Histoire de l’Artillerie, subdivisions et composantes. > 2- Histoire des composantes de l’artillerie > L’artillerie du Repérage et de l’Acquisition : renseignement d’artillerie. > 0- Historique du Repérage > I- Les origines du Repérage > Organisation et historique des unités > B- Période de l’entre-deux Guerres >
2- Elaboration d’une doctrine d’emploi
 

a. Les buts de la doctrine d’emploi

Elle a pour but essentiel d’optimiser les techniques mises en œuvre et concourt grandement au succès du Repérage. Les textes disponibles sur le sujet sont peu nombreux. L’entre deux-guerres, contrairement à la période de conflit, ne foisonne pas de règlements concernant le Repérage. De plus, la refonte de l’organisation résulte parfois des observations faites au jour le jour, au cours des manœuvres.

Une constante se dégage cependant : il faut à tout prix adapter l’organisation du Repérage à la guerre de mouvement, au même titre que ses techniques. Les combats de la fin de l’année 1918 ont prouvé que le déplacement des sections rend aléatoires les travaux topographiques préparatoires et les transmissions entre les sections, ce qui réduit le nombre et la valeur de leurs déterminations.

C’est d’autant plus inquiétant que, dès le début des années 30, les stratèges militaires prévoient une accélération du mouvement, doublée d’un facteur de surprise dans les conflits futurs. Une étude sur les perspectives du SRA en 1934 [1] précise que le problème posé à tout le renseignement d’artillerie, est différent de celui de la guerre dans le domaine de la contrebatterie. Les adversaires potentiels, échaudés par l’efficacité du Repérage, multiplient les moyens de camouflage et comptent ainsi jouer sur l’effet de surprise en ne se dévoilant qu’au moment opportun sur un nouvel emplacement. Il faut envisager en début de campagne des combats sur des fronts étendus qui impliquent de fréquents déplacements des sections en fonction de l’activité ennemie. Adapter le Repérage à ces nouvelles conditions passe par une réorganisation du SRA, comme des sections de repérage.

b. Au niveau du SRA

Le SRA est en quelque sorte l’organe de tutelle des unités de Repérage au combat. Il faut rappeler que tout repéreur a pour mission de travailler au service du SRA. Celui-ci assure l’exploitation des résultats et surtout guide et coordonne les recherches de ses exécutants. Améliorer le fonctionnement des SRA revient donc à fixer le rôle de chaque organe de repérage, à définir ses conditions d’utilisation en toutes circonstances et, en fin de compte, à le diriger le plus intelligemment possible.

La note du commandement du 18 mai 1919, sur le fonctionnement des organes de repérage en période de mouvement, l’instruction sur l’emploi tactique des G.U. du 02 novembre 1922, puis le Règlement de manœuvre de l’Artillerie de 1933, réglementent tout le renseignement d’artillerie en temps de guerre, dont les unités de Repérage.

Ces directives instituent d’abord le lien entre SRS et SROT, basé sur leur complémentarité technique. Le chef du SRA d’Armée constitue des groupements formés chacun d’une SROT et d’une SRS dont les aptitudes permettent une continuité du renseignement en toutes circonstances. Puis il confie un groupement à chaque SRA de CA qui doit l’employer à bon escient, règle sa mission et son fonctionnement. Le couplage SRS-SROT, appelé Compagnie de Repérage, devient vite une norme. Une décision ministérielle entérine cette création et décide de renommer ces groupements « Batterie de Repérage » (BR) à compter du 1er mai 1929, afin d’affirmer leur appartenance à l’Artillerie.

Ces batteries appartenant à la RGA (Réserve Générale de l’Artillerie) sont donc à la disposition des SRA de CA qui fixent leur modalité de déploiement et d’action durant la marche d’approche, l’engagement et la période de stabilisation. Ils prennent leur décision en fonction des événements mais aussi suivant une procédure prédéfinie.

Dans la marche d’approche, les sections de repérage se déplacent et seuls des postes SROT peuvent se déployer en alternance près de l’axe de progression. Sans faire de repérage précis, ils servent au moins à surveiller continuellement l’ensemble du champ de bataille et amorcent aussi un déploiement éventuel plus sérieux.

