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2- Le système Gribeauval.
 

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Textes extraits :
-  Essai rédigé par le LCL Gilles Aubagnac Conservateur du musée de l’Artillerie - Draguignan - en se référant à quelques unes des grandes évolutions de l’Artillerie. : Un long et lent parcours (suite),
-  d’une bannière de présentation au musée de l’artillerie.


Gribeauval s’est engagé au Royal Artillerie en 1735. Officier, il trouve, peu à peu, que les idées novatrices qu’il tente de propager sur l’utilisation de l’artillerie ne reçoivent pas l’écho qu’il espère. Il quitte la France en 1757 et s’engage en Autriche. Il étudie les diverses artilleries européennes. Son action sur le champ de bataille est appréciée par l’Impératrice qui le nomme Maréchal de Camp. Il rentre alors en France et le souverain le réintègre dans l’armée royale. A partir de 1765, il développe un système qui porte son nom. En 1776, il est nommé inspecteur de l’Artillerie. Son concept se résume à une phrase, révolutionnaire pour l’époque :

"Tout se tient dans un système d’artillerie : calibre, longueur du tube, système de pointage, affût, munitions, voitures de réapprovisionnements et une lacune dans l’une des parties compromet le fonctionnement de l’ensemble."

Cette notion de système est totalement neuve. Pour parvenir à mettre en oeuvre son principe, Gribeauval doit bousculer les habitudes, les corporations et les arsenaux. Son système repose sur quatre piliers :

  • unicité des mesures dans toutes les provinces de France pour les fabrications d’armements ;
  • interchangeabilité de toutes les pièces et accessoires entre eux ;
  • définition chiffrée et normée d’un seuil de tolérance pour toutes les pièces usinées ;
  • contrôle absolu de toutes les fabrications suivant un cahier des charges strict et grâce à des boîtes de contrôle, identiques dans tous les arsenaux, permettant avec des gabarits de vérifier les pièces.

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Gribeauval est ainsi le père de toutes les industries modernes [1]. Son système, défini pour l’artillerie, est aussi appliqué à d’autres armes comme en particulier le premier fusil réglementaire français en 1777, réglementaire parce qu’il répond à un règlement ; tout comme l’arme d’ordonnance qui est fabriquée suivant une ordonnance du roi.

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Napoléon, qui a d’abord été un officier d’artillerie brillant et qui s’est fait remarquer, en tant que tel, au siège de Toulon en 1793, est celui qui a le premier compris le potentiel de l’emploi de l’Artillerie dans un système Divisionnaire. Il utilise des pièces Gribeauval qui n’ont alors pas d’égal en Europe et fait manœuvrer l’Artillerie au rythme de la bataille. Ceci est particulièrement vrai lors de la bataille de Wagram où, le 6 juillet 1809, il fait aligner 100 pièces sur un front de 1400 mètres. L’Artillerie française qui tire ce jour là, de l’ordre de 90000 boulets soit environ douze tonnes de poudre, décide du sort de la bataille. Mais tout autant que la qualité des tubes, c’est la manœuvre de l’artillerie, le savoir-faire des artilleurs, et la logistique pour employer un mot anachronique, qui décident du sort de la bataille. L’Artillerie est bien un véritable système tel que l’avait préconisé Gribeauval quelques décennies plus tôt.

Voir les caractéristiques des matériels du système Gribeauval.

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Ce qu’il faut retenir :

Les réformes de Gribeauval transforment l’ensemble de l’artillerie, elles sont enseignées dans des écoles spécialisées. Gribeauval considère qu’il faut environ huit canons pour mille hommes.

Les fonctions du canon sont réétudiées afin de les adapter à quatre emplois spécifiques : l’artillerie de campagne, de siège, de place et de côte. S’inspirant de l’industrialisation, il crée des prototypes permettant la production de canons en masse.

Les décorations du tube et les anses de manutention sont simplifiées, tandis que les insignes du roi apparaissent sur le tube. Les bouches ont désormais la forme de tulipe. Gribeauval apporte de la performance à la portée du tir : la cale qui permettait auparavant d’élever ou d’abaisser le tube, est remplacée par une vis verticale placée sous le tube, laquelle permet d’affiner l’angle de tir. Des précisions d’usinage respectant les cotes des calibres sont apportées au tube, afin de mieux les adapter à la taille des boulets.

Le chargement de la munition dans le tube est également simplifié : la poudre, la bourre et le boulet sont regroupés en un coup complet portant la cadence de tir à trois coups par minute. Néanmoins, la portée du tir reste de l’ordre de 500m.

Ces nettes améliorations ne remédient pas aux défaillances. La violence du tir rend difficile la maitrise du tube, et nécessite de réajuster et de repointer la pièce à chaque tir.

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Pourquoi le canon Gribeauval est en forme de tulipe ?

L’épaississement de la bouche du tube a permis d’éviter son explosion à la sortie du boulet. L’intérieur du tube subissait une telle force, qu’il était indispensable d’en renforcer les parois.

[1] Voir l’influence de Gribeauval sur l’industrie aux États Unis aux XIX° dans Nouvelles approches de l’artillerie, op. cit.


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