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01- Ecoles de l’Ancien régime.
 

Les écoles d’artillerie du Corps Royal.

L’ordonnance du 20 février 1720 créé le Corps Royal de l’Artillerie.

La création du Corps royal de l’artillerie étant décidée, il fallait fondre dans ce corps les éléments hétérogènes qui le composaient. Pour donner à ceux qui entraient dans la carrière une formation technique solide on créa auprès de chaque bataillon une école d’artillerie. L’école dispensait tous les matins une instruction théorique ou pratique : trois fois par semaine trois heures de théorie, trois fois par semaine cinq heures d’exercices pratiques. Deux cadets par compagnie suivaient cette instruction ; des volontaires sans appointements pouvaient s’y joindre, ainsi que ceux des bas-officiers et des hommes de troupe qui le désiraient et que le commandement jugeait aptes. Quant aux officiers, ils étaient astreints à suivre des cours, à présenter des mémoires, à exécuter des travaux se rapprochant le plus possible des conditions de la guerre, sans se limiter à une spécialité. Nul lieutenant ne pouvait être nommé capitaine en second, nul capitaine en second ne pouvait passer capitaine en premier sans avoir passé un examen le montrant capable de commander tous les « services ». Des inspections régulières vérifiaient les connaissances des officiers, quelle que fût leur origine, et décidaient de leurs possibilités d’avancement.

Des mesures de transition furent adoptées pour les officiers déjà en service.

L’instruction de la troupe n’était pas négligée : les « apprentis » suivaient une longue formation, vérifiée par une inspection, avant de « passer artilleurs ». Pour surveiller l’ensemble, deux vieux artilleurs, Camus des Touches et Vallière, furent nommés l’un directeur général, l’autre inspecteur général « des Écoles des bataillons attachés au service de l’artillerie ». Avec ces titres différents ils jouèrent le même rôle, chacun dans la zone de responsabilité qui lui était impartie. Après la mort de Camus des Touches, Vallière joua ce rôle sur l’ensemble du territoire. Grâce à leur activité, à leur persévérance et à leur fermeté, en quelques années Royal artillerie devint un corps homogène et bien instruit.

Les écoles avant la Révolution

Sous l’Ancien Régime les officiers sortaient en quasi-totalité des écoles, à l’exception des officiers de fortune issus des bas-officiers. [1]

Avant la Révolution, le plus grand nombre des officiers d’artillerie sortait des écoles de régiment (antérieurement écoles de bataillon), certains de l’école des élèves, d’autres, moins nombreux encore, de l’École militaire de Paris.

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Les écoles régimentaires

Les écoles régimentaires étaient issues des écoles établies, par l’ordonnance du 5 février 1720, auprès de chacun des bataillons qui formaient le Royal artillerie réorganisé. Elles étaient stationnées à La Fère, Metz, Strasbourg, Grenoble et Perpignan. En 1729, l’école de Perpignan avait été transférée à Besançon. En 1756, une sixième école avait été créée à Auxonne et une septième à Toul en 1762. En 1783, l’école de Grenoble avait été transférée à Valence, parce que Grenoble était ville-frontière avec le duché de Savoie et que, disait-on, le roi de Sardaigne ne composait son artillerie que de canonniers français déserteurs.

Le commandant d’école avait autorité sur le régiment (ou précédemment bataillon) qui tenait garnison dans la même ville, et qui changeait tous les deux ans. Dans ces écoles l’instruction était à la fois théorique (mathématiques, avec leur application à l’artillerie) et pratique (manœuvres, écoles à feu, simulacres de sièges). Vallière avait prescrit de faire suivre cette instruction par tous les officiers subalternes. On ne pouvait désormais accéder aux emplois de lieutenant-colonel, major et capitaine du Royal artillerie qu’après avoir reçu cette instruction, sanctionnée par des examens qui étaient passés tous les six mois devant le professeur de mathématiques et dont les résultats étaient transmis au ministre avec les appréciations de l’inspecteur général.

Les élèves de ces écoles étaient, outre les officiers subalternes du régiment, soit des cadets engagés et appointés, soit des surnuméraires qui servaient « à la suite » sans appointements, soit des « aspirants », volontaires qui se disposaient à entrer dans la carrière militaire mais n’avaient pas encore contracté d’engagement. Il leur était demandé de présenter des preuves de noblesse sur lesquelles on ne se montrait guère exigeant : on se contentait de témoignages attestant que la famille du candidat « vivait noblement ». Pouvaient également être agréés les fils ou petits-fils d’officiers du Royal artillerie ou de chevaliers de Saint-Louis. Au bout d’une à trois années d’études, les élèves des diverses écoles régimentaires subissaient un même examen de mathématiques et, en cas de succès, étaient nommés lieutenants en second dans les unités.

Une disposition était particulière à l’artillerie : le commandant de l’école pouvait admettre à suivre l’instruction (celle des cadets et aspirants) les bas-officiers, et même les soldats, qu’il jugeait aptes à en profiter. Cette mesure valorisait le corps des bas-officiers.