Mais dans ces conditions, le renseignement émane presque uniquement de l’aviation. Lors de l’engagement, par contre, le SRA, sous les ordres du général commandant l’artillerie de CA, déploie le premier échelon d’une BR au plus près de la ligne de contact. Au cours de ces opérations, il est à noter que le SRA de l’Armée peut reprendre à tout moment les BR sous ses ordres directs et conserve un droit de regard sur leur répartition, afin d’éviter toute lacune ou double emploi sur le terrain.

Les SRA des échelons inférieurs peuvent étoffer leur personnel, peu nombreux en temps normal, en demandant le concours des spécialistes disponibles aux généraux commandant les Artilleries de l’Armée ou du Corps d’Armée.

Il est également prévu la possibilité de décentralisation des SRA de CA pour faire face à un front trop étiré. Par cette série de mesures, le SRA assouplit donc considérablement son organisation qui peut maintenant s’adapter à toutes les phases de la bataille.

c. Au niveau des batteries de repérage

Le fait majeur est l’union du "son" et de l’"observation terrestre" réalisée avec les Compagnies puis Batteries de Repérage. Alors que les anciennes sections étaient des unités isolées, de RGA, mises en place par l’Artillerie d’Armée, les nouvelles BR sont plus autonomes, plus complètes et la juxtaposition des SRS et SROT permet des économies dans le domaine de la topographie et des transmissions.

Sous le commandement d’un Capitaine, la BR comporte :

  • une section de commandement composée d’un officier des transmissions, d’agents de liaison, d’une équipe téléphonique et radiotélégraphique,
  • une section topographique commandée par un officier ; c’est en fait une section de réglage par coups fusants haut (SRCFH) modèle 1924. Les deux sous-officiers topographes et leurs cinq servants s’adjoignent éventuellement les services de personnels SROT ou SRS. Leur mission consiste à procéder ou à aider à la détermination des coordonnées des postes SRS et SROT. Ils préparent les activités futures de la batterie et collaborent aux travaux topographiques généraux des GCTA,
  • une SROT à trois officiers, six postes et deux centraux,
  • une SRS à trois officiers, huit postes et deux centraux,
  • une équipe de dépannage et d’entretien automobiles,
  • des personnels des services généraux.
(JPG)

L’effectif d’une batterie complète s’élève donc à deux cent cinquante hommes environ, dont neuf officiers.

Ces nouvelles unités sont scindées en deux échelons :

  • l’un marche en tête à la hauteur des groupes d’artillerie d’appui direct et se retrouve directement au contact de l’ennemi ;
  • l’autre reste au service de l’Artillerie Lourde du Corps d’Armée (ALCA), en arrière de la ligne de front où il s’installe sérieusement.

Ce principe de la progressivité de l’installation s’impose comme la principale réponse aux problèmes de la guerre de mouvement. La mise en œuvre des SROT au cours de la marche d’approche, décrite précédemment, trouve son parallèle pour les SRS. Ces dernières recherchent d’abord des bases courtes (six kilomètres) et des postes déjà définis topographiquement. Elles fonctionnent au départ avec les transmissions des SROT qu’elles perfectionnent et élargissent avec la stabilisation du front. En cas de déplacement, le premier échelon se met en marche et colle à la progression tandis que les éléments du deuxième échelon occupent ses anciens emplacements.

Les missions des SRS et SROT évoluent bien sûr en fonction du stade de leur installation. Il est demandé aux premières sections sur place, notamment les SROT, de fournir d’emblée des renseignements sur tout ce qui est visible. Le nombre des informations et la rapidité de leur transmission (et donc de leur exploitation) compensent le manque de précision. Dans ce contexte, même le renseignement négatif s’avère important. Par la suite, les sections améliorent leur installation, complètent leur réseaux d’observatoire, leurs liaisons et peuvent alors recouper et compléter leurs résultats. Leur mission de surveillance rapide du champ de bataille évolue vers l’acquisition d’objectifs et le repérage de contrebatterie.

[1] LCL CARI, op.cit., p. 15 et 16)


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