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L’artillerie sol-air, création et évolutions
 

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Article révisé par le colonel (er) Jean-Pierre PETIT, ancien chef de corps du 403e RA.

En 1962, l’artillerie antiaérienne française est encore équipée des matériels en service à la fin de la 2ème Guerre mondiale.

Elle dispose jusqu’à cette date de canons de 90 mm d’origine US. Elle est aussi dotée dans sa composante « légère » de canons Bofors de 40mm et elle reçoit à partir de 1964 des blindés automoteurs bitubes de 30mm.

Elle est équipée en 1959 du système d’arme NIKEaméricain à base de missiles, qu’elle transmet à l’Armée de l’air en 1962.

Le système d’arme antiaérien PARCA est étudié par la France à partir de 1948 ; après avoir connu des développements laborieux, ce projet est abandonné en 1961.

L’artillerie antiaérienne s’équipe alors progressivement de nouveaux armements à base de missiles, destinés à couvrir la gamme des moyennes, courtes et très courtes portées, et elle prend la dénomination novatrice d’artillerie sol-air.

Artillerie sol-air

Le retrait du NIKE des forces terrestres françaises est le prélude à la mise en place, à partir de 1963, du système d’arme sol-air à moyenne portée (SAMP) HAWK. Il y opèrera jusqu’en 2012, y recevant régulièrement d’importantes modernisations provoquées par la disponibilité d’évolutions technologiques applicables à ses divers composants.

L’artillerie sol-air à moyenne portée

Le HAWK
Ce fut le système d’arme le plus complexe qui exista dans l’artillerie française et dans les forces terrestres, intégrant dans une même unité de tir, portée par des véhicules tous chemins,des radars de surveillance et de tir, des moyens de liaisons et de conduite de tir, des lanceurs de missile, et disposant avec sa munition d’une portée supérieure à 30 km.

De conception américaine et fabriqué sous licence en Europe au sein d’une organisation internationale (OPLOH), le HAWK a équipé trois régiments SAMP de l’artillerie française (401°,402° et 403°RA).

Ce Hawk a d’abord été déployé dans un cadre international, intégré (Barrière OTAN) puis, à partir de 1965, ses unités ont été rapatriées et mises en œuvre dans un cadre national, interarmes (protection antiaérienne du Corps de bataille blindé-mécanisé) ou interarmées (Défense Aérienne).

Envoyée au Tchad au sein de l’Opération Épervier, une batterie HAWK française y a abattu un avion agresseur libyen le 7 septembre 1987.

Pour mieux connaître la composition et le fonctionnement succinct de ce système d’armes, cliquer sur ce lien.


En France, le HAWK a été retiré du service à partir de 1997 ; le SAMP « Mamba », son successeur franco-italien équipé du missile Aster 30, a été confié à l’Armée de l’air.


L’artillerie antiaérienne légère

Cette terminologie s’est appliquée jusqu’en 1970 aux unités qui étaient dotées de canons.

Le canon Bofors 40L60, modèle 39/55T1, a équipé cinq Groupes d’artillerie antiaérienne légère (GAAL), un régiment d’artillerie de l’Air ainsi que neuf batteries d’artillerie affectées à la défense des bases des Forces aériennes stratégiques (FAS). Une dixième batterie FAS reçut des canons monotubes de 30 mm de marque Hispano-Suiza.
À partir de 1964, cinq batteries d’artillerie antiaérienne (une par GAAL) reçurent progressivement des chars français AMX13 Bitube de 30 mm, premier système d’arme antiaérien au monde intégrant sur un même châssis blindé et chenillé les fonctions de surveillance radar du ciel, de préparation et de conduite du tir antiaérien, de lancement d’obus à grande cadence de tir. Aux côtés des 40 Bofors puis des ROLAND, ce matériel servit jusqu’au milieu des années 1990.

L’autodéfense antiaérienne des unités terrestres fut notamment assurée par des véhicules semi-chenillés modèle 16 (VSCM16 - alias Half-track M16), comportant en tourelle 4 mitrailleuses de 12,7mm. Leur succéda au milieu des années 80 un canon français monotube, le canon de 20mm du type 53T2, d’abord porté par un affût tracté puis monté sur une camionnette tactique.
Le VADAR, projet français antiaérien d’une tourelle bitube de 20 mm avec radar, monté sur VAB 6x6, fut développé, sans suite, dans les années 1975-79.

Pour sa part l’Armée de l’air se dota à partir de 1980 d’affûts bitubes de 20 mm pour la défense antiaérienne de ses propres bases.



