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1- Migration progressive vers la notion de système.
 

Les premières grandes évolutions de l’artillerie

Depuis l’origine de l’artillerie jusqu’au début du XXè siècle, l’artillerie se définissait autour des pièces (lanceurs) et des munitions associées dont l’homme tirait directement le meilleur profit pour atteindre ses objectifs.

La pièce était mise en œuvre par l’équipe de pièce et était alignée à vue directe sur l’objectif. La hausse de tir était unique, par construction, donc il n’était pas aisé de faire mouche du premier coup. Il fallait avancer ou reculer la pièce pour atteindre la cible fixée, ou jouer sur la quantité de poudre. Tout reposait sur la compétence du chef de pièce qui ordonnait le tir et qui en appréciait le résultat. A l’époque du boulet, il n’y avait pas d’autre alternative. Puis les munitions se sont diversifiées en même temps que l’emploi de l’artillerie.

D’une artillerie de siège ou de forteresse, on passe dès la bataille de Castillon à une artillerie utilisée en rase campagne qui deviendra tout simplement artillerie de campagne, au cours des siècles (du XVè et XVIIè). L’efficacité ponctuelle du boulet ne suffit plus. On donne un effet explosif à la munition (boulet creux chargé d’explosif) et on y ajoute de la mitraille (éclats) dont l’effet de dispersion donne une meilleure efficacité sur les troupes maintenant visées.

Dans le même temps, on cherche à améliorer la mobilité des pièces, avec des charrois de plus en plus adaptés et la construction de pièces plus légères, capables pour autant de tirer de plus en plus loin grâce à l’évolution parallèle des poudres.

Les règles de construction étant progressivement normalisées (définition de calibres de base, pièces interchangeable, munitions adaptées aux calibres), grâce aux progrès de la métallurgie, on commence à parler de systèmes : pour commencer, le système Vallière, suivi du système Gribeauval, puis le système La Hitte, puis Reffye, puis de Bange et Lahitolle.

Il est désormais possible d’agir avec plus de certitudes sur la portée, donc sur la précision. Pour cela, on imagine des systèmes pour diversifier les hausses de tir. D’abord des cales en bois, puis des vis sans fin, puis un système de hausse gradué. ce qui permet de garder la bonne maîtrise du tir et son réglage.

Ces évolutions sont faîtes en apportant des améliorations progressive sur la pièce et sa munition. Mais le directeur du tir se donne aussi la possibilité de mieux apprécier le tir, en se dotant de moyens d’observations essentiellement optiques (lunettes).

Le progrès suivant sera la maîtrise du recul de la pièce, car la pièce se dépointe entre chaque coup tiré. C’est le canon de 75 qui apporte la solution, qui sera reconduite sur tous les matériels futurs. Un frein hydraulique est ajouté pour réduire le recul et remettre la pièce en batterie. L’affût est désolidarisé du châssis de transport en se déplaçant sur un rail. Cette évolution ajoutée aux précédentes, et amplifiée par la possibilité déjà satisfaite de charger la pièce par l’arrière, avec la généralisation de la culasse, permet d’obtenir des cadences de tir inégalées. Il est désormais possible de renouveler un tir autant de fois que souhaité, sans avoir à repositionner la pièce (direction et hausse).

La désolidarisation de l’affût de son charroi, va ouvrir la porte à des solutions autorisant, non seulement un pointage en hauteur de plus en plus important, mais aussi un champ de pointage en direction sans bouger systématiquement la pièce pour l’aligner sur l’objectif. Ce sont les affûts oscillants puis pivotants qui vont révolutionner les techniques de tir. On peut passer rapidement d’un objectif à un autre, on peut traiter des objectifs surfaciques (larges et profonds) et non plus ponctuels. On peut alors parler d’une capacité nouvelle à manœuvrer les trajectoires, de munitions aux effets de plus en plus diversifiés (explosifs, incendiaires, fumigènes, chimiques).

L’artillerie va alors élargir son domaine d’action dans le domaine visible. En même temps elle fait également des progrès, que nous ne détailleront pas, dans le domaine de la mobilité, mais dont on peut jalonner grossièrement le parcours au travers du mode de traction. Au départ la force de l’homme, puis la force du bœuf, puis le cheval, puis la motorisation. De plus en plus l’artillerie cherchera à manœuvrer au même rythme que les fores appuyées.

Déjà on peut parler de système d’arme, car les technologies nouvelles sont implémentées au fur et à mesure sur l’affût de base, pour en obtenir le meilleur résultat autant pour la mobilité que pour, sa mise en œuvre, et l’efficacité finale obtenue sur les objectifs.

La prochaine étape va constituer à pouvoir tirer au-delà de l’horizon.


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