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L’artillerie automotrice 1914-1918
 

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Le colonel Bonijoly apporte un autre éclairage, plus précis, parfois, que l’article de monsieur Scherer, sans pour autant être contradictoire. Il prend comme source, la revue « Histoire de guerre, blindés et matériel » N°74 de décembre 2006.

1 Origines.

Dans les phases d’exploitation, l’artillerie hippomobile est incapable de se déplacer au rythme de l’infanterie sur un terrain bouleversé par les tranchées et les bombardements.

Pour l’artillerie d’accompagnement [1], le général Estienne propose dès 1915, le véhicule chenillé cuirassé armé d’un canon de 75mm. Ce sont les chars d’assaut Mle 1915 Saint Chamond et Schneider.

Pour l’artillerie lourde de campagne, un premier essai de mortier de 370mm tracté par véhicule chenillé ne donne pas satisfaction car il ne résout pas le problème de la mise en batterie. Il faut porter la bouche à feu sur le véhicule chenillé.

2 Les réalisations : le système Saint Chamond.
Le général Sainte Claire Deville propose l’idée en juillet 1916. Elle est reprise par le lieutenant-colonel Rimailho , sous-directeur des Forges et Aciéries de la Marine et d’Homécourt à Saint Chamond (FAMH).

Le premier affût chenillé automoteur de 1917 porte un canon de 120mm, trop peu puissant pour le poids total de l’engin. Il est remplacé par un couple de véhicules « indissoluble comme Nénette et Rintintin » : une voiture-caisson pourvue d’un groupe électrogène et d’une transmission pétroléo-électrique Crochat-Collardeau, qui fournit l’énergie à une voiture-canon armée d’une bouche à feu de gros calibre. En mouvement, les deux véhicules sont reliés, soit sur route au moyen d’une barre rigide de liaison et d’un câble d’alimentation électrique, soit en tous terrains par le seul câble qui autorise une certaine autonomie de déplacement. Après mise en batterie de la voiture-canon, les véhicules sont séparés. La voiture-caisson se tient à proximité pour assurer l’approvisionnement en munitions de la pièce. En cas de besoin elle se complète en munitions auprès de l’échelon situé près d’une voie de circulation.

Les premiers essais de Roye-Lassigny du 19 au 25 janvier 1918 portent sur les voitures désarmées. Le rapport du 25 janvier 1918 est favorable : « Le matériel se comporte admirablement en tous terrains... Muni de roues caoutchoutées pour la route, trop longues à enlever, voie trop large avec roues, les chenilles n’abîment pas la route ». il préconise de « faire exécuter des essais sérieux aux armées ».

3 L’armement.

  • L’obusier de 220 mm Saint Chamond.

La bouche à feu choisie initialement à l’été 1917 est un obusier de 220 mm Mle 1917, en cours d’études aux FAMH. Le modèle 1918 en dérive.

Caractéristiques :

    • V° : 500 m/s (Mle 17), 560 m/s (Mle 18),
    • Portée max : 13500 m (Mle 17), 15000 m (Mle 18),
    • Angle max : 60°, obus réglementaires du mortier de 220 S Mle 1916,
    • Poids en batterie sur affût chenillé 24 T,
    • Longueur : 6.53 m,
    • Largeur : 2.54 m,
    • vitesse : 5 km/h sur route, 2 km/h en tous terrains,
    • cadence de tir 2 c/min.
    • Voiture-caisson 24 t, 3 T de munitions.

Essais en avril 1918 à Saint Chamond, en mai à Bourges.
Essais opérationnels à Verdun en août.
Rapport du 24 août 1918 très favorable.
Commande du 3 septembre pour l’obusier de 220 ( ?)
Commande de 75 exemplaires du mortier de 220 mm automoteur, (Mle Schneider 1916 ?).
Le 24 octobre, l’obusier de 220 mm Mle 1918 Saint Chamond remplace le mortier Schneider. Espérance de sortie mai 1919.
Le 2 novembre, modification de la commande : le Mle 1917 remplace le Mle 1918.
Le 12 novembre 1918, la commande est annulée.

  • Le mortier de 280 mm TR Schneider.

Saint Chamond propose en février 1918 de monter le mortier de 280 mm TR Schneider Mle 1914 sur sa voiture-affût.

La Commission centrale d’artillerie décide le 13 février de réserver les voitures automotrices chenillées aux calibres suivants :

Elle prévoit le montage du canon de 220 mm L de Schneider sur la voiture affût chenilles Saint Chamond ou sur son char d’assaut [2]

-  Une commande de 75 « voitures artillerie chenilles » est passée le 5 (2 ?) mars 1918. 25 mortiers de 280 mm, 50 canons de 194 mm. 25 mars : achèvement du projet de montage.