L’artillerie sol-air à courte et très courte portées

LE ROLAND

En prélude à leur « missilisation », les Groupes AA sont devenus des régiments sol-air le 1° novembre 1970 dont les canons furent progressivement remplacés par le système d’arme à courte portée (SACP) ROLAND.

Le ROLAND était un système d’arme complet et autonome, tirant un missile à courte portée, développé et produit en coopération franco-allemande par le consortium EUROMISSILE.
Lors de sa mise en service, en 1976, le ROLAND destiné aux forces françaises était intégré sur un châssis AMX30 spécifique, dans une version « temps-clair » du poste de tir (Roland I) puis il fut réalisé dans une configuration « tout temps » (Roland II), complété en 1995 par un montage en cabine tractée aérotransportable (CAROL).

Les batteries ROLAND de l’artillerie sol-air, chacune à deux sections de tir, ont été progressivement réparties dans cinq régiments SACP (51°,53°,54°,57° & 58°RA). Elles eurent pour vocation d’assurer la protection particulière des forces terrestres déployées ou en mouvement ou bien de leur fournir une protection d’ensemble ; elles pouvaient aussi être temporairement déployées en complément de la couverture Hawk.

Le maintien à hauteur du poste de tir ROLAND et le remplacement de son parc de missiles arrivé à péremption ayant été jugés trop coûteux, le retrait progressif du service du système d’arme fut opéré à partir de 1993 et la dernière batterie Roland fut dissoute en 2008.

Pour en savoir plus sur ce système, cliquer sur ce lien.


Le CROTALE
Après la dissolution des batteries FAS, l’Armée de l’Air française mit en place des unités de SACP CROTALE, fabriquées par Thomson-CSF. Monté et réparti sur plusieurs véhicules à roues « tout chemin », ce système d’arme possédait un missile aux performances initiales assez proches de celles du Roland. Une version nettement améliorée entra en production en 1991.


Le SATCP MISTRAL

Destiné initialement à répondre aux besoins de lutte antiaérienne des troupes toutes armes (LATTA) et conçu pour cela en deux fardeaux portables (le poste de tir et un missile), le développement en France par MATRA du système d’arme MISTRAL aboutit à un missile dont les excellentes performances de portée et d’efficacité en faisaient une arme d’artillerie sol-air. C’est pour cette raison qu’il fut affecté à l’ASA et qu’il y fut regroupé en sections de six lanceurs.

L’ALAT, l’Armée de l’air et la Marine nationale s’en dotèrent également. Aujourd’hui, l’Armée de l’air s’en est dessaisi et le MISTRAL est devenu le seul système d’arme sol-air de l’Armée de terre où il est destiné à la protection particulière d’unités, d’itinéraires ou de points particulier.

Dans sa version portable, le poste de tir MISTRAL peut indifféremment être utilisé posé à terre ou monté sur une plate-forme de camionnette (montage PAMELA).

Comme pour le Roland, chaque section MISTRAL est dotée d’un système de veille et de coordination (SAMANTHA), relié aux armes par radio et transmission automatique de données.


Le SANTAL, projet industriel français de véhicule blindé antiaérien à roues doté d’une tourelle portant des conteneurs triples de missiles Mistral et un radar de veille fut étudié, maquetté puis abandonné en 1984.
Pour en savoir plus sur le système Mistral, cliquer ici.


La coordination dans la troisième dimension

L’existence d’un équipement de coordination des feux et des mouvements dans la troisième dimension est un élément essentiel de l’efficacité et du bon rendement des armes antiaériennes.

Aussi les unités Hawk disposèrent-elles dès leur entrée en service opérationnel d’un centre de commandement et de contrôle régimentaire de fabrication américaine : l’AN/TSQ 38.
Les insuffisances de cet équipement au regard des exigences opérationnelles croissantes et de son inaptitude à la modernisation conduisirent à son remplacement à la fin des années 80 par l’AN/TSQ 73, matériel d’origine US acquis et coproduit en Europe par la France et l’Italie, auquel furent adjoint un système de liaisons protégées à base de faisceaux hertziens du type RITA et un interface d’intercommunication automatisée avec l’Armée de l’air.
Parallèlement furent lancées en France des études exploratoires,en vue de la réalisation d’une part d’un nouveau système interarmées de commandement, contrôle et communication dans la 3ème dimension (dénommé MARTHA), de conception modulaire, et d’autre part de son élément de base destiné aux unités de SACP et SATCP (appelé SAMANTHA).

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