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1954-1962 L’artillerie pendant la Guerre d’Algérie
 

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Texte extrait de l’ouvrage : Au son du canon, vingt batailles de l’artillerie, ouvrage collectif sous la direction de Gilles AUBAGNAC, EMCC Lyon 2010, 144 p.(Disponible à la boutique du Musée de l’artillerie)

L’artillerie pendant la Guerre d’Algérie 1954-1962

Sitôt la guerre d’Indochine terminée, l’armée française est engagée en Algérie. L’artillerie doit encore une fois s’adapter à un conflit asymétrique dans des opérations de contre-guérilla alors que son emploi est défini par une doctrine en Centre-Europe face aux troupes du pacte de Varsovie. De nombreux artilleurs assurent aussi des missions habituellement dévolues à l’infanterie.

Une artillerie polyvalente

Les missions de l’artillerie pendant cette guerre sont diverses : maintien de l’ordre et pacification, destruction des bandes armées, isolement des pays voisins par des barrages frontaliers.

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Les artilleurs, avec ou sans canon, s’adaptent à de nouvelles formes de guerre (1954-1957)

En 1954, l’artillerie dispose de quatre régiments en Algérie :

  • le 65e régiment d’artillerie d’Afrique, les 411e régiment d’artillerie, dans l’Algérois,
  • le 66e régiment d’artillerie dans l’Oranais et le 67e régiment d’Afrique dans le Constantinois.

Les groupes les plus nombreux sont les groupes à pied, sans canon, véritables unités d’infanterie. Certains groupes à pied disposent d’une batterie canon et il y a aussi des groupes canons organiques par divisions.

Pour les missions de pacification, il est mis sur pied une artillerie de position analogue à celle d’Indochine (pièces de 75 modèle 97, de 105 long 36, de 155 court 17.

Des unités commando sont créées avec des groupes pour la lutte contre les bandes (on les appelle "commandos de chasse").

Des détachements d’observation (DO) sont mis en place auprès des troupes de surveillance des convois. Parfois, l’emploi des canons de 155 facilite l’assaut d’une position rebelle au milieu des rochers.

Au fur et à mesure de l’envoi des troupes en Algérie, l’artillerie s’accroît.

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Au 1er novembre 1956, elle comprend 48 groupes se répartissant ainsi :

  • 21 groupes du types "bataillons d’infanterie" à quatre batteries à pied ;
  • 21 groupes spécifiquement artillerie à trois batteries à quatre pièces, équipés de divers matériels (canon de 75 de montagne, de 105 long 36, de 105 BF 50, obusiers de 155 HM1 ou 105 HM2, mortiers de 81 ou de 120, associés à des radars anti-mortiers - Q10 et Q4 - ou des projecteurs) ;
  • deux groupes d’artillerie antiaériennes à quatre batteries de quatre canons de 90mm avec des radars Cotal ;
  • quatre groupes de forces terrestres antiaériennes avec deux ou quatre batteries de deux sections de 40mm Bofors.

Les batteries sont ainsi équipées pour 45% de canons, les autres, à pied, renforcent l’infanterie.

A cette époque, la nécessité d’appuis-feux d’artillerie ne se fait pas encore ressentir. L’emploi de l’artillerie se limite généralement à la défense des postes, à des tirs de protection au profit des convois et des postes voisins ou à des tirs de harcèlement.

Au départ, l’artillerie est donc presque inexistante en raison du manque d’objectifs à sa mesure. La tendance est à l’émiettement des moyens : les canons sont répartis par section, sinon par pièces isolées. L’artillerie est ainsi adaptée à un ennemi alors constitué de bandes peu armées et peu organisées. Les appuis-feu d’une certaine importance sont réservés à l’armée de l’Air qui dispose de la totale maîtrise de l’espace aérien et d’une efficacité reconnue.

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Sous l’impulsion du général Salan, commandant en chef depuis juin 1956, le champ de bataille algérien est isolé, à partir de 1957, en construisant progressivement des barrages de barbelés et de mines, complétés par un barrage électrifié pour interdire tout franchissement d’armes et d’unités du FLN aux frontières Est et Ouest de l’Algérie (voir cet article sur le rôle des FTA). Le commandement réclame un appui d’artillerie pour les opérations.

