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01- Héros de Biên Biên Phu
 

Héros de Biên Biên Phu

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© Musée de l’Artillerie de Draguignan

«  Pour moi, France n’est pas un vain mot et ce qui donne un sens à la vie donne un sens à la mort »

La 4ème batterie, du 11ème groupe du 4ème Régiment d’Artillerie Coloniale, est en position enterrée sur Dominique 3, à l’Est de la Nam Youm, depuis le 15 février 1954. Personnels, munitions et P.C. de batterie sont dans des abris à l’épreuve des obus de 105 viêt. Seules les extrémités des 4 tubes des obusiers de 105 HM2 émergent des alvéoles. Celles-ci sont à ciel ouvert pour permettre les tirs tous azimuts.


Le 30 mars 1954 en fin d’après-midi, les points d’appui Dominique 1 et Dominique 2 (qui dominent Dominique 3) tombent aux mains de l’ennemi. Les tirailleurs se replient en désordre vers la position de batterie, les Viêts les talonnent et s’infiltrent derrière eux. Mélangés aux tirailleurs algériens, les Viêts apparaissent à 200 mètres face aux artilleurs.


BRUNBROUCK, après avoir interdit d’ouvrir le feu tant que les amis n’ont pas rejoint, lance l’ordre :
"Pour les armes automatiques et individuelles... Feu à volonté ! "
A partir des alvéoles toutes les armes se mettent à tirer en même temps. Surpris de cette réaction brutale et soudaine, l’ennemi hésite et s’arrête. Il attend l’arrivée de nouveaux attaquants et les regroupe pour repartir à l’assaut, mais BRUNBROUCK commande :
" Canonniers à vos pièces, débouchez à zéro !"


Les servants, plus à l’aise dans le maniement des obusiers, y mettent toute leur ardeur et tirent à une cadence accélérée. Les obus, réglés sur la graduation temps zéro, éclatent à 20 ou 30 mètres en avant des tubes. Sous le déluge de feu, les effectifs viêt fondent rapidement.


Pendant toute la nuit les artilleurs se défendent. Les servants des pièces disloquent les nouvelles vagues d’assaut par des tirs fusants. Seuls les canonniers de l’équipe de défense rapprochée " restent au créneau", le doigt appuyant sur la détente. BRUNBROUCK reçoit l’ordre de se replier. Il dit :
" Que dois-je faire de mes canons ? Détruisez-les ! Non. Il n ’en est pas question. Nous tenons. Envoyez-moi plutôt des renforts. "


Par trois fois dans le courant de la nuit, BRUNBROUCK reçoit l’ordre de saboter ses obusiers et de se replier. Par trois fois il refuse et demande des renforts. On lui promet une compagnie de paras mais elle ne viendra jamais, car, au même moment, BIGEARD envoie toutes ses réserves sur Eliane 2, dernier point d’appui d’Eliane à tenir le coup.


Tout au long de la nuit la batterie BRUNBROUCK réussit à briser l’ardeur des troupes d’élite viêt-minh ; au petit matin elle les contraint à se replier en abandonnant des centaines de cadavres devant la position.




La 4ème batterie a tiré plus de 1000 obus, elle n’a pratiquement plus de munitions, mais elle doit obligatoirement se replier. Dans la brume matinale, elle évacue la position, emportant successivement chacun des quatre obusiers au moyen d’une unique camionnette Dodge 4x4.



Si le Lieutenant BRUNBROUCK n’avait pas tenu et s’il avait détruit ses canons, comme il en avait reçu l’ordre, une heure après son repli, les Viêts venaient border la Nam Youm et rien ne les empêchait de capturer le P.C. du Général de CASTRIES.


Le Lieutenant BRUNBROUCK et ses "Bigors" ont sauvé Diên Bien Phu le 30 mars, c’est à dire 38 jours avant la date terrible du 7 mai, jour de reddition finale.


Ce sont 80 canonniers africains, encadrés par des européens, qui ont arrêté les vagues d’assaut de la 312ème division viêt-minh. Cet exploit a été possible grâce à la personnalité du Lieutenant BRUNBROUCK.

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Saint-Cyrien de la promotion Général FRERE (1948- 1950), Paul BRUNBROUCK est né à ROUBAIX le 30 octobre 1926. Cadet d’une famille de 11 enfants et orphelin de mère à deux ans, il est élevé par sa sœur Alix. Il pratique le scoutisme et suit ses études secondaires à LILLE pendant l’occupation allemande. Il définit son choix du métier des armes par cette phrase :
"Pour moi, France n’est pas un vain mot, et ce qui donne un sens à la vie donne un sens à la mort. "
Sa carrière militaire commence par un stage en corps de troupe au 19ème Régiment d’Artillerie à DRAGUIGNAN avant de recevoir la formation d’officier à COETQUIDAN. Sorti dans les premiers de sa promotion de Saint- Cyr, il choisit l’Artillerie Coloniale. Après une année à l’Ecole d’Application de l’Artillerie d’IDAR-OBERSTEIN et une formation complémentaire à SOUSSE en Tunisie, il est affecté au II/4ème R.A.C. en Indochine.


Chef de Détachement de Liaison et d’Observation (DLO) il se fait remarquer en opération. Ses tirs permettent la destruction de deux compagnies viêt-minh en avril 1953 et il reçoit une citation à l’ordre de la division le 13 juin 1953.


Devenu Lieutenant de Tir de la 4ème batterie, il adopte pour devise :
"Jamais pressés, toujours prêts".


Avec sa batterie il défendra le camp retranché de NA SAN de juillet à août 1953. BRUNBROUNCK est un grand gars, très sportif, à l’allure décidée et au visage toujours souriant. D’un tempérament joyeux, dynamique et passionné, il est toujours le premier à entonner une chanson au cours des réunions amicales. Sa compétence professionnelle et son autorité naturelle éveillent la sympathie autour de lui. BRUNBROUCK est un officier de caractère qui obtient d’emblée l’adhésion de ses subordonnés. Face au danger tout le monde lui fait confiance et obéit. Avec lui tout est possible, même l’arrêt des vagues d’assaut d’une division vietminh.


Hélas le 13 avril sous un bombardement de l’artillerie viêt, il sera grièvement blessé par l’explosion d’un obus et décédera peu de temps après. Avant d’être emporté au poste de secours, il dira à son adjoint le Sous- Lieutenant BAYSSET :
"Je te confie la batterie, elle a bien marché jusqu’à ce jour. Il faut que cela continue. "
Le Lieutenant BRUNBROUCK est un héros méconnu. Pourtant son fait d’armes a été raconté dans de nombreux ouvrages consacrés à la bataille de Diên Bien Phu (D.B.P.), entre autres par :

  • Jules ROY dès 1963 dans son livre "la bataille de Diên Biên Phu",
  • Erwan BERGOT dans "les 170 jours de D.B.P." en 1979 et dans "D.B.P." en 1989,
  • le Colonel Pierre LANGLAIS dans son livre "D.B.P.",
  • Pierre SCHOENDORFFER en 1992 qui lui a consacré plusieurs scènes de son film "D.B.P.",
  • et le Général de BRANCION, dans son livre "D.B.P. Artilleurs dans la fournaise", qui a merveilleusement détaillé son acte de courage en recueillant les témoignages des survivants de sa batterie.


    Nous avons recueilli tous ces renseignements auprès de Louis BAYSSET qui a vécu ce fait d’armes à D.B.P. en tant que lieutenant-adjoint de Paul BRUNBROUCK. Nous lui en sommes très reconnaissants parce que nous connaissons sa grande modestie et nous savons qu’il n’aime pas évoquer cette campagne d’Indochine qui lui a laissé d’amers souvenirs.

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