-  4 avril : études d’aménagement en cours ; « Elles comprennent en principe la fixation, sur la plate-forme de l’affût-chenilles, de deux rampes de recul avec frein hydraulique et d’un petit affût [3] recevant la partie sur tourillon [4]. Nous avons dû prévoir en outre, à cause du poids plus considérable du matériel, un dispositif spécial de béquilles à plateau destinées à équilibrer l’affût pendant le tir. »

-  25 octobre 1918 : la Commission d’organisation des matériels d’artillerie à chenilles escompte pour le 1° avril 1919, la mise sur pied de :

  • groupes de 3 batteries de 4 pièces de 194 ;
  • groupes de 3 batteries de 4 pièces de 155 GPF [5]
  • groupes de 3 batteries de 4 pièces de 280.

4 Les fabrications.

-  L’armistice intervient avant la sortie du premier matériel de série.

-  12 novembre 1918 : Compte tenu de l’avancement des travaux, la commande est confirmée.

-  9 janvier : les conditions de réception des matériels sont fixées.

-  Avril 1919 : sortie du premier matériel de série. Essais à Bourges plusieurs mois plus tard.

-  L’appréciation sur les matériels automoteurs à chenilles évolue défavorablement : « en l’état actuel de leur organisation (très perfectible), les caterpillars ne sont pas susceptibles d’effectuer de longs parcours sur route. Ils marchent lentement, ils encombrent les itinéraires, ils détériorent les routes et se détériorent eux-mêmes assez vite. Le dispositif envisagé consiste à hisser le caterpillar sur une remorque à roues et à faire traîner le tout, sur route par un tracteur à quatre roues motrices du modèle ordinaire. On peut aussi, pour les gros matériels, envisager l’usage de la voie ferrée pour les grands déplacements ; un dispositif de roues effaçables servirait au parcours sur route restant, ces roues pourraient ensuite, en s’effaçant, laisser reposer sur les chenilles les engins de Saint Chamond et de Schneider. »

-  Avis de la Sous-commission d’informations sur les enseignements à retirer de la guerre en matière de matériels d’artillerie (rapport Franiatte du 20 juillet 1919) :

  • Avantages : « facilité de parcours en tous terrains, grande augmentation de la stabilité au tir. »
  • Inconvénients : « prix élevé, durée de fabrication, poids, bruit, usure rapide des chenilles, détérioration des routes. »
  • Conclusion : « la solution de l’affût chenilles peut être grosse de conséquences pour le système d’artillerie tout entier... Il y a lieu, pour tous les calibres, de pousser les études dans les deux voies de l’affût chenilles et de la traction par engins chenillés, de façon à choisir à bon escient. »

5 La mise en service.

A leur sortie de fabrication, les matériels chenillés sont stockés en réserve de guerre, et pour partie mis en service dans deux régiments (R.A.L.T.) en garnison à Valence.

-   84° RALT  : recrée le 15 juin 1919 à Lyon, transféré à Valence en 1920, devient 184° RALT le 1° janvier 1924.

-   86° RALT  : recrée le 1° juillet 1919 à Lyon, transféré à Valence en 1923, devient 192° RALT le 1° janvier 1924. dissous le 31 octobre 1926, ses éléments rejoignent le 184°.

A partir de 1926, le 184°RALT regroupe tous les matériels d’artillerie sur chenilles.

-  1° et 2° groupes : mortiers de 220 C Mle 1916 Schneider à tracteurs.

-  3° groupe : canons de 194 mm GPF automoteurs chenillés.

-  4° groupe : mortiers de 280 mm automoteurs chenillés.

Mobilisation de 1939, le 184° donne naissance à :

-   184° RALPA (RA lourde puissante automotrice) : 3 groupes de canons de 194 mm automoteurs, soit 36 pièces.

-   192° RALT  : 4 groupes de mortiers de 220 mm à tracteurs, soit 48 pièces.

-   193° RALPA  : 3 groupes de mortiers de 280 mm automoteurs, soit 36 pièces.

6 Les projets.

-  Canon de 380 mm sur chenilles projeté le 3 septembre 1918, abandonné à l’armistice.


-  Mortier ou Obusier de 370 mm sur chenilles, décomposables en fardeaux de 45 tonnes ; projectile de 700 kg dont 70 d’explosif ; portée : 15 km. Etude confiée à ATS et à Schneider. 2 prototypes construits à Tarbes en 1940 : 4 fardeaux, moteur Panhard, châssis du char de forteresse AMX, transmission Alsthom, plate-forme posée au sol sans fosse.

[1] Ou « artillerie d’exploitation ».

[2] Schneider présente un prototype d’affût automoteur pour canon de 220 mm L, une seule voiture. Cette solution n’a pas l’agrément de l’inspecteur général de l’artillerie qui lui reproche l’indisponibilité de la bouche à feu en cas de panne du moteur. C’est pourtant la solution de la voiture unique qui sera adoptée ultérieurement pour les affûts automoteurs d’artillerie.

[3] Masse reculante.

[4] Masse oscillante.

[5] Ne sera pas fabriqué.


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