de Directions-repères d’ensemble pour les batteries de renforcement de chaque secteur sont effectués à l’avance de manière à réduire au minimum leurs opérations topographiques.

Ces Directions-repères sont établies à proximité des positions reconnues pour le déploiement de l’artillerie. Elles sont constituées par des alignements, dont les orientations sont obtenues au moyen d’opérations précises, et matérialisées par des jalons solidement enfoncés dans le sol. Ces jalons portent des pancartes où sont inscrits le numéro de la Direction-repère, son gisement, la date de la détermination et la désignation de l’autorité qui l’a effectuée.

Les renseignements concernant les Directions-repères, que le Groupe de Canevas de Tir de l’Armée a vérifiées, sont portés sur le schéma du Canevas d’ensemble dont il est question ci-dessus. Le tracé de chaque Direction-repère (ainsi que son origine et son terme) et son gisement en millièmes sont indiqués au recto. Les croquis de repèrement ou les silhouettes qui seraient nécessaires pour trouver la Direction-repère sur le terrain sont imprimés au verso du schéma.

Remarque. - Le Canevas d’ensemble est d’autant plus dense que la région est plus voisine du front. Il doit être étendu vers l’arrière aussi loin que possible, jusque dans la région des positions de repli, au moins pour ce qui concerne les directions-repères.

[1] La présentation des éléments du Canevas d’ensemble sous forme de schémas est d’un usage très récent ; c’est une conséquence des enseignements des dernières opérations. Ces éléments étaient antérieurement fournis à l’Artillerie par le moyen de fascicules ou de listes avec cartes et schémas annexes.


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