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1781- L’artillerie française à Yorktown
 

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Article constitué à partir d’extraits de l’ouvrage : Au son du canon, vingt batailles de l’artillerie, ouvrage collectif sous la direction de Gilles AUBAGNAC, EMCC Lyon 2010, 144 p.(Disponible à la boutique du Musée de l’artillerie).Pour bien appréhender le contexte historique plus complet de cette bataille, il convient de consulter cet ouvrage. Seuls les faits relatifs à l’artillerie et à son emploi sont ici rapportés.

A Yorktown, l’artillerie de Gribeauval annonce une ère nouvelle. C’est la première utilisation, en opérations, des canons du nouveau système défini en 1765 : expérimentation et victoire vont alors de pair.

Le contexte

Les troupes britanniques du général Cornwallis sont contraintes de battre en retraite jusqu’au port de Yorktown. Elles y attendent l’arrivée de renforts pour rompre l’encerclement des forces franco-américaines, commandées par le général Georges Washington et le comte de Rochambeau. Étant donné l’importance cruciale de la maîtrise du Sud du pays dans cette guerre, la bataille qui va se livrer s’avère décisive.

Les forces françaises - outre les troupes de La Fayette déjà en place en Virginie depuis 1780 avec 4 500 hommes et dix canons- sont constituées par le corps expéditionnaire de Rochambeau qui a été envoyé par Louis XVI suite à la demande américaine et qui comprend alors 7800 fantassins, 600 cavaliers et 600 artilleurs servant 64 pièces. Ce corps avait embarqué à Brest en mai 1781 pour arriver en Amérique à partir du 10 juillet.

L’artillerie française est aux ordres de François-Marie d’Aboville. Elle est constituée sur la base du 2ème bataillon du 6e régiment d’artillerie à pied d’Auxonne, créé en 1757 et très expérimenté, et comprend 64 pièces (essentiellement du matériel Gribeauval avec les canons de 12, 18 et 24 livres ou des mortiers de 13, pouces) articulées en 9 batteries.

Cette artillerie présente la particularité d’être dotée de matériels de campagne et renforcée de moyens de siège, ce qui s’est avéré particulièrement judicieux et utile lors de cette bataille.

La quantité de pièces effectivement mises en œuvre par les français (64) est légèrement supérieure à celle des Américains (60), mais dans le domaine des calibres, les Français ont une supériorité nette avec 32 pièces lourdes (18 et 24 livres) contre 26 pour les Américains, et 16 mortiers de 16 ou de 13 pouces alors que le calibre maximum des mortiers américains est de 10 pouces. Par ailleurs, la qualité technique des matériels français du système Gribeauval est supérieure à celle des Américains.

Enfin, il ne faut pas négliger l’expérience de Rochambeau en matière de tactique de siège, qui inspire largement à Washington une idée de manœuvre très classique : établir une première parallèle aussi près des ouvrages ennemis que le terrain le permet et, au départ de cette parallèle, en pousser une deuxième jusqu’à distance d’assaut. Durant ces phases de construction de parallèles enterrées, il était indispensable de faire taire l’artillerie adverse pour pouvoir œuvrer en toute sécurité, d’où toute l’importance des appuis alliés.

C’est en particulier le cas lors de la construction de la deuxième parallèle - par endroits à 300 mètres des remparts ennemis - et lors des prises des deux redoutes Est et Ouest, les 13 et 14 octobre, que les artilleries française et américaine démontrent toute leur efficacité par des tirs d’une précision parfaite sur les pièces britanniques embossées dans la citadelle et d’une intensité inégalée pendant plus de deux jours sur les redoutes.

C’est ainsi que, grâce aux appuis massifs et précis de l’artillerie, les Britanniques capitulent, marquant ainsi la fin de la guerre d’Indépendance des États-Unis. Le traité de Paris de 1783 met un terme officiel à cette guerre.

(JPG)

La bataille

Une artillerie efficace et omniprésente

Le 9 octobre, à 3 heures de l’après-midi, les canons français et américains ouvrent le feu. Washington tire personnellement le premier coup. Une pluie de boulets se déverse bientôt sur les fortifications ainsi que sur la frégate britannique « HMS Guadeloupe » qui est rapidement sabordée par son équipage. Les artilleurs reçoivent l’ordre de faire feu toute la nuit afin d’empêcher les Anglais d’effectuer la moindre réparation. Peu de temps après, tous les canons du flanc gauche anglais sont neutralisés par les tirs de contrebatterie américains.

Les défenses britanniques commencent à faiblir. Les désertions se multiplient alors que vivres et munitions commencent à manquer. Le quartier général de Cornwallis est à nouveau pilonné, alors que les navires anglais brûlent ou sont sabordés au port. En outre, une missive de Clinton informe les assiégés que les renforts promis ne pourront appareiller qu’au 12 octobre.

Les 11 et 12 octobre, les alliés creusent un second parallèle afin d’intensifier le feu sur les troupes britanniques déjà exténuées. L’artillerie franco-américaine écrase alors les lignes de défense adverses par un feu nourri et précis.

Le 14 octobre, les tranchées sont à 140 mètres des redoutes orientales. Washington ordonne à tous les canons qui sont à portée de concentrer leur feu en ce point en vue d’un assaut le soir même. Le général américain compte bien utiliser l’obscurité d’une nuit sans lune à son avantage pour surprendre son adversaire. A 6 heures du soir, des manœuvres de diversion sont effectuées pour faire croire à une attaque frontale sur la ville, ce qui cause la panique chez les Britanniques. Le 15, la baïonnette au canon, les Américains et les Français marchent vers leur objectif réel et montent à l’assaut. Les Anglais se font tailler en pièces alors que les mercenaires hessois, pris de panique, se rendent en masse. Les fortifications orientales sont prises. Les alliés peuvent à présent faire feu sur Yorktown depuis trois positions.

Au matin du 16 octobre, Cornwallis tente en désespoir de cause de faire évacuer ses troupes par la rivière York vers le promontoire de Gloucester, afin de s’échapper vers la Virginie. Les navires de transport parviennent à faire franchir le fleuve à quelques compagnies mais, lorsqu’ils retournent vers la rive Sud, une volée de boulets les disperse, rendant l’évacuation impossible. Après ce dernier revers, les Anglais considèrent leur situation comme désespérée.

Le matin du 17 octobre, un tambour anglais fait son apparition sur la ligne de front, suivi par un officier agitant un mouchoir blanc. Le bombardement cesse et les négociations commencent alors. Soucieux d’intégrer jusqu’au bout ses alliés dans la victoire, Washington impose que les Français soient intégrés à chaque étape du processus de reddition. La capitulation est signée le 19 octobre 1781. Les 7 000 hommes de troupe britanniques et hessois sont déclarés prisonniers de guerre tandis que les officiers reçoivent la permission de retourner chez eux, donnant leur parole de ne plus s’impliquer dans le conflit. A deux heures de l’après midi, l’armée alliée entre dans les positions anglaises, les Français à gauche et les Américains à droite.

La bataille de Yorktown s’achève ainsi sur une victoire totale des troupes franco-américaines. Au cours des divers affrontements, les alliés ont eu à déplorer 250 morts et blessés. Les troupes britanniques et hessoises ont perdu, quant à elles, 500 hommes. Élément crucial de la victoire, l’artillerie alliée a emporté la décision, brisant tout à la fois les fortifications et le moral de l’ennemi et lui interdisant toute possibilité de contre attaque ou de fuite.

Dernière grande bataille de la guerre d’Indépendance américaine. Yorktown est une victoire décisive pour les "insurgents" et leurs alliés français. En 1783, au congrès de Paris. les États-Unis d’Amérique voient leur indépendance confirmée par la Couronne britannique.

Voir aussi le récit de l’expédition par le 2ème bataillon du Régiment d’Auxonne


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