La consommation de munitions qui était pratiquement nulle au 1er janvier 1956, croît régulièrement : elle atteint 8 000 coups de 105mm par mois au 1er janvier 1957 et 44 000 coups par mois au 1er janvier 1958.

Dans la "bataille du barrage", les artilleurs jouent aussi un grand rôle dans les interceptions menées en arrière de cet obstacle contre les éléments l’ayant franchi. Les artilleurs obtiennent que les pièces hétérogènes soient remplacées par des 105 HM2. Des unités spéciales comme les groupes radars-canons sont constitués pour les barrages frontaliers. Dès la fin 1958, on compte vingt-quatre batteries canon dans les trente trois groupes de cette période. La proportion des batteries canon passe alors à 54%. L’artillerie prend une place importante dans les opérations et la consommation d’obus de 105mm des années 1958-1959 atteint des pointes de 60 000 coups par mois.

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L’artillerie participe à toutes les opérations (1959-1962)

Le 1er octobre 1959, l’artillerie accroît ses moyens feu par le renforcement de batteries mobiles, soit un total de 64 pièces d’artillerie. Les actions contre les barrages se multiplient et s’intensifient. Pour les opérations, l’appui de l’artillerie est assuré par le groupe des divisions d’intervention avec les unités-canons des secteurs intéressés (canons de 105 HM2).

En juin 1960, une directive du commandant en chef précise les missions de l’artillerie. Sur les barrages, elle doit pouvoir s’opposer immédiatement à toute tentative de franchissement et appuyer sur toute l’étendue et la profondeur des barrages les manœuvres d’interception et de destruction des unités rebelles.

Elle doit donc, à la fois, mettre en œuvre un déploiement fixe assurant la couverture sur toute la longueur du barrage et un dispositif mobile capable soit de renforcer les points sensibles, soit d’appuyer les manœuvres d’interception tout en étant en mesure de prendre à partie au-delà de la frontière certains objectifs.

De 1960 à 1962, la partie est militairement gagnée à l’intérieur. En 1960, l’artillerie en Algérie comprend 65 groupes. La moitié des cadres (Europe et Afrique du Nord) sert alors dans des unités sans canons. Cependant la rébellion se renforce hors des frontières. L’aide extérieure lui permet ainsi de se doter d’armements lourds : mortiers, canons antichars, canons russes de 122mm.

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Au 1er janvier 1961, l’artillerie compte un effectif d’un peu plus de 55 000 hommes (dont 2 650 officiers) qui représentent 13,3% des effectifs de l’armée de Terre. Elle sert 700 canons et 120 radars, répartis dans 98 batteries.

Après l’indépendance, toutes les formations d’artillerie rentrent en France pour être dissoutes ou réinstallées, à l’exception de quelques unités maintenues dans les centres d’expérimentation sahariens de Reggane ou d’Hammaguir qui ne sont évacués qu’en 1966.

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Pour en savoir plus :

  • sur les matériels utilisés pendant la Guerre d’Algérie, cliquer ici ;
  • sur le stationnement des unités en Algérie, cliquer ici ;
  • sur l’artillerie en Afrique du Nord de 1954 à 1962, cliquer ici ;
  • sur les FTA en Afrique du Nord de 1954 à 1962, cliquer ici ;
  • sur les groupes ayant agi en Afrique du Nord, cliquer ici ;
  • sur l’artillerie en Algérie, se référer à cet ouvrage de la Fédération Nationale de l’Artillerie : "Artilleurs en Algérie : 1954-1962 ; un défi relevé" en cliquant ici.

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Le Lieutenant-colonel Frédéric Jordan a écrit sur son blog L’écho du champ de bataille un article intéressant sur l’artillerie de la Guerre d’Algérie, comme un regard jeté en rétroviseur pour mieux expliquer les opérations asymétriques d’aujourd’hui. A voir absolument.


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