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L’école des élèves

L’École des élèves fut fondée en 1756 à La Fère. Elle était commune à l’artillerie et au génie, les deux armes étant alors fusionnées ; mais dès 1758 elle fut réservée à l’artillerie. Les conditions « sociales » d’admission étaient les mêmes que dans les écoles régimentaires : preuves de noblesse, ou fils ou petits-fils d’officier du Corps ou de chevalier de Saint-Louis. Un examen d’entrée, portant sur les mathé- matiques, était commun aux candidats, qu’ils aient préparé cet examen dans une école régimentaire ou autrement. Les études duraient un ou deux ans, et un examen portant encore sur les mathématiques les terminait. En cas de succès, l’élève était nommé lieutenant en second dans un régiment.

Gribeauval fit transférer en 1769 l’école des élèves de La Fère à Bapaume. Il jugeait que la cohabita- tion, dans une même garnison, des officiers de troupe, << buveurs, bretteurs, paillards > », et des élèves ne pouvait que nuire à la formation de ceux-ci. Afin que l’instruction pratique ne fût pas négligée il dota l’école de matériels que demandait son commandant, le chevalier de Gomer, futur inventeur du mortier adopté en 1783 qui porta son nom, et futur membre du comité militaire de l’Assemblée nationale.

Supprimée en 1772, l’école des élèves ne fut pas rétablie lors du retour en faveur de Gribeauval. Il y avait alors pléthore de jeunes officiers d’artillerie. On se contenta d’ouvrir en 1779 six places d’élèves dans chacune des écoles régimentaires. Ce sera seulement à la Révolution que l’école des élèves sera recréée.

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L’Ecole militaire de Paris

L’École militaire de Paris avait été fondée en l75l afin de procurer une éducation militaire à cinq cents jeunes gentilshommes sans fortune, priorité étant donnée à ceux dont le père était mort à la guerre, considérés de ce fait comme « enfants de l’État ». Ceux d’entre eux chez qui on avait décelé « de l’aptitude et du goût pour l’artillerie » pouvaient choisir cette arme. Ils subissaient alors l’examen de l’école des é1èves tant qu’elle exista, et l’examen commun aux écoles régimentaires par la suite.

S’ils réussissaient à l’examen, ils passaient une année dans une école régimentaire avant d’être promus officiers. Si leur examen était très brillant, ils étaient nommés directement lieutenants en second dans un régiment dont le colonel décidait de les « recevoir officiers » après un stage où ils exerçaient les fonctions de canonnier, caporal et sergent et dont il déterminait la durée : c’est cette voie que le jeune Napolioné di Buonaparté a suivie.

L’École militaire de Paris avait été supprimée par Saint-Germain en 1776. Il la trouvait trop ostentatoire : on y élevait les cadets « comme des princes » ; cela ne correspondait nullement à ce que serait leur état de jeunes officiers. Désormais les jeunes gentilshommes seraient instruits dans des collèges « militaires » comme Sorèze, Tournon et Brienne. Tenus par des religieux, ces collèges n’avaient de militaire, outre le nom, qu’une inspection par un officier désigné par le ministre. Après un examen commun à tous ces collèges, les élèves qui l’avaient réussi étaient envoyés directement dans les régiments pour l’infanterie et la cavalerie, à l’école de Mézières pour le génie, à l’école régimentaire de La Fère pour l’artillerie. Ces dispositions ne donnant pas satisfaction, on avait rétabli dès octobre 1777 l’Ecole militaire de Paris, à laquelle on pouvait accéder par ces « écoles militaires » : Brienne pour Bonaparte.

L’École militaire de Paris fut définitivement fermée en 1787 pour des raisons d’économie.

[1] La bonne qualité générale de ces bas-officiers dans le Corps royal a permis à beaucoup d’entre eux d’être promus officiers au cours des campagnes de la Révolution et de tenir leurs fonctions très convenablement, certains avec distinction, voire avec éclat. Il y eut, bien sûr, des choix malheureux parmi ces promotions. Lespinasse écrivait en 1800, dans un rapport au Premier consul, que « dans l’artillerie le tiers des places de lieutenant en second donné à la classe des sergents depuis la Révolution a inondé ce corps d’officiers absolument impropres au service ». Pourtant l’artillerie avait été la première arme pour laquelle un arrêté de la Convention avait précisé, en pluviôse an II (février 1794) : « nul ne pourra être promu aux grades d’officier et de sous-officier s’il ne sait lire ni écrire ». Ce ne fut que huit jours plus tard que ces dispositions furent étendues aux autres armes, ainsi qu’aux grades de caporal... et de général ! Dans son rapport, Lespinasse concluait que l’artillerie ne devait plus admettre, comme officiers, que « des sujets ayant-subi des examens ». C’était revenir aux règles de l’Ancien Régime